Monsieur est servi (Henry Hathaway et les femmes)
Sorti en 1948, Call Northside 777 (Appelez Nord 777, une traduction littérale), un film noir de Henry Hathaway (qui tournera Niagara en 1953 avec Marilyn Monroe), est tout à la gloire du quatrième pouvoir nord-américain.

Nous sommes à Chicago en 1932. A la suite du meurtre d'un policier tué lors d'un cambriolage (ou d'un règlement de comptes, ce n'est pas clair), Frank Wiecek et Tomek Zaleska -l'action se situe dans le quartier polonais- sont condamnés à la prison à la perpétuité, sur la foi d'un témoignage accablant mais sujet à caution.
Onze ans plus tard, la mère de Frank continue de clamer l'innocence de son rejeton. Après s'être tuée à la tâche comme femme ménage, elle offre 5000 dollars, via une annonce dans la presse locale, à qui découvrira de nouveaux éléments.
Le rédacteur en chef du Chicago Times (Brian Kelly, très bon) demande au journaliste P.J. McNeal (James Stewart, inégalable) de mener l'enquête, dans le but avoué d'obtenir une révision du procès. C'est ce que s'empresse de faire McNeal, bien qu'il doute fortement de l'innocence de Frank Wiecek (Richard Conte, excellent).

Le film est inspiré de l'affaire Joseph Majczek et Theodore Marcinkiewicz qui furent condamnés pour meurtre en 1932 et innocentés en 1944 grâce à l'enquête du Chicago Times. Tout est bien qui finit bien. Les institutions américaines fonctionnent, elles savent réparer leurs erreurs, en partie grâce à l'acharnement d'un reporter futé et obstiné. Tout le monde en sort grandit (ou presque). Le fantôme de Frank Capra plane au dessus de Call Northside 777. Le monde libre peut dormir sur ces deux oreilles en ce début de guerre froide. James Stewart incarne une nouvelle fois l'américain moyen dont le combat pour la justice est un devoir. La démocratie américaine en dépend.
Un autre aspect du film nous a toutefois (et surtout) frappé. La désinvolture avec laquelle Henry Hathaway campe un des personnages féminins qui n'apparaît que furtivement à l'écran 106 minutes durant.

James Stewart au début du film rentre chez lui. Madame (Helen Walker) est confinée dans la cuisine, affairée à préparer le repas de son mari qui rapidement va s'asseoir dans le salon (son milieu naturel), où son épouse a laissé en plan un puzzle. Les femmes sont joueuses. Il faut bien s'occuper quand l'homme est au travail et que le ménage, voire les courses, sont faits. La gente féminine ? De grands enfants qui ergotent sur des vétilles. Son homme est quant à lui préoccupé par le sort des deux prisonniers sur lesquels il enquête. Des choses sérieuses. Il confie à madame qu'ils les croient définitivement coupables. Madame ne voit pas les choses ainsi. Elle les sent innocents. La sensibilité féminine précise-t-elle. Les femmes ne pensent pas : elles ressentent, simplement. La composition du puzzle reprend : madame pourrait finir par se lasser d'une conversation trop sérieuse. Les femmes sont futiles et inconstantes. Mais tendres : pour le repos du guerrier. Le couple vit cela avec un naturel désarmant.

Bien entendu, il faut replacer l'oeuvre dans son contexte, l'après-guerre. N'empêche ! La séquence susmentionnée (restons polis) est un bel exemple de phallocratie cinématographique. Souhaitons que les choses ont changé.
Un mot encore : l'homme qui passe Richard Conte au détecteur de mensonges (ou polygraphe) est Leonard Keeler, l'inventeur de la machine, qui joue ici son propre rôle.
Enfin, Arte a eu la bonne idée de programmer Opération jupons (Operation Petticoat, 1959) dimanche soir.
Cary Grant (en commandant débonnaire) et Tony Curtis (un lieutenant fantasque) officient durant la Seconde Guerre mondiale dans un sous-marin américain branlant, en compagnie de quelques femmes soldats accortes. Blake Edwards contourne avec doigté la censure pour jouer avec facétie des ambiguïtés sexuelles des un(e)s et des autres. Du grand art. Très drôle.
Dans le genre, seul le 1941 de Steven Spielberg, sorti en 1979, joue dans la même division. Celle du délire maîtrisée.
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