Déconfinement (2) : princesses et princes qu'on sort (séries couronnées).

Elisabeth II
Les plus anciens parmi nous se souviennent certainement de l'inénarrable magazine Point de vue, Images du monde, spécialisé dans l'actualité du gotha, des familles royales et des « people d'exception ». De 1958 à 1988 la revue eut pour slogan « Le magazine de l'actualité heureuse et princière ». Toujours princière, parfois dramatique, voire tragique.
Le premier numéro ayant eu sa une en couleurs est celui daté du 14 février 1952 : il concerne l'accession au trône britannique d'Elisabeth II.
Constatons d'emblée que les cultes païens résistent : c'est une donnée de base (les prêtres doivent faire avec).

Prenez à cet égard The Crown, une série anglo-américaine, créée par Peter Morgan, diffusée sur Netflix depuis 2016. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Empire britannique vacille, le monde politique est ébranlé : une jeune et jolie femme monte sur le trône à la mort de son père, le roi George VI. Elisabeth (Claire Foy, irrésistible) est une jeune mariée de 25 ans, mère de deux beaux enfants, qui doit faire face à la perspective corsée de diriger la monarchie la plus célèbre du monde.
Son couple bat de l'aile (on s'inquiète), et sa sœur Margaret (Vanessa Kirby, craquante) doit renoncer à l'homme qu'elle chérit plus que tout (tristesse et colère) -chausse-trappes et manigances. Des soubresauts sentimentaux soumis à maints rebondissements jalonnent ainsi la première saison (Dallas à London, et son univers impitoyable ?). Nous regardons, subjugués, les grands de ce monde se débattre comme de beaux diables avec l’adversité de la vie.

Les passionnés pourront pareillement aller jeter un coup d'oeil à Victoria, diffusée depuis 2016 sur ITV, si le prénom vous inspire (une reine à l'orthopraxie exagérée ?).

Les Tudors : Henry VIII et Anne Boleyn
Oui, les cultes païens résistent. Voyez comme dans la deuxième saison des Tudors, diffusée de 2007 à 2010, le roi d'Angleterre Henry VIII (Jonathan Rhys-Meyer) met au pas le haut clergé et fustige ses privilèges (première moitié du XVI° siècle). On jubile, non ? Au même moment, le bon peuple s'agenouille au passage de la tendre reine Catherine d'Aragon (Maria Doyle-Kennedy, parfaite), laquelle subit la concurrence déloyale de la sensuelle Anne Boleyn (Natalie Dormer), avec ses fards, ses parures et ses parfums, couplés à un sourire à réveiller un mort (au tout début : le couple s'enlace ardemment ; le roi s'en lassera au bout de trois ans). En attendant l'arrivée venimeuse de Jeanne Seymour, lors de la deuxième saison -Sic transit gloria mundi. Intrigues amoureuses politico-théologiques (la Réforme gagne du terrain), sur fond de rivalités royales européennes : Henry VIII, François 1er et Charles Quint nouent et dénouent des alliances. C'est chaud. Du sexe, beaucoup de sexe, ils sont jeunes, beaux et fougueux. Un plus inestimable comparé à ce que peut offrir une revue telle que Point de vue et Images du monde. Disons également deux ou trois mots sur Versailles, créée par Simon Mirren et David Wolstencroft, diffusée sur Canal+ de 2015 à 2018, pour flatter alentour le sentiment patriotique. Nous retrouvons ici des ingrédients similaires à ceux utilisés dans les séries précédemment évoquées : des intrigues à la cour (de Louis XIV), le pouvoir et ses attraits, ses exigences tout autant, du sexe à la demande (The Crown est pudique), des corps qui exultent, d'autres qui souffrent, passions amoureuses, discordes et réconciliations : la haute se déchaîne.
Les Borgia
Un mot encore. Arrêtons-nous quelques secondes sur Borgia, diffusée sur Canal+ de 2011 à 2014. Rome à la fin du XV° siècle. Au cœur de la Renaissance, la famille Borgia accède au pouvoir suprême : la papauté (ça fait papoter). Le cardinal espagnol Rodrigo Borgia devient le Pape Alexandre VI, lui et sa famille s’efforcent d’instaurer une dynastie afin d’exercer leur domination sur le monde. De nouveau le piège se referme, et nous nous laissons prendre. Complots et trahisons. Meurtres et fornication. Inceste et séduction. Vanité et orgueil. Souverains poncifs. Point de vue, Images du monde sur le mode trash.
Force est en effet de reconnaître que ces quelques fictions sérielles tiennent la route, au fil des saisons, portées par une mise en scène honorable, quoique répétitive, et par la qualité des dialogues et de la direction d'acteur. Nostalgie nobiliaire ? Allez savoir.
Force est aussi de constater l'absence criante du commun, présent uniquement de façon périphérique, et encore. Une absence remarquée dans nombre de séries où le pouvoir et son fonctionnement sont au centre de l'intrigue (The West wing, Le Baron noir, House of Cards, The Good wife, entre autres). « Ce n'est pas le sujet !» pourrait-on s'entendre rétorquer. Tout de même. En reparler bientôt.
of
House of Cards