L'odyssée de Malotru (déconfinement, suite)

Publié le par O.facquet

Mathieu Kassovitz : “Je pense que 'Le Bureau des légendes' est ...

Le Bureau des Légendes (saison 1)

 

A la suite de la diffusion ce printemps de la cinquième saison, Le Bureau des Légendes, une série créée par le cinéaste Eric Rochant (Les Patriotes, 1994), s'impose désormais comme la meilleure fiction sérielle jamais réalisée en France, à l'égale de celles tournées aux États-Unis.

Au sein de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), un département appelé le Bureau des Légendes (BDL) forme et dirige à distance (c'est la mode du distanciel) les « clandestins », les agents les plus importants des services du renseignement français. En immersion dans des pays étrangers, plus ou moins amis de la France, leur mission consiste à repérer les personnes susceptibles d'être recrutées comme sources de renseignements. Ils opèrent dans l'ombre, « sous légende », c'est-à-dire sous une identité fabriquée de toute pièce, ils vivent souvent de longues années dans une totale et permanente dissimulation.

Sara Giraudeau (Le Bureau des légendes) : «Je ne peux être en ... Sara Giraudeau

La distribution est impressionnante, qu'on en juge, dans le désordre : Mathieu Kassovitz (Guillaume Debailly alias Malotru, entre autres), Jean-Pierre Daroussin (Henri Duflot, alias Socrate), Léa Drucker (Laurène Balmès), Sara Giraudeau (Marina Loiseau, alias Phénomène, puis Rocambole), Florence Loiret-Caille (Marie-Jeanne Duthilleul), Mathieu Amalric (alias JJA), Jonathan Zaccaï (Raymond Sisteron), Arthus (Jonas Maury) Louis Garrel (Andrea Tassone, alias Mille Sabords), Irina Muluile (Daisy Bappé, dit la Mule) ou Laurent Lucas,  et la liste n'est pas exhaustive. Un réseau ad hoc.

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Nadia et Malotru

Le Bureau des Légendes est une adaptation à la fois libre, audacieuse et désenchantée de L'Odyssée d'Homère, laquelle est devenue par antonomase un nom commun désignant un récit de voyage plus ou moins tumultueux et rempli d'aventures extraordinaires.

Blême qui comme Malotru, a fait un rude voyage avant de retrouver l'amère patrie et le Perche -une épopée. Dans une bien belle maison au demeurant. Guillaume Debailly est un agent très spécial de la DGSE. Il parcourt le monde au service de son pays -c'est plus compliqué que cela-, et met cul-par-dessus-tête tout ce qu'il touche.

Somme toute, le fil conducteur de tous les épisodes reste, cinq saisons durant, la place singulière prise par la passion amoureuse inentamable qui lie, à la vie à la mort, Malotru à Nadia El Mansour (Zineb Triki, laquelle conjugue talent et beauté avec un équilibre qui frôle la perfection). Après un périlleux parcours de par le monde de plusieurs années, à l'heure de la mondialisation et du contrôle tous azimuts, le héros Malotru revient chez lui pour y retrouver Nadia, la Pénélope du jour, une enseignante syrienne délivrée de ses prétendants, de retour également d'un périple accidenté (le monde a changé, madame n'attend plus son homme aux fourneaux). Leur commerce amoureux est une des plus belles histoires d'amour filmées depuis beau temps. Leurs retrouvailles apaisées fendent le cœur : ils lisent, la tête de Nadia sur l'épaule de Guillaume, au coin du feu, loin du monde et de ses fureurs (enfin, presque). Des retrouvailles chastes, mais d'une tendresse infinie, comme en apesanteur. Jacques Audiard, qui a succédé à Eric Rochant pour la réalisation des deux derniers épisode de la cinquième saison, fait alterner toutefois sérénité et violence définitive, avec une perversité non dissimulée.

Eric Rochant, réalisateur du « Bureau des légendes » : « J'ai ...

Le niveau des dialogues (Eric Rochant a étudié la philosophie du langage jadis), l'érotisme diffus, l'humour latent, la fulgurance poétique et onirique des deux derniers épisodes (le banquet mortuaire), le talent des acteurs, de tous les acteurs et toutes les actrices (dans une équité toute démocratique), la force du scénario, le soin apporté au montage et à la mise en scène (Rochant et Audiard sont de bons cinéastes, pas uniquement des showrunners roublards), la qualité du travail sur le son et la lumière (n'en déplaise aux pédagos pour qui la forme importe moins que le fond), les choix musicaux, font la force exceptionnelle du Bureau des Légendes. Une œuvre qui vient égaler The Wire, Breaking Bad, Homeland, Hatufim, Six Feet Under ou The Soprano. Vraiment.

Le Bureau des Légendes : parmi les meilleures séries au monde

La série se trouve à un tournant. L'aventure se poursuit : Jacques Audiard fait évoluer la série sans en trahir l'esprit. Les inquiétudes exprimées ici et là sont légitimes, sont-elles pour autant justifiées ? Il semble trop tôt pour le dire, mais au regard du travail accompli : il est permis d'en douter -la scène d'anniversaire du dernier épisode de la dernière saison mériterait d'être étudiée plan par plan. Le Bureau des Légendes va sans doute rester également le meilleur cours de géopolitique du moment, un enseignement à faire pâlir le plus scrupuleux des cadors de la Sorbonne, le plaisir en plus. Encore un mot. S'Il existe, que Dieu prenne bien soin de Nadia.

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Marie-Jeanne Duthilleul

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Publié dans pickachu

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