La chute finale (2003)

Publié le par facquet

italie.jpgAntitode au trip nostalgique maniaco-régessif parti de l'ex-RDA, que nous dit le dernier film de Marco Bellochio Buogiorno Notte (2003) ? Tout un tas de choses ; le film a d'ailleurs été amplement commenté ; deus ou trois choses, toutefois, retiennent l'attention exigente du cinéphile laborieux..

Dans les années soixante, des soldats perdus de l'extrème gauche italienne sombrent dans le terrorisme meurtrier. Les Brigades Rouges (sang) séquestrent en 1978 Aldo Moro, le leader italien de la Démocratie Chrétienne, avant de l'exécuter lâchement, après un procès somaire à huis clos. Une parodie de justice.

Le film vient de commencer. Un pseudo-couple assorti visite un appartement romain qui se révèlera être à l'usage une prison doublée d'un tribunal populaire caricatural. L'agent immobilier est professionnel -il fait penser au garçon de café décrit par Sartre dans L'Être et le Néant. Quant aux deux bragadistes, ils singent à merveille deux jeunes tourtereaux sans histoire à la recherche d'un nid où s'aimer en paix. Roublard mais lucide, le metteur en scène nous tend ici un piège petit-bourgeois en forme de miroir, dans lequel on se laisse prendre toute honte bue, tant le confort moderne -très Américan way of life- offert au couple improvisé, paraît préférable au délire mortifère qui agite ces justes dévoyés. Bien vu.

Si le film est bon, s'il ne réduit pas à un vain exercice illustratif, il le doit entre autres à l'implacable adéquation du fond à la forme. Voyez comme l'autisme funeste qui sous-tend la rhétorique virile et circulaire des brigadistes, s'inscrit dans la topographie des lieux, en l'occurence une pièce exiguë non ajourée -où est reclus Aldo Moro-, au fond d'un appartement obsidional, coupé du monde, théâtre de toutes les paranoïas, loin du peuple (pardon, du prolétariat), de la vie tout simplement. Belle idée de mise en scène.

Un peuple improbable, toujours convoqué, largement fantasmé. Aux abonnés absents. A cet égard, le contenu manifeste des rêveries nocturnes de la jeune et jolie brigadiste en proie au doute -le cinéma muet soviétique édifiant-, en dit long sur l'imaginaire social autarcique de nos possédés aux mains sales, davantage travaillés par leurs névroses que soucieux de l'avenir radieux du prolétariat. Hors champ. Définitivement hors champ.

Conscient des pouvoirs du cinéma et des ses connivences potentielles (et réelles parfois) avec toute forme de totalitarisme, Marco Bellochio (son dernier opus Le Metteur en scène de mariages (2007) est génial !) sait qu'il faut montrer du monde le moteur de l'événement, des personnages, des sentiments. Il est resté en cela fidèle aux Nouvelles Vagues des années soixante. En héritier de Fritz Lang et Roberto Rossellini. Cours camarade : la terreur est derrière toi. of

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Publié dans pickachu

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