En quête d'espoir (Maigret, Depardieu et Leconte)

Publié le par O.facquet

 

Bande-annonce du film "MAIGRET" (2022) de Patrice Leconte

S'attarder quelques instants sur le Maigret (88 minutes) de Patrice Leconte, sorti récemment, ne pas évoquer le roman de Georges Simenon dont il est l'adaptation cinématographique, Maigret et la Jeune morte publié en 1954, s'en tenir au film qui se suffit à lui-même, comme toujours.

Dans le Paris de l'après-guerre, le corps ensanglanté d'un joli jeune femme est retrouvé square Vintimille dans le 9° arrondissement. Il est impossible d'identifier la victime (Louise, la diaphane Clara Antoons), partie sans laisser d'adresse, vêtue d'une robe de soirée de luxe et d'un sac à main définitivement muet. Le commissaire Maigret, flanqué de ses hommes, est chargé de l'enquête. Trouver l'identité de la morte s'impose d'emblée. Personne ne semble toutefois l'avoir connue, ni se souvenir d'elle.

Maigret - Films - La Ferme du Buisson | Scène nationale - Centre d'art -  Cinéma

Louise

Maigret est un film en forme de trompe-l'oeil. A première vue, l'oeuvre paraît hantée par les fantômes, chaleureux et protecteurs, des grands anciens : Jean Gabin (au cinéma), Jean Richard ou Bruno Cremer (à la télévision). A première vue, seulement.

Maigret » : Gérard Depardieu au miroir d'un Maigret vieillissant

Le directeur de la photographie, Ives Angelo, se donne en outre du mal pour recréer ce qui lui semble avoir été l'atmosphère du Paris des années 1950. Des couleurs froides, une ambiance glaciale, lugubre, de vieilles pierres, des individus taciturnes, des décorations datées, une mode en passe d'être dépassée qui sent l'Occupation, rien ne nous est épargné, du bon travail qui en définitive malheureusement fait toc. Un film de directeur de la photographie ou de décorateur, voire d'accessoiriste patentés ? Ce serait alors oublier qu'en dehors de la mise en scène (et du montage), point de salut.

Villa Beau-Chêne - Fantrippers

Loin pourtant que le film soit sans intérêt, au contraire. Voyons voir.

Un trompe-l'oeil, disions-nous. A cet égard, au mitan du film, Maigret enquête dans des studios de cinéma situés près de Paname, où un trompe-l'oeil est en cours de construction. Maigret lorgne vers un certain cinéma français des années 1940/1950, une époque où les studios étaient rois, les adaptations littéraires reines, les intrigues, marquées par le fatum et une forme de misanthropie, étaient plus noircies que noires, ça sentait fort le renfermé et la testostérone, une longue période d'Occupation, qui sera ébranlée par les coups de boutoir de la Nouvelle Vague. Souvent, un anarchisme de pacotille s'en prenait régulièrement à la bourgeoisie (décadente et perverse) et à l'Église (hypocrite et libidineuse). C'est le cas ici, où le réalisateur met en scène une bourgeoisie parisienne prête à tout pour assouvir ses pulsions les plus tordues, même si Maigret répète à l'envie qu'il ne porte aucun jugement moral sur ce qu'il lui est donné de découvrir (une nouvelle illusion?), tout à sa froide démarche discursive. Le croit qui veut, tant Patrice Leconte semble prendre un plaisir certain à la croquer goulûment, avec ce couple diabolique : Laurent Clermont-Valois (Pierre Moure) et Jeanine (une parvenue saphique, Mélanie Bernier), sans oublier la mère du jeune homme, l'inclassable et jubilatoire Aurore Clément. À cet effet, le saphisme montre son nez dès l'entame du film, quand Louise vient louer une robe de soirée : la voyant nue, l'employée (Elizabeth Bourgine, trop rare à l'écran) la mange d'abord des yeux, puis ses mains épousent sensuellement le contour des hanches graciles de la belle, au moment d'ajuster la robe que la jeune orpheline accorte vient fébrilement d'enfiler. Du beau travail.

Maigret de Patrice Leconte (2021) - UniFrance

Betty

Un trompe-l'oeil, oui. Maigret est en effet moins un film sur le commissaire du même nom, qu'un biopic sur Gérard Depardieu, un portrait en creux de l'homme, de l'acteur et du père inconsolable, tout à la fois ; « après la mort d'un enfant, il n'y a plus rien » dit un vieil homme juif éploré, « oui, plus rien » reprend en écho le commissaire Maigret, peut-être également Gérard Depardieu, puisque l'un comme l'autre ont jadis perdu un enfant, une fille fauchée dans la fleur de l'âge. Depuis, les deux pères survivent, donnent le change, tant bien que mal. Plutôt mal que bien. Une douleur ravivée par l'enquête. Une jeune fille a été sauvagement poignardée. Les souvenirs affluent, les douleurs se font plus aiguës encore, la souffrance devient par moments insupportable.

Maigret | Kinepolis France

Maigret traîne partout sa carcasse replète marmoréenne, un fantôme parmi les fantômes, revenu d'outre-tombe, à la diction caverneuse. Impavide la plupart du temps, Gérard Depardieu parvient toutefois soudain à transmettre ce qu'il y a de plus subtil au monde, donc de plus fragile (génie de l'acteur), c'est le cas par exemple lors des adieux déchirants avec la jeune provinciale chapardeuse rencontrée sur un marché (Betty, Jade Labeste, radieuse et bien nommée), ce qui fait finalement toute la force du film, et la démonstration du talent trop souvent négligé du réalisateur, du directeur d'acteurs habile qu'il a toujours été, à la filmographie à redécouvrir, vraiment. Et maîtriser le comédien Gérard Depardieu reste une gageur majeure. N'est pas François Truffaut ou Maurice Pialat qui veut. Force est de constater que Patrice Leconte y parvient avec beaucoup de justesse et d'habilité.

Son Maigret est tout compte fait foutrement captivant. Une bonne nouvelle au moment où la morosité gagne du terrain, à juste titre.

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Jeanine

 

 

 

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Publié dans pickachu

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