Qui a peur du méchant loup ? Hommage à Louise Brooks

Publié le par O.facquet

 

 

      

 

 

 

Loulou (1929), du réalisateur allemand expressionniste G.W. Pabst (un grand), est un des plus beaux films du monde, un film muet à nul autre pareil, une pièce maîtresse du genre. Tout a été dit à son sujet. Son érotisme torride, son traitement cru des moeurs sexuels du moment suscitent aujourd'hui encore bien des fantasmes. L’actrice américaine Louise Brooks, née le 14 novembre 1906 dans le Kansas et morte en 1985 dans l’Etat de New York, irradie le film de sa beauté, subjugue par la modernité de son jeu, subtil et nuancé, inspiré de l'observation de la nature (Renoir), en regard des compositions de ses partenaires dont l'expressivité outrée soudain détonne. Elle est considérée comme l’une des premières actrices naturelles du cinéma. Comme une grande actrice simplement. Son visage capte sans effort la lumière, il se prête parfaitement  aux gros plans en vogue chez les cinéastes des années vingt. Louise est rayonnante, osons le dire : solaire. Comment ne pas être ébloui par ce specatcle.

Epargnons-nous le synopsis. Loulou est une adaptation de deux pièces de théâtre du dramaturge allemand Frank Wedekind, qui firent scandale au début du XX° siècle. Loulou, coupe à la garçonne provoquante (une flapper), envoute hommes et femmes, tout à la fois, en toute innocence, comme le rocher retient coquillages, moules et crustacées. Une blonde aux cheveux noirs. Elle déclenche une nouvelle mode capillaire. Rien, ni personne ne lui résiste. Une force d'aimantation insoupçonnable. Chacun de ses gestes est une invitation brûlante à la concupiscence. Le moindre soupir la fait excitante au regard des hommes, comme des femmes... Le rôle de la comtesse est à cet égard considéré comme étant le premier personnage lesbien de l’histoire du septième art, un personnage qui ne fait pas mystère de ses dilections. Infidèle en tout, Loulou ne s’encombre d’aucun préjugé, vit pour l’amour et le plaisir, laisse le spectateur sans voix. Tout a malheureusement une fin. Celle de Loulou est tragique. Victoire du puritanisme sur une forme d’inconscience libertine ? Peut-être. Pourquoi pas. Loulou est aussi et surtout un film tragiquement visionnaire au moment où le star-system hollywoodien est à son apogée. Un monstre qui va dévorer au fil des ans et des pélicules ses enfants ; Marylin Monroe et Jayne Mansfield, rebelles à toute forme de canalisation, en savent quelque chose. Femmes objets, mais femmes conscientes du piège qui petit à petit se referme sur elles, au profit de voyeurs avides, quels qu’ils soient, d'où qu'ils viennent. Le système les broie sans remords au su et au vu de quiconque, aux yeux du monde. Loulou est une terrible allégorie de cette descente aux enfers.

C'est enfin un récit autobiographique. Deux mots sur ses années de jeunesse. Les parents de Louise Brooks sont absents, et bien qu’ils lui donnent le goût des livres et de la musique –sa mère était une pianiste de talent, lui jouant Debussy et Satie-, ils ne peuvent la protéger d’abus sexuels de la part d’un voisin. Gageons que ce crime a eu une influence sur sa vie de femme et sa carrière. Dans ce superbe film de Pabst, le dire aux jeunes, Loulou se joue des hommes, les manipule sans perversité, guidée par ses envies et les vicissitudes du quotidien, et malgré une fin choquante et fascinante, difficile de ne pas y voir une forme de revanche sur un passé récent traumatique. Les hommes ne sont jamais dans Loulou à leur avantage. Des êtres veules et vils, voire asexués : aucun mâle heureux deux heures durant. Elle collectionne les aventures, les escapades salaces, comme d'autres les timbres postes. Le film est une critique à sa façon de la société de son temps ; l’affichage cru de la sexualité est sidérant. Le personnage de Loulou est désormais devenu mythique. Louise Brooks affirmera bien plus tard être incapable d’aimer vraiment. Quant à nous, impossible encore aujourd'hui de lui résister. En 1950, Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française, n'hésite pas à déclarer "il n'y a pas de Garbo ! Il n'y a pas de Dietrich ! Il n'y a que Louise Brooks". Jean-Luc Godard lui a rendu hommage via Anna Karina dans Vivre sa vie en 1962. En 1991, le groupe britannique Orchestral Manoeuvres in the Drak lui rend hommage à son tour dans son album Sugar Tax. La chanson s'appelle Pandora's Box, en référence au film Loulou (lors du procès de la jeune femme, le procureur l'accuse d'avoir ouvert la boîte de Pandore libérant tous les vices de la terre). Le clip montre de nombreux plans de Louise Brooks, tous extraits du film. En 2000, le groupe de rock français Lady Godiva sort son premier album qui se nomme Louise Brook Avenue sur lequel se trouve la chanson titre Louise Brooks. La beauté et le talent défient le temps.

 of

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article