Génie de Pixar : voir rouge (Alerte Rouge, 2022)

Publié le par O.facquet

Livre : Alerte rouge : l'histoire du film écrit par Disney.Pixar - Hachette  jeunesse-Disney

Après un été 2021 passé en compagnie de Pixar Animations Studios, et une rechute en janvier 2022 (Luca), disons quelques mots sur le pénultième long-métrage de la société américaine de production de films en images tridimentionnelles de synthèse : Alerte rouge (Turning Red).

Le film, co-écrit et réalisé par Domee Shi, est sorti sur Disney+ le 11 mars dernier. Il s'agit du premier long métrage de la réalisatrice d'origine chinoise et du 25° film produit par les Studios Pixar. Avec la pandémie, Disney a pris la mauvaise habitude de sacrifier les derniers longs-métrages Pixar initialement prévus dans les grandes salles. Après Soul et Luca, c'est au tour d'Alerte Rouge de sortir exclusivement sur la plate-forme de streaming Disney+. Une déception pour l'équipe de la réalisatrice canadienne (33 ans) et pour les studios dont les œuvres n'ont plus été projetées au cinéma depuis Avant en mars 2020, à l'exception bien entendu du dernier : Buzz l'Éclair sorti sans les salles le 22 juin 2022 (en reparler bientôt).

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Mei-Mei est une adolescente sino-canadienne de 13 ans qui vit à Toronto avec ses parents qui passent leur journée à s'occuper d'un temple. Ses trois meilleures amies au collège, une jeune fille également d'origine asiatique, une afro-américaine et une WASP androgyne, sont comme elle fans du boys band 4*Town -Billie Eilish et Finneas ont écrit ensemble les chansons du jeune groupe. Mei se transforme en panda roux (belle métaphore de la puberté), déjanté et colérique, lorsque les émotions de la puberté la submergent (les premières règles). Dans le Toronto kitsch des années 2002, la jeune fille trouve refuge dans sa bande de copines pour échapper, entre autres, à une mère autoritaire, surprotectrice et intrusive. Mei-Mei, en proie aux tourments de l'adolescence, est tiraillée de surcroît entre ses propres sentiments, son énergie débordante et les rigides traditions de sa famille, entre le chaos lié à son âge et son image de petite fille modèle aux yeux de sa mère. Elle découvre rapidement que cette transformation en panda roux se transmet depuis plusieurs générations au sein de la famille maternelle -heureuse allégorie des névroses familiales intergénérationnelles. Sa mère va tenter de l'aider toutefois à suivre un rituel ancestral -un rite de passage-, pour lui permettre de se libérer définitivement de sa malédiction. En vain. Rappelons que l'angoisse de la régression animale est récurrente chez Pixar -l'âge bête ici. Pour le reste, le panda sied mieux au cinéma qu'aux voitures de jadis du même nom (Fiat).

Alerte Rouge » : le premier film Pixar qui évoque les premières  menstruations avec justesse

Alerte rouge, lequel ratisse large, est un conte moderne, doublé d'un film d'apprentissage, non dénué de contradictions. Comme toujours chez Pixar, le film est édifiant. Il s'agit au passage de dire quelque chose et du monde et la société, sans trop en faire cependant. N'empêche ! Il s'est trouvé des ligues conservatrices nord-américaines pour se dire choquer des quelques clins d'oeil LGBT+ qui jalonnent discrètement le film. Notons que la maison Disney n'a pas été très claire à ce sujet. Les allusions à une possible homosexualité d'un des personnages sont pourtant bien sages. Passons.

Alerte Rouge : un Pixar et ça repart ? Critique doudou DisneyPlus

Le film, énergique et drôle, sans atteindre des sommets, se veut aussi modérément transgressif. La menstruation -d'où le titre- est habilement évoquée, une première dans un dessin animé, et l'on entend une des collégiennes lancer au mitan du film avec vigueur : « J'ai toujours rêvé d'une queue ». Rien de moins. On pense à Zola qui a écrit dans Nana : « Il y avait une queue d'hommes dans l'escalier ». Certains sujets en effet étaient souvent abordés avec une pudeur de violette. Force est de constater que Pixar fait montre en l'occurrence d'une certaine audace (les hormones en folie), calculée il est vrai.

Jin Lee, personnage dans "Alerte rouge". • Pixar • Disney-Planet

En outre, Alerte rouge s'efforce de donner des gages à la doxa progressiste du moment. Le film affiche tout d'abord un féminisme décomplexé qui en ravira plus d'une. Madame porte la culotte. Monsieur n'en mène pas large. Le doigt sur la couture du pantalon, il obéit sans rechigner aux injonctions comminatoires de son épouse, qui vaticine plus qu'à son tour. Sa belle famille, un gynécée omnipotent, donne le ton. Remarquons toutefois que le caporalisme tatillon de Ming Lee se révèle finalement handicapant, quand la psychologie bienveillante du pater familias permet aux parents de renouer avec leur progéniture en pleine ébullition. Renversement taquin des valeurs.

Pixar dévoile un trailer pour "Alerte Rouge" et son panda roux géant - KULTT

Alerte Rouge défend un multiculturalisme heureux très anglo-saxon. Un communautarisme pacifié et pacifique. Tout va bien. Nul réflexe identitaire nauséabond. Du respect mutuel. Ce n'est pas le problème. Seul le conflit entre les générations suscite des antagonismes. Peut-être également les rapports entre les filles et les garçons peuvent provoquer quelques différends mineurs. A la limite. Voyez cependant la toute fin du film. Mei ne s'émancipe pas uniquement de ses parents, mais aussi de leur culture en épousant sans y être contrainte celle de son pays. Ce qui ne va pas sans quelques frictions (là encore, monsieur est plus ouvert). L'intégration par l'assimilation semble nous souffler le film. A chacun de se faire une opinion à ce sujet.

Somme toute, rien n'est simple.

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Dans les coulisses du film Alerte Rouge | Disneyphile

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Publié dans pickachu

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