Purple rain
Il aurait fait honte à François Mitterrand qui proposa un jour à George Bush père
d'accueillir en France feu James Brown (1933-2006), à une époque où les USA ne pouvaient plus le voir en couleur. Pascal Sevran mérite le plus profond mépris. Il pleut sur Paris. Une pluie pourpre
comme la puissance de quelques people germanopratins insensibles aux malheurs du monde. Le fait qu'il officie encore à ce jour sur une chaîne publique de
notre pays, en dit long sur la lepénisation des esprits par chez nous. Ses propos sur les Noirs africains sont innommables. Idem pour ceux tenus récemment par le socialiste George Frêche (sur des
joueurs de l'équipe de France de foot et sur des citoyens français d'origine algérienne). Grégory Jarry et Otto.t., dans l'excellente B.D. Petite histoire des
colonies françaises (tome 1 : l'Amérique française), écrivent, non sans ironie : "A cela s'ajoutaient les Africains. Entre 1715 et 1735, 7000 esclaves
noirs furent amenés en Louisiane pour servir de main d'oeuvre corvéable à merci. Pour se donner du coeur à l'ouvrage, ils chantaient des chants tristes à plusieurs voix et en canon, conservant
ainsi leur dignité humaine, ce dont tout le monde se félicitait". Sevran s'en féliciterait encore sûrement. Tout ça pour parler de La Couleur pourpre
de Steven Spielberg (1985), dont le récent visionnage a été un choc. Une oeuvre boursouflée, pleine de bons sentiments, disaient les uns ; un film raté et incolore, qui nous tombe des yeux, à peine
un mauvais téléfilm, renchérissaient les autres. Au final, le seul travail du cinéaste jamais vu. Qu'est-ce qu'on peut être influençable, non ? Retard comblé. Comme dirait E.Burdeau, La Couleur pourpre est un film subtil -n'en déplaisent à ses détracteurs ! Précisons d'emblée que la musique est de Quincy Jones, ce qui déjà est bon signe ; hormis
pour Sevran : le musicien est noir... Le film n'aurait pu être qu'une plate succession de belles images chatoyantes, des posters potentiels pour les carteries qui pullulent au coeur de nos cités.
Elles sont somptueuses, en effet, sans pour autant brider ni alourdir la mise en scène, d'une rare fluidité. Observer à cet égard le contraste saisissant entre d'une part une nature luxuriante (des
pétunias ?), et l'âpreté des relations humaines d'autre part. Whoopi Goldberg est époustouflante (brillante direction d'acteurs). Nous sommes au début du XX° siècle dans le Sud profond
des Etats-Unis, au sein d'une communauté noire. Un beau-père incestueux. Deux soeurs, Celie et Nettie ; un attachement indissoluble les lie, à la vie, à la mort, par la force des choses. Elles sont
séparées dès leur adolescence à cause des coups de sang de "Monsieur", Albert, un fermier qui s'est offert Celie plus qu'il ne l'a épousée (la vieillesse réunira les deux femmes). Elle devient sa
chose et va subir une vie durant les pires humliations. Les blancs sont presque absents de l'écran. Recalés hors champ. Lorsqu'ils apparaissent, s'expriment au pire une haine raciale ancestrale, au
mieux une philanthropie crapoteuse. L'autoritarisme violent d'Albert n'est que le reflet mortifère du traitement inhumain infligé depuis des siècles aux esclaves noirs par les maîtres blancs. La
haine de soi, encore et toujours. Retourner contre soi-même une violence sans contenu, incapable de s'inscrire symboliquement, car sans débouché politique et social. Se faire esclavagiste et
tortionnaire à son tour pour se venger du sort que la vie vous a réservé. Faire souffrir les siens (en tyran domestique pervers et pathétique), et se faire mal au passage (une existence
gâchée), ne pas s'appartenir (ainsi ne pas se respecter soi-même), voilà la double peine imposée aux nègres par les seigneurs au visage pâle. Spielberg les
venge : l'humanité l'emporte malgré tout -un happy end réparateur( ou presque). Même Albert est racheté in extremis (élégance des grands metteurs en scène). Pas da manichéisme, donc (même noir, on
peut parfois réussir aux Etats-Unis à cette époque, tout en restant altruiste). Quand tout ce petit monde se retrouve pour chanter dans un temple parpaillot
un gospel irrésistible (une scène superbe et euphorique, vraiment), le film nous donne envie d'espérer, encore et toujours ; l'émotion nous étreint comme rarement. Un dernier mot : dire à Dieudonné
que Spielberg a tourné ce film (et Amistad aussi). Comme ça, en passant ; on ne sait jamais... of
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