Hatufim, la suite (épisodes 5 et 6)

Publié le par O.facquet

Nurit, le père d'Uri et de son mari

 

En termes de part d’audience Hatufim, prisonniers de guerre est un échec : 500 000 téléspectateurs sur Arte le jeudi 9 mai, le jeudi 16 ils n’étaient plus que 390 000 curieux devant leur téléviseur, 303 000 cette semaine. Cette chronique devrait s’intituler de l’utilité du service public, tant l’érosion enregistrée ne dit rien de la valeur intrinsèque de la série israélienne. La chaîne va en conséquence poursuivre la diffusion. Nabila fait mieux, aucun doute à ce sujet, elle ne sera pourtant très bientôt qu’un cauchemar gonflé à bloc évanescent. La chaîne passera-t-elle jeudi 30 mai la barre symbolique du 1% de part d’audience en prime-time ? Honnêtement, on s’en moque. La série ne trouve pas son public, comme on dit communément. Une autre façon de dire que la quantité fait la qualité. Ce qui se discute, non ? Force est de reconnaître qu’Hatufim n’attire pas pour l’instant les foules télévisuelles. N’importe ! La série s‘est trouvée un public. L’aventure continue donc, et continuera, d’une manière ou d’une autre (Replay, DVD, bouche à oreille, etc). Le talent, comme l’amour et la liberté, est insaisissable. Il poursuit son chemin. L’esprit de 45’ de Ken Loach, excellent, connaîtra le même destin. C’est ce qu’on lui souhaite.

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lien : http://www.arte.tv/fr/episode-0510-le-regard-de-l-absent/7455942.html

lien : http://www.arte.tv/fr/episode-0610-le-journal/7455948.html

Episodes 5 et 6. Aux funérailles d’Amiel, sa sœur Yaël se sent seule. Son frère disparu ne cesse de lui apparaître, ce qu’elle ne supporte plus (nous non plus, il est agaçant). Pour la semaine de deuil, la Shiva, elle reçoit tout le monde chez elle. Excédée, elle envoie soudain tout ce petit monde promener les chiens dont elle a la charge. Nimrod et Uri sont présents. Yaël veut savoir comment son frère est mort : ils s’emmêlent les pédales. Elle bat froid son ami Ilan désemparé, Nurit cherche à découvrir qui est la belle Iris (nous savons qu’elle travaille pour le Mossad, les services de renseignement de l’Etat hébreu), Uri et son frère se parlent pour la première fois. Poignant. Yaël fait une tentative de suicide, Nimrod accepte un emploi dans une agence de pub dirigée par un ami, Talia l’apprend (mal) lors d’une émission de télévision. Uri commence à travailler dans le magasin paternel où il rencontre son neveu qui l’invite à sa Bar-Mitzvah. Le même jour, Iris l’invite à pique-niquer (tout un programme) et lui offre un présent : un journal, auquel il pourra confier ses tourments. Pas folle la guêpe. Piquante jeune femme. Dana, à peine vingt ans, la fille de Talia et Nimrod, est surprise par sa mère dans les bras d’un homme d’âge mûr dans une chambre chez Yaël, l’après-midi des funérailles, elle l’expédie manu militari chez un psychologue, afin d’exorciser son appétence compulsive pour les cheveux gris. De François Ozon, à Abdellatif Kechiche, en passant par Gideon Raff, le créateur et réalisateur d’hatufim, qu’ont-ils tous à vouloir sonder l’inconscient des jeunes filles en regardant sous leurs jupes ? La scène où Dana tente de séduire le psy, au début déstabilisé, voire troublé, reprenant à temps le dessus, est un grand moment de télévision. Une tension érotique rare. Hatufim persévère dans son être. Le jeu de piste se poursuit. Brouillage des repères assuré. Flashback violent récurrent : Urit et Nimrod frappent à mort leur camarade Amiel en prison. Sont-ils responsables de sa mort ? Lors des obsèques, ils recommencent à communiquer en tapotant avec leurs doigts sur la couture du pantalon, sous l’œil attentif d’un membre de Tsahal, qui n’en perd pas une miette. Que se disent-ils ? Quel est cet interlocuteur arabe avec qui Nimrod a récemment tenté de rentrer en contact ? Uri lui reproche ce coup de fil, ils s’accrochent. Le contact des épidermes est en outre un test infaillible. Nimrod et Talia ne retrouvent pas leur complicité originelle, quant à Uri et Nurit, vont-ils remettre le couvert ? Nous assistons de nouveau à des épisodes hameçons, il s’agit de ferrer le téléspectateur, de ne plus le lâcher, jusqu’à la fin peut-être. La récompense : un incroyable dénouement. Le malaise en tout cas s’incruste. Il s’incarne dans le corps des deux rescapés régulièrement agité de mouvements désordonnés, dans leur regard surtout, avec ces clignements nerveux de paupières ininterrompus (Uri). Impressionnant jeu d’acteur. Les Arabes ne sont présents à l’écran que sous la forme d’affreux bourreaux au verbe comminatoire.

Iris et Uri

 

Personne ne profite de ces retrouvailles tant attendus. Chacun est étreint par le doute, la souffrance, la culpabilité, en proie à l’incertitude. Une paranoïa virulente envahit la série. Qui ment ? Qui dit vrai ? Une suspicion généralisée prend le pouvoir. Allez savoir, et voir. Rien n’est transparent. Hatufim brouille les frontières, le fantastique pointe même son nez lorsque le récit laisse entendre que Yaël est encore en vie grâce à l’intervention outre tombe de son défunt frère. Gideon Raff fait fort, c’est risqué, mais ça marche. L’atmosphère étouffante s’en trouve renforcée. Le suspens itou. Hatufim, une métaphore de la vie quotidienne d’un pays en guerre depuis sa création, en butte à l’hostilité de ses voisins, en perpétuelles crises de nerfs, incapable pour autant de trouver une solution équitable et nécessaire au conflit qui l’oppose au peuple palestinien ? Méfions-nous de ces généralisations paresseuses. Un programme attractif, quoi qu’il en soit. Sera-ce suffisant pour attirer de (deux) nouveaux téléspectateurs ? C’est envisageable, Hatufim le vaut bien. Réponse dans huit jours.

 

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Publié dans pickachu

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