Bush à Bush (2004)

Publié le par facquet

bush.jpgCe qui suit pour rappeler que nous ne sommes pas sectaires. La preuve. Toujours se méfier de l' assujettissement politique de l'art pour juger de la valeur d'un film, autant que faire se peut ;  "chercher la bonne métaphore" dit Godard. En route (66?).
Disons d'emblée que Fahenheit 9/11 de M.Moore (un cinéaste dont je partage en gros les croyances politiques) est un film grossier, qui dessert la cause -à court et moyen terme- qu'il prétend servir (le pendant progressiste de la rhétorique bushienne). la fin ne justifie pas les moyens. La faim (de justice) n'autorise pas tous les excès (de toute façon, si J.Kerry doit vaincre, cela se fera sans M.Moore). Et si ce n'était pas un film, donc ? Ce serait  un tract, simplement.  Un tract de propagande, ni plus ni moins  (courte durée de vie ;  efficacité aléatoire). Mêmes méthodes, procédés similaires (amalgames douteux, simplifications outrancières -présentation de l'Afganistan des Talibans comme une victime-, raccourcis fallatieux -présentation de l'Irak d'avant-guerre comme un pays de contes de fées), peu d'imagination formelle, le doute et la reflexion tenus en laisse ; propos assénés qui ne souffrent aucune contestation. Taper fort n'est pas taper juste. Juste taper (la fameuse "exfiltration" de la famille Ben Laden n'a pas eu lieu le 11 septembre, mais le 14, alors que l'espace aérien américain avait été ouvert ; 22 des 26 membres de la famille avaient été au préalable interogés par le FBI).
George Bush est assis dans une salle de classe en compagnie de quelques écoliers. Soudain, un conseiller vient lui annoncer qu'un attentat vient de frapper New York. Sept longues minutes durant, le Président des Etats-Unis d'Amérique reste pétrifié, prostré ; il ne bronche pas.
Malheureusement, ce passage a été écourté au montage, lequel aurait dû ête interdit, afin que la scène conserve toute son intensité polysémique ; c'est dans sa totalité qu'elle aurait mérité d'être intégrée au film."de gauche",
Pour quelle (s) raison (s) devrais-je croire sur parole M.Moore ? Parce que je suis "de gauche",   donc conditionné ? Qui me dit que George Walker Bush n'est pas allé entre temps passer un coup de fil ? Juste une image. Pas une "image juste". Godard, encore et toujours.
Fahrenheit 9/11, une oeuvre d'art ? Oh que non ! Une oeuvre d'art, même engagée, s'efforce d'inclure (d'où, souvent, sa portée universelle). Quitte à se mettre en danger, et dans un même élan, ceux qu'elle inspire.
Fahrenheit 9/11 ne cesse d'excure. Le spectateur ne trouve que ce qu'il a lui-même apporté. Une approche archi vieillotte du cinéma ; un cinéma de l'idée-à-faire-passer-à-tout-prix ; un cinéma finalement sans mystère. Un jeu à somme nulle (notre cinéaste se fait toutefois payer très cher  lorsqu'il vient présenter son film au public ; certains étudiants américains démocrates s'en souviendront longtemps, tout comme leur porte monnaie...). Une prime d'assurance (M.M.A. : M.Moore Affirme). D'autres diront : une délectation narcissique de réassurance.
Surtout : un divertissement paresseux (un lauréat palmé, la palme d'or comme bulletin de vote) qui mise systématiquement sur le plus petit dénominateur commun des spectateurs potentiels du Vieux Monde (un antiaméricanisme fédérateur). L'expression artistique instrumentalisée. Corsetée.
Souhaiter la victoie du Parti démocrate est une chose (plutôt bonne). Abdiquer pour la bonne cause tout esprit critique en est une autre (risquée, l'histoire récente en témoigne).
Combattre l'adversaire avec ses propres armes peut s'avérer ici vain, voire contradictoire avec une certaine vison du monde dite "de gauche"...
Prenez le sensationnel comme arme de destruction massive. Tel un journaliste du 13h de TF1, M.Moore poursuit une mère endeuillée par la mort de son fils en Irak : "pleurez bien dans le micro, là, devant la caméra". Abject et indigne. La tyranie de l'émotion tant dénoncée, pourtant. Chez les autres.
Enfin, sans vouloir injurier l'avenir, gageons cependant que les saillies démagogiques de M.Moore risquent de jeter une ombre menaçante sur les éventuels blâmes mérités qui accompagneront de possibles procécédés cinématographiques identiques du camps adverse. Juste retour de bâton. En attendant, revoir le travail de Joris Ivens, johan Van der Keuken, J.L.  Comolli ou/et Chris Marker. Nous en sommes là. Pas sectaires, on vous dit. Vive Kerry, quand même !              of
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Publié dans pickachu

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