Renaissance : le cinéma de Mikhaël Hers

Publié le par O.facquet

Les Passagers de la nuit - film 2021 - AlloCiné

 

Le cinéma de Mikhaël Hers s'impose au fil des ans comme l'un des plus originaux de la cinématographie française. En 2010 sort Memory Lane, Ce Sentiment de l'été en 2015, en 2018 Amanda, et cette année Les Passagers de la nuit. Ce Sentiment de l'été a suscité à sa sortie un rare engouement.

Sacha (elle est française) vit à Berlin où elle travaille. Elle meurt soudainement dans un parc à l'âge de trente ans au mitan de l'été. De Berlin à New York, en passant par Paris, pendant trois ans, trois étés durant, Lawrence son compagnon (il est américain) et Zoé sa sœur, tous deux éplorés, apprennent à se connaître, se rapprochent, se jaugent, se domptent, finissent par se lier. Ils partagent avec pudeur, entre les lignes, la peine et le poids de l'absence, le temps de recouvrer le goût de la vie. Le temps du deuil. Aux États-Unis, la nation de tous les possibles, des nouveaux départs : à New York Zoé (Judith Chemla) et Lawrence (Anders Danielsen Lie) jouent ensemble à une forme de pelote basque, la vie ressurgit, entre le jeu et la danse les corps se libèrent pour un temps. Oui, Mikhaël Hers filme le travail du temps à l'oeuvre, son retentissement sur les personnages, parfois de façon imperceptible, d'autres fois par à-coups, par basculements, avec des épisodes de replis ou de flottements. Le cinéma c'est du temps (Serge Daney).

 

Ce sentiment de l'été - ARTE Boutique

 

Les Passagers de la nuit à son tour ne laisse personne indifférent depuis son arrivée sur les écrans. Paris dans les années 1980 (une reconstitution fidèle et réussie d'une époque pas si lointaine, le cinéaste en restitue judicieusement l'atmosphère, les sons, voire la texture et la musicalité, par des détails idoines). François Mitterrand vient d'être élu le 10 mai 1981 Président de la République française : la gauche revient au pouvoir, après vingt-trois longues années d'opposition. L'aventure, enfin. Elisabeth (Charlotte Gainsbourg), la petite cinquantaine, se retrouve avec ses deux ados sur les bras. Ils habitent dans le quartier Beaugrenelle dans un appartement récemment déserté par le père parti refaire sa vie avec une plus jeune. Elisabeth trouve un emploi dans une émission de radio de nuit sur le service public, une émission dirigée de voix de maître par Vanda Dorval (Emmanuel Béart), une animatrice respectée et crainte, tout à la fois. Elle y fait la connaissance d'un jeune fille marginale désoeuvrée, venue de sa province, Talulah. Elle l'invite à venir chez elle, puis tente de l'aider à se défaire de ses démons, de la drogue en particulier. Tous les quatre vont devoir trouver leurs marques au sein d'une famille recomposée atypique.

 

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Dans chacun de ces films, sans tomber dans la mièvrerie bienveillante : la douceur, la gentillesse, l'élégance, une forme de bonté et de sincérité, parfois des élans amoureux sensuels font barrage aux assauts répétés d'une brutale cruauté : la faucheuse, la maladie, les stupéfiants, la solitude, la perte de sens ou les désamours sont sans répit aux aguets. Il faudrait aussi parler de la place de la famille dans le travail de Mikhaël Hers.

 

Bande annonce de Ce Sentiment De L'Été (2016) au Cinéma Lyon - Comoedia

 

Ce n'est pas pourtant si limpide. Si Ce Sentiment de l'été est un film dit solaire (la lumière estivale?), il est surtout morbide puisque un fantôme accompagne longtemps les faits et gestes des protagonistes, à telle enseigne qu'une possible idylle entre Zoé et Lawrence, souvent suggérée, paraît douloureusement impensable, au risque d'un adultère ? L'été est bien en outre paradoxalement la saison où l'on ressent l'absence plus violemment encore. Un bleu profond et une lumière éclatante font transparaître davantage le vide. Les Passagers de la nuit est par nature plus sombre, mais une lumineuse force de vie inépuisable irradie l'ensemble des personnages, les relie, ce qui leur permet d'avancer et de relever maints défis -en somme une fête de l'humanité. Rien ne semble jamais pouvoir les freiner dans leur élan, malgré les échecs et les inévitables recommencements -on pense ici au Cookies' Fortune de Robert Altman sorti en 1999. A cet égard, force est de constater que le film est un feel-good-movie d'auteur, le spectateur en apesanteur sait en effet que rien de définitif ne pourra jamais abattre les protagonistes, que tout finira par s'arranger, c'est la cas, qu'après les larmes, la joie reprendra toujours ses droits, c'est également le cas. Tout l'art subtil d'entremêler cinéma populaire positif et intellectualisme cinéphilique ombrageux. A ce sujet, Eric Rohmer dans Les Passagers de la nuit (Les Nuits de la pleine Lune en 1984, Pascal Augier) et Werner Herzod (Aguirre, La colère de Dieu en 1972) dans Ce sentiment de l'été (Aguirre le chat) sont évoqués, en passant, sans insistance. Un dosage réussi qui prochainement méritera cependant d'être éprouvé. La lassitude peut gagner.

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Les passagers de la nuit

 

 

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Publié dans pickachu

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