Détrôné

Publié le par O.facquet

 

Deadwood - Série TV 2004 - AlloCiné

 

 

« Sur le plus beau trône du monde on n'est jamais assis que sur son cul »

Montaigne »

 

Soyons injustes. Au risque d'ébranler certaines affinités électives, avançons que l'hégémonie présente de Games of Thrones sur le monde en expansion de la fiction sérielle commence sérieusement à agacer, au point qu'il est peut-être temps d'oser d'affirmer que cette domination est un tantinet usurpée. Plus précisément, disons que les thématiques travaillées par la série ont été plus finement traitées par une de ses petites sœurs, Deadwood, produite comme la précédente par la chaîne américaine HBO (une petite chaîne du câble prête à (presque) tout, née en 1972 dans l'indifférence, devenue la référence). Deadwood (trois saisons, 36 épisodes, 2004-2006) est un des plus puissants westerns jamais tournés : sexe, violence, luttes pour le pouvoir, son exercice, rivalités phaliques, place des femmes, le lucre, la liste n'est pas exhaustive ; force est en tout cas de constater que GOT n'a rien inventé (un peu quand même !), si ce n'est une forme d'exubérance boursouflée ; le peloton d'exécution est pour bientôt -un peu de polémique ne fait pas de mal, non ?

Deadwood, donc. À la fin des années 1870, la petite ville de Deadwood, construite ex nihilo au cœur des Blacks Hills dans le Dakota du Sud, devient rapidement un endroit sans foi ni loi (enfin presque ; toute société humaine est productrice d'institutions), un point de rencontre interlope où se donnent rendez-vous tous ceux que la fièvre de l'or rend fébrile. On y croise des personnages mythiques de l'Ouest américain tels que Wild Bill Hickok, Calimity Jane, Seth Bullock, Al Swearengen ou Wyatt Earp. Rien que ça. Par où commencer tant la série impressionne par sa richesse protéiforme.

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Soit un groupe d'hommes et de femmes venus de partout et bien décidés à faire leur vie près d'une mine d'or. Il règne à Deadwood une absence de lois (pas de droit positif) qui donne toute licence aux plus forts du moment (à chacun selon ses pulsions). Tous s'agitent dans un état de nature hypothétique vu comme un état de guerre permanent où chacun craint la mort à chaque instant et n'aspire qu'à obtenir la sécurité (le fantôme de Hobbes). Disons qu'une minorité la craint moins que d'autres, d'où qu'elle impose sa loi (ou coutumes) qui régit les structures sociales de la ville (droit naturel ?). Un pouvoir diffus et individualisé, en quelque sorte. Au fil des saisons et des épisodes, l'État fédéral, via quelques représentants de la Loi, impose ses règles et ses propres institutions, Deadwood s'organise petit à petit, non sans résistance, autour d'une administration politique, administrative et juridique propre, une ville au fil des mois régie désormais par des lois et un gouvernement (les cadors doivent composer malgré eux). La nature veut l'inégalité ; par le jeu des lois, la foule tâche d'imposer l'égalité. Dans l'état de nature (théorique) tout est juste dans la mesure où le juste est tout ce qu'un individu peut désirer pour sa conservation. D'aucuns disent que les lois sont faites pour les faibles et par le plus grand nombre. À ce sujet, Nietzsche a écrit que « les faibles finissent toujours par se rendre maîtres des forts -c'est parce qu'ils ont le grand nombre ; ils sont aussi les plus rusés » (Le Crépuscule des idoles, 1888). Deadwood ne parle pas d'autre chose.

 

On suit dans un même mouvement une forme de civilisation des mœurs. Le Wild wild west ne brille pas par son raffinement. Elle explique le plus intime (le refoulement des pulsions) par des changements massifs : l'apparition de l'État et la compétition entre groupes sociaux. Ils sont légion dans la série les pionniers de la conquête de l'Ouest à s'arracher à l'animalité en s'imposant des interdits souvent liés à la mort, expression de la violence. Génie de Deadwood et de son showrunner : le fantasque David Milch, qui impose sa fameuse méthode : les scripts et les dialogues sont écrits durant le tournage ; son école est celle de l'improvisation permanente, de l'urgence, du chaos. La série est aussi une fiction sur le fonctionnement du capitalisme et l'addiction à la drogue. Elle brasse large.

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Il faut saluer enfin la qualité des acteurs, entre autres. Beaucoup n'appartiennent qu'au petit monde de la fiction sérielle nord-américaine. Ils en sont fiers. Comment ne pas leur donner raison.

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Publié dans pickachu

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