Le tour du propriétaire (Toy Story 3). Génie de Pixar (2).

à Jean-Yves Lafesse, pourvu qu’ça dure,
Quelques mots, donc, régulièrement cet été, sur un film d’animation venu de la maison Pixar. Toy Story 3 est un film américain en images de synthèse réalisé par Lee Unkrich et sorti en 2010. Andrew Stanton est toujours à la manoeuvre au scénario, accompagné de Michael Arndt et John Lasseter. C’est un énorme succès (mérité) au box-office mondial : il s’agit en effet du premier film d’animation à avoir dépassé le milliard de dollars de recettes et le troisième film d’animation le plus rémunérateur de l’histoire. Les créateurs, très en verve, ouvrent derechef le coffre à jouets afin d’inviter les spectateurs impatients à retrouver le monde magique de Woody, Buzz et Cie. Le tout au moment où leur propriétaire, lequel a pris de l’âge, s’apprête à partir à l’université, et fait en conséquence le ménage dans sa chambre d’adolescent, avant de quitter le foyer parental. Que jeter ? Que mettre au grenier ? Que donner à plus jeune que soi ? Qu’emporter aussi, en guise de souvenir, lorsque la nostalgie s’invitera ? Le quotidien des uns et des autres s’en trouve bouleversé. Nous suivons le parcours erratique de Woody, au moment où ses ami(e)s de la célèbre bande de jouets sont abandonnés dans une crèche interlope, où des marmots survitaminés les malmènent, voire les maltraitent, à qui mieux mieux.

Woody, le cow-boy, est mu par un double objectif : retrouver son propriétaire d’une part, d’autre part maintenir soudé son clan, et parvenir à le mettre à l’abri au grenier de la maison du jeune homme (celle des ses parents, précisément). Vaste programme. Il s’échine à les faire sortir de la crèche où les jouets vivent un enfer -métaphore de l’usine aliénante honnie par le scénariste Stanton ? Peut-être. D’autant qu’un ours ombrageux et retors, à l’autoritarisme affirmé, y sévit en parfait patron de droit divin. Nous sommes toutefois aux États-Unis d’Amérique, pays de la liberté. Difficile de ne pas sursauter quand on surprend Woody, à maintes reprises, lancer qu’il veut à tout prix retomber sous le joug de son propriétaire. L’esclave en manque de maître. La liberté : un horizon insupportable ? Constat irritant -de la servitude volontaire-, quelles que soient les conditions de vie dans la crèche/usine aux cadences infernales, et le parcours chaotique de Woody pour sortir de là la petite troupe. Toy Story 3 charrie une vision du monde quelque peu réactionnaire -c’est récurrent chez Pixar (rien de neuf sous le soleil de l’Utah). Que nous dit le film ? Tout d’abord que le monde moderne -et son agitation perpétuelle collective-, est un piège, un miroir aux alouettes, que rien ne vaut l’artisanal, en petit comité amical, sous la houlette d’un chef bienveillant, au pouvoir rassurant, loin d’une chimérique liberté anxiogène. Le petit village chaleureux du Middle West contre la métropole déshumanisante périphérique, lieu de toutes les perditions -y revenir avec Cars. En outre, la reductio ad hitlerum n’est jamais loin, puisque nos jouets, à la toute fin du film, sont menacés de finir dans un four, de par leur résistance au tyran, un ours mal léché, d’où sa frustration pathologique. Un écran de fumée féministe est à signaler, qui voit Barbie (sic) donner des leçons de courage, d’indépendance, voire d’humanisme à Ken. Impayable.

Il n’est pas également exclu d’y distinguer un plaidoyer pro domo : Pixar le petit novateur insolent face à la grosse machine Disney qui, elle, piétine et ressasse.
Voire un coup de pied de l’âne à l’entertainment hollywoodien, histoire de passer pour des rebelles indépendants, non moins talentueux. Allez savoir ; ça ne mange pas de pain. Un mot encore pour signaler que dans Toy Story 3 l’anthropomorphisme n’a jamais si bien fonctionné (ils nous tireraient bien quelques larmes ces jouets), quand la réification de l’homo sapiens s’impose. En reparler bientôt.
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