Jean de la fontaine (rétrovision)

Publié le par facquet

L'Opinion publique (A Woman of Paris,1923, muet), premier film dont Charlie Chaplin est le metteur en scène mais où il n'apparaît pas comme acteur (un passage discret), est un de ses rares échecs publics. Un public, dit-on, déçu par son caractère par trop sérieux. Il faut dire que Chaplin se tourne vers le genre narratif dominant du muet, le mélodrame, cette fois sans la parodie (Charlot peintre, 1914), surtout, sans l'association originale du comique et du pathétique, où se mêlent les larmes et le rire (Charlot musicien, 1916). Il y a de quoi, en effet, désorienter son monde. Marie et Jean, deux provinciaux, voient leur passion contrariée par leurs parents. Marie s'installe à Paris où elle devient une courtisane à la mode. Elle retrouve bientôt Jean, venu vivre à Paname. Il met fin à ses jours quand il découvre la liaison de Marie avec le riche Pierre Level (génial Adolphe Menjou). Marie retrouve la province où elle élève une ribambelle d'orphelins. Après le Kid, son premier long métrage, le cinéaste revient -et ce ne sera pas la dernière fois- sur son enfance orpheline. Ce subtil mélodrame mondain de Chaplin sans Charlot -une des raisons de l'échec ?- est brillamment mis en scène, jouant souvent sur le hors champ (ce n'est pas nouveau) et les éclairages (la scène de la gare, en particulier). Les derniers instants de L'Opinion publique frappent encore aujourd'hui les esprits. Jean se suicide dans un luxueux restaurant de la capitale : il s'effondre dans une fontaine, or se baigner dans l'eau d'un bassin exprime sous forme métaphorique l'immortalité, la jeunesse (la fontaine de jouvence), la santé, voire la purification, d'où la violence de la scène qui n'a rien perdu de sa force au fil des ans. Il est vrai qu'on dit aussi pleurer comme une fontaine. Enfin, ce qui surprend également, c'est, pour l'époque, la sobriété du jeu des acteurs, leur retenue : modernité chaplinesque. Une partie de la critique, surtout en France, regretta la dérive de Chaplin vers le sentimentalisme. Passons. Et "si les paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé, les choses parleront assez d'elles-mêmes" (Bossuet). Vive Chaplin !

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Publié dans pickachu

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