Autant en emporte le vent (3)

Publié le par facquet

Un président de la République se déplace en province (à Argonay, le jeudi 23 octobre 2008). Il prend la parole : le voilà juché sur une estrade, un pupitre muni d'un micro discret l'attendent. Dans son dos, un étendard tricolore flanqué du drapeau européen aux douze étoiles dorées. Monsieur représente l'Union européenne. L'heure est grave, les bourses mondiales jouent au yoyo : un doute nous habite soudain. Coluche disait qu'il vaut mieux avoir les bourses en action que des actions en bourse. Une nouvelle fois, il parlait d'or (la grossièreté n'est pas là où on le pense communément). La dépression guette. Le Président, la mine rembrunie (on s'en lasse pas de celle-là), s'agite, gesticule, brasse de l'air : à rendre jalouse une éolienne. Pas de son. Le téléspectateur l'a coupé. Pour voir. Le corps semble se désarticuler, tel un pantin. Les rictus crèvent l'écran (font écran même). Jeu de mains, jeu de... Il en fait trop. Le coup d'éclat permanent. Plus encore que d'habitude -le zèle du néophyte récemment converti à l'indispensable socialisme démocratique, en fidèle caméléon néochiraquien?. Cherche-t-il à cacher quelque chose ? Que le sol se dérobe sous ses pas, par exemple ? Voire, un hors champ anxiogène ? Ou que tout lui échappe ? Une pantomime, somme toute, pour conjurer le mauvais sort. Effets conjutoires dérisoires : un courant d'air. Vieux savoir des cinéphiles. Lorsque le scénario l'emporte sur la mise en scène (en l'occurence la finance sur les pouvoirs publics), les acteurs s'efforcent en vain de compenser, de créer un appel d'air pour que ça respire un minimum entre les images. Et malgré le plan fixe, ça doit communiquer d'une manière ou d'une autre avec le hors cadre. On est loin du compte -du conte, mais c'est une autre histoire. Une interprétation primesautière agaçante, une direction d'acteur défaillante. D'où ce remue-ménage (remue-méninges ?) stérile, qui donne en général de bien mauvais films. Prisonnier de la sorte d'un cadre télévisuel contraignant, à l'aide d'une économie plus parcimonieuse du geste, l'intervention présidentielle aurait peut-être (y'a du boulot) semblé plus sincère (un miracle), donc plus plus rassurante (c'est raté : un sentiment partagé angoissant d'asphysie). Déjà que beaucoup ont du mal à l'encadrer, à le voir en peinture. Passons. En définitive : un système nomade (la finance proliférante apatride et incontôlable -la violence de l'argent), un président pour une fois sédentaire (par la force des choses : une conférence de presse solennelle), d'où cette fébrilité gestuelle : ça mouline pour masquer qu'on ne maîtrise plus grand chose et qu'on aimerait être ailleurs. Irrité d'être encagé à l'intérieur de frontières trop étroites, il tente ce coup de force impossible : sortir de lui-même. "Qu'est qu'un cynique ?" se demandait Oscar Wilde dans L'Eventail de Lady Windermere : "c'est un homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien".  Est-ce ainsi que cet homme vit ? Comprenne qui voudra.... Vendez tout !

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PS : Ségo, on t'aime !
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Publié dans pickachu

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