De Carax à Spielberg : vive le cinéma !

Publié le par O.facquet

 

Annette en Blu Ray : Annette - AlloCiné

 

 

 

Los Angeles. Aujourd'hui.

Henry est un comédien en vogue de stand-up, à l'humour féroce. Ann une cantatrice au succès planétaire. Portés par un amour fusionnel, ils forment un couple à la fois épanoui et glamour couru des journalistes. Ann tombe enceinte. La naissance d'Annette bouleverse leur vie. La fillette est mystérieuse. Un drame vient faire imploser la famille modèle. Le reste doit être tu.

Annette de Leos Carax (le cinéaste sans doute le plus doué de sa génération), Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes, représente-t-il une expérience rare de cinéma absolu, mêlant tous les genres, du fantastique à la comédie musicale, en passant par le drame ? Sommes-nous, avec ce film, confrontés à une expérience artistique totale, où se côtoient l'opéra et le one-man-show, entre autres ?

Annette : L'excentricité de la simplicité | CINÉMANIAK

Allez savoir, ou voir. Que dire du film ?

Embarrassant, lumineux, talentueux, grotesque, inventif, sublime, ridicule parfois, désagréable, apaisant, tourmenté toujours, fascinant, quelquefois lourdingue, élitiste, prétentieux également, hésitant, sombre : c'est clair, perturbant, obscur, éclairant, ô combien élégant, cruel, doux, séducteur, putassier aussi, flottant, plombant, roboratif, tragique, aérien, mélodique, choquant parfois, dissonant, attendu, déroutant, hors-norme, rasoir de temps en temps, terrible, fantastique, parfois trivial, concret, irritant, cauchemardesque, érotique, inégal, ronflant, sérieux, rasant pour les uns, persifleur pour les autres, charnel, sublime toujours, désincarné, risible, dilettant, léger, crépusculaire, moqueur, sensible à souhait, tendre, précieux, démesuré, évident, effronté, crâne, sans espoir, barbant, frugal, indispensable, abrasif, agressif de temps à autre, unique, balisé, fantomatique, élitiste encore, nébuleux, bienfaisant, vorace, cabot, renversant évidemment, stupéfiant, émouvant plus qu'à son tour, réaliste, dramatique, merveilleux, violent : sans procès d'intention, inoubliable bien entendu, attrayant, désespéré, incontrôlable, tourmenté à coup-sûr, fonceur, vain occasionnellement, triste à mourir, rayonnant, frondeur, charmeur, solaire, séduisant, décevant, optimiste, déstabilisant, rêveur toujours, planant, drôle au détour, chamarré, brutal, risqué, étriqué, libertaire, enchanteur, répulsif, toujours désopilant, élitaire, complaisant bien sûr, sans concession, démocratique, tout à la fois, et la liste n'est pas exhaustive.

ANNETTE | UGC Distribution

Il y a tout le cinéma dans la première demi heure d'Annette, sans conteste. Un film -somme en quelque sorte, sans avoir l'air d'y toucher. Le travail des Sparks est magistral -compositions idoines. La dernière partie du film campe magistralement les plus belles histoires d'amour enregistrées au cinéma depuis beau temps. Serge Daney, qui tenait le cinéaste en la plus haute estime, aurait été fier de lui. Vraiment. Leos Carax, avec Boy Meets Girl en 1984 ou Mauvais Sang en 1986, avait bouleversé le cinéma, non ? Aujourd'hui, il le réenchante. Faute d'avoir réussi à transformer le monde -un grand désenchantement générationnel.

Critiques Presse pour le film West Side Story - AlloCiné

New York à la fin des années 1950.

Une autre comédie musicale, West Side Story, de Steven Spielberg, un remake culotté et réussi, n'en déplaise aux fâcheux (allez dénicher une nouvelle Natalie Wood, à l'impossible nul n'est tenu), s'échine également à réenchanter sinon le monde, du moins le cinéma. Ce n'était pas gagné d'avance. Les acteurs allaient-ils être à la hauteur de leurs grands aînés, N.Wood, Richard Beymer ou George Chakiris, par exemple ? Ils le sont. Les caméras, bien plus légères et maniables que celles à la disposition de Robert Wise en 1961, allaient-elles danser à la place des jeunes comédiens ? Ce n'est pas le cas : la main du cinéaste n'a pas tremblé. La mise en scène est remarquable, itou pour la direction d'acteurs, ça virevolte à tout va, comme touché par la grâce. Film féministe, mais universaliste et humaniste. Spielberg fustige le communautarisme mortifère comme la testostérone échevelée de jeunes mâles sans repère -faire pipi autour de son territoire : c'est bien dérisoire. La rencontre de Maria (d'origine portoricaine) et de Tony (d'origine polonaise), Ansel Elgort et Rachel Zegler, lors du bal en forme de battle, est un miracle filmé comme tel, une parade amoureuse hors-sol qui leur permet de se dompter, de s'apprivoiser, avant de fusionner pour toujours -une romance naissante et fulgurante qui va contribuer à exacerber la haine entre deux bandes rivales.

Steven Spielberg invoque les fantômes de « West Side Story »

Les Jets (des gringos sans parentèle, le gang pour famille) et les Sharks (Porto Rico et rien d'autre, la famille comme prison). Comme jadis les Capulet et les Montaigu de William Shakespeare : Juliette et Roméo aux États-Unis d'Amérique. Aimer le mouvement qui déplace les lignes. S'arracher par amour au déterminisme communautaire. Salvateur. Revoir l'original : génie de Leonard Bernstein (musique), Stephen Sondheim (lyrics) et Arthur Laurens (livret). Chez Spielberg : musique de Leonard Bernstein et David Newman. Son travail est indéniablement digne de celui de Robert Wise.

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Dès l'entame du remake, une crainte toutefois nous étreint : la photographie de Janusz Kaminski semble nous refiler lourdement les couleurs éprouvées dans Le Soldat Ryan (1998), Le Pont des Espions (2015), voire dans La liste de Schindler (1993). Nous sommes rapidement rassurés : elles s'accordent parfaitement au reste du film.

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Que peuvent les séries face à Steven Spielberg et Robert Wise ? Pas grand-chose, honnêtement. Il faudrait interdire Netflix, Canal+, et tout le toutim, retrouver le chemin des salles de cinéma, le plaisir inégalable du grand écran, cet écrin magique. A cet égard, la scène finale du West Side Story de Steven Spielberg nous projette hors du temps, et nous brise le coeur. Que la vie est triste mon amour.

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West Side Story en DVD : West Side Story - Édition Collector - AlloCiné

 

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Publié dans pickachu

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