Petit bagage pour Une Vie cachée de Terrence Malick

Publié le par O.facquet

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Que dire d'Une Vie cachée quand on ne sait rien ou pas grand-chose du dernier film du meilleur cinéaste de son époque : Terrence malick ?

En 1938 les troupes nazies occupent l'Autriche. Franz Jägerstätter (August Diehl) est le seul de ST.Radegund, son village (typique), à voter contre l'Anschluss. Par la suite, il refuse obstinément de combattre pour Hitler et le Troisième Reich. Il est emprisonné à Linz, puis à Berlin. Objecteur de conscience catholique dans un régime totalitaire guerrier, il est décapité par les nazis en 1943. L'Église catholique le béatifie (un bienheureux de plus) et le déclare martyr en 2007. L'actrice autrichienne Valérie Pachner joue sa femme Franziska. Le film a été sélectionné en compétition officielle du Festival de Cannes du printemps dernier. Le tournage s'est déroulé du 11 juillet 2016 au 19 août 2016. Il a lieu en Italie (Bressanone, Brunico, Sappada), en Allemagne Zittau, studios de Babelsberg) ainsi qu'en Autriche.

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Une question s'impose : quelle forme va porter la biographie filmée de Franz Jägerstätter ? Terrence Malick va-t-il revenir revenir à une narration plus linéaire (La Balade Sauvage, 1973) ou persister au contraire, en poète panthéiste, dans un style expérimental aux temporalités multiples (The Tree of Life, 2011), fait de pures sensations plastiques et d'émotions extra-visuelles, le tout accompagné d'une fascination mystique pour le monde naturel ? La question n'est pas mince.

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En outre, le film semble un hymne au libre arbitre, à la liberté de conscience, une ode à l'insubordination, loin de tout impérialisme politico-sociologique (Franz fait ce qu'il lui semble juste), puisque le paysan qui spontanément rejette l'idéologie nazie est radicalement insensible à la philosophie terrienne que charrie la pensée heideggerienne pro-nazie, laquelle s'est illustrée dans sa critique de la civilisation technique occidentale, du nihilisme contemporain et du consumérisme, une critique qui prévoie l'éclatement du monde et l'anéantissement de l'humanité au moment de l'accomplissement suprême de ladite technique. Gageons au passage que Malick saura se garder du piège du bon sauvage à la vie pastorale, en harmonie avec les autres et son environnement naturel, à-qui-on-ne-la-fait-pas. Droit dans ses bottes, Franz sent bien que derrière les prédictions catastrophique du philosophe allemand, comme derrière son concept d'être, se cache une vision nationaliste xénophobe de la patrie (divinisée) qui n'augure rien de bon. Et que la technique qui structure le monde moderne qui gronde au loin, à quelques kilomètres parfois, à la ville, dans ses faubourgs, au sein d'usines souvent mangeuses de femmes, d'hommes et d'enfants, n'est pas le plus pressant des dangers qui le guettent, ici et maintenant, lui et sa famille. D'autant que les nazis se font l'instrument du déchaînement de la technique, au grand dam de Heidegger qui les a rapidement vus comme les idiots utiles des Juifs. Du beau monde -Heiddeger dont Malick fut, paraît-il, un traducteur dans sa jeunesse.

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En somme, il est sans doute urgent d'aller voir Une Vie cachée. Quant à la controverse philosophique autour de l'oeuvre de Martin Heiddeger, citons un extrait de l'article de Régis Meyran dans Les Grands dossiers des Sciences Humaines de décembre/janvier/février 2019-2020 : « L'Affaire semblait entendue. Le philosophe Martin Heidegger a été recteur de l'université de Fribourg, tout de suite après la prise du pouvoir de Hitler en Allemagne (1933), où il a prononcé un discours de soutien au régime nazi. Avant cela il a été proche des S.A., mais aussi de Carl Schmitt avec qui il a siégé dans la commission qui a élaboré les lois raciales de Nuremberg. Pour clore le tout, il a toujours refusé après-guerre, de s'exprimer sur son engagement national-socialiste, qu'il n'a jamais renié. Avec la parution en 2014 des Cahiers noirs (34 cahiers à couverture noire écrits à la main en entre 1930 et 1970, et pas tous encore parus à ce jour), son antisémitisme forcené est apparu plus flagrant encore ». Sans commentaire. En ces temps incertains, l'humanisme à la fois courageux et obtus de Franz peut servir à coup-sûr de boussole dans la tempête. Reste à savoir de quelle(s) façon(s) le cinéaste américain aura mis tout ça en images. Impatience : comme toujours avec le réalisateur de La Ligne rouge (1998) et du Nouveau Monde (2005). En reparler bientôt.

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Publié dans pickachu

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