Born to run (Forrest Gump de Robert Zemeckis, 1994).

Publié le par O.facquet

 

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à ma fille Lucie, à E.B.

 

D'abord remercier Dieu de nous avoir accordé quelques heures de vie supplémentaires pour enfin découvrir ce chef-d'oeuvre du cinéma américain qu'est Forrest Gump de Robert Zemeckis sorti en 1994.

Une plume vole dans les airs, pour atterrir aux pieds de Forrest Gump (Tom Hanks, que dire qui n'a déjà été dit de louangeur à son sujet), un jeune homme assis sur un banc dans la ville de Savannah, dans l'Etat de Géorgie. Il attend le bus, fringué comme à la messe, raide comme la justice, flanqué d'une boîte de chocolat et d'une valise. Deux heures durant, Forrest raconte sa vie trépidante (champions de foot américain, roi du tennis de table, entrepreneur richissime) à différents interlocuteurs indifférents, interdits ou passionnés, parfois tout à la fois. Le film est à l'image de ce que la mère du jeune homme lui disait jadis de « la vie qui est comme une boîte de chocolat : on ne sait jamais sur quoi on va tomber ». Voire sur qui.

 

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Le film, en plus d'être une histoire d'amour hors norme (seul Cameron fera mieux avec son Tinanic (1998)-aucun jeu de mots), embrasse (embrase) l'ensemble de l'histoire récente des Etats-Unis d'Amérique, de la fin des 1950 au début des années 1980, d'Elvis Presley au Sida, en passant par la fin de la ségrégation raciale dans les universités, l'assassinat de J.F.K., de son frère Bobby, les années Johnson, la guerre du Vietnam, la Présidence de Nixon, celle de Jimmy Carter, John Lennon et son assassinat, le Watergate, jusqu'aux premières victimes du V.I.H. (Jenny, Robin Wright, talentueuse et belle comme une fille de prophète), la liste n'est pas bien sûr exhaustive. Le film se clôt comme il avait commencé : la plume reprend son vol. Une belle allégorie de la fluidité (du montage, de la mise en scène, de la direction d'acteurs) du cinéma classique américain où l'action est au milieu de l'image et les motivations au milieu des dialogues. La pesanteur s'annule : ça plane pour le spectateur qui assiste ainsi au premier alunissage.

A cet égard, les Américains racontent souvent moins une histoire qu'ils ne racontent leur Histoire. Des histoires qui deviennent des mythes (Forrest Gump en est devenu un), l'ensemble une mythologie (Hollywood en fait la publicité).

 

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Forrest Gump n'est ni autiste (un peu quand même), ni simple d'esprit (ou alors au sens biblique) : il incarne de manière exemplaire la candeur innocente de l'Américain moyen qui ne pense jamais à mal même quand il pense mal (ce qui reste de toute façon subjectif). Force est de constater que la vie de F.Gump est une réussite américaine, un self-made man, et malgré les obstacles, les nombreuses vicissitudes de l'existence, Forrest repart toujours de l'avant (reçu à la Maison Blanche par plusieurs Présidents : des trucages qui font, entre autres choses, l'originalité du film). C'est aussi un truc très américain cette capacité à rebondir : un bref passé, un présent perpétuel, un futur toujours déjà là. « Cours Forrest, cours » lui lance la petite Jenny, l'amour unique de sa vie, « cours, cours » lui lancent ses entraîneurs, il court également au Vietnam pour devenir un héros en sauvant ses camarades de combat. Un jour il se mettra à marcher, des jours entiers, des semaines, des mois, des années, comme ça, pour oublier ou pour la beauté du geste, allez savoir, à l'image de son pays : avancer, avancer toujours de façon obsessionnelle, de peur de ne jamais pouvoir repartir, prisonnier du surplace, au risque de l'amnésie, voire de l'aveuglement. Jenny l'encourage à courir pour échapper à quelques petits morveux aussi bêtes que méchants, il brise l'armure orthopédique qui entravait depuis sa petite enfance sa locomotion : subtile et naïve allégorie du dépassement de soi dans le travail et l'effort made in U.S.A.. Les fameuses nouvelles frontières. Outre-Atlantique, un individu fait honneur à son groupe lorsqu'il parvient à trouver la force de transformer son point faible personnel en point fort collectif, comme ici, après avoir surmonté une série d'épreuves pénibles (le cinéma de Disney et Spielberg en sait quelque chose). 

 

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Il est surtout possible au sujet de Forrest Gump de parler d'un cinéma de l'effraction : sans être vietnamiste (un néologisme forgé par l'universitaire Laurent Tessier), le conflit vietnamien y occupe une place importante. A l'instar du Bon La Brute et le Truand (1968) de Sergio Leone, on rencontre la guerre au cours du film, brutalement, Zemeckis ne laissait rien présager des horreurs à venir, subtil didactisme, on sait toutefois qu'elle était là depuis beau temps, on y venait par touches impressionnistes, et que c'est un carnage. Sans se perdre dans le grand-guignol -le piège était bien là pourtant-, le film conserve un ton parodique où l'humour (le Marines et ses crevettes) et le tragique (sa mort) se mêlent sans chercher à s'opposer. Les références sont multiples, Apocalypse now (1979) de Francis Ford Coppola pour le ballet des hélicoptères, Platoon (1987) d'Oliver Stone pour le nom donné à un campement et la violence des combats, Full Metal Jacket (1987) de Stanley Kubrick pour les éructations martiales d'un sergent instructeur, Né un 4 juillet (1989) toujours d'Oliver Stone et/ou Coming Home (1978) de Al Ashby pour les vétérans tétraplégiques et les manifs pacifistes (les activistes ne sont pas épargnés par le réalisateur, tout comme les Black Panthers : réac Zemeckis? Il n'est pas raciste en tout cas). Sans oublier la musique pop/rock de qualité pour l'ensemble des œuvres susmentionnées. Tout compte fait, concernant la guerre du Vietnam, Forrest Gump est devenu une référence cinématographique. Ce qui ne doit pas laisser d'étonner le cinéaste lui-même.

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Forrest Gump restera enfin comme une des plus surprenantes histoires d'amour jamais filmées (il faut y aller voir). A  coup sûr une des plus tendres. Jenny enfant est victime d'attouchements de la part de son père, une brute épaisse. Elle noue des liens indéfectibles avec Forrest. Elle n'a pas de mère. Il n'a pas de père. Ils conservent par devers eux des secrets inavouables. Rien ne pourra les séparer. Si, une chose : le sida. Jenny fait l'amour avec Forrest qui découvre avec elle les plaisirs insatiables de la chair (l’initiation a en fait commencé quelque temps plus tôt), puis elle s'en va. Un enfant naît de cette partie de jambes en l'air. Jenny, des années plus tard, lui apprend la vérité et vient mourir à ses côtés (Zemeckis nous épargne tout pathos superflu). Chienne de vie. Forrest devient père. Il fait ça bien. Le cinéma américain nous fabrique une famille quand tout ici vous abandonne.

 

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Publié dans pickachu

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