De quoi L'Affaire Thomas Crown est-elle le nom ?

à Philippe Val, Oncle Bernard et BHL
OK, compris, du simple, pas de phrases ronflantes pour faire genre, à la manière de. Raser les mûrs, marcher à l'ombre, ne pas se faire trop remarquer : glisser deux trois choses sur L' Affaire Thomas Crown (1968) de Norman Jewison, un Américain du nord -un type qui sait ce que filmer veut dire, donc ; le sommet-matrice d'un genre au surplus : le film de braquage. Quelle affaire, en effet ! Oublier la théorie, l'abstrait creux usé-coincé, disent-ils. Du littéral mon capitaine, crient-ils alentour. En route, fourbu-con-vaincu. Le regard de braise de l'exubérante Vickie Anderson (Faye Dunawaye, plus belle que jamais), cette sensualité atomique, les déshabillés caniculaires insoutenables, troublants, ces jambes qui n'en finissent pas, ses robes affriolantes et autres jupes blanches de marque, très sixties, une allure provoquante sans être obscène, du grand art : une certaine idée de la femme, pas un objet, ni un camioneur, non, un équilibre, un peu femme fatale, mais libérée, avec un cerveau que certains hommes n'ont pas. Croqueuse d'hommes et de diamants -grand bien lui en fasse. Sans oublier les chapeaux, un monceau de chapeaux, de toutes les couleurs, autant de formes, le mauve ne passe pas inaperçu. Une femme de tête, roublarde et arriviste, sauf qu'elle trouve son maître. Le grand Steve McQueen (le financier Thomas Crown -un taiseux), l'insolent McQueen, charmeur avenant, un rire nerveux diabolique, doublé d'un regard bleu unique et insondable, redoutable stratège inébranlable, encore que... Vickie tombe sous le charme -sans succomber- de son peignoir orange, même colorie pour une de ses chemises préférées, craque peut-être-sans doute, rien n'est sûr, pour les costards sans pli superfétatoire du millionnaire très smart : monsieur taquine le club, pratique le polo, s'envoie en l'air dans un planeur, aime les voitures de course avec les dunes comme terrain de jeu : nous sommes à Boston, aux Etats-Unis d'Amérique, respect ! la troupe. Admirez cette prestance : cette façon de fumer le cigare, de déguster un cognac dans un verre fait pour, ce phrasé bien british, nous sommes en Nouvelle Angleterre, et une collection de cravate à couper le souffle -la mauve sort du lot, décidément. Parler de la partie d'echecs entre Vickie et Thomas (astucieuse synecdoque -pardon...), une des scènes les plus érotiques de l'histoire du cinéma, il faut surprendre la jeune femme caresser une des tours, laisser entrevoir l'ébauche d'un sein qu'on devine parfait, et ces pieds agités-malicieux sous la table, pour comprendre sans détour que le jeu se finira à l'horizontal, à la différence du surprenant travelling vertical au dessus du damier, telle une soudaine tumescence incontrôlable. Des clichés à la pelle, en-veux-tu-en-voilà : le feu dans la cheminée, les minauderies des deux protagonistes, les approches amoureuses ultra classiques, ce que bais(s)er la garde signifie, le tout passe comme une lettre à la poste, là encore, du grand art, merci madame, messieurs. Surtout : le plus long baiser de l'histoire du Septième Art. Se souvenir de la rolls, de la musique de Michel Legrang, des canotiers des policiers et des assureurs, du recrutement des truands et du braquage menés d'une main de maître, en quelques minutes, aussi sec, par le talentueux Norman Jewison, quand d'autres s'attardent ad nauseam (ça va barder). Se souvenir aussi de la balade amoureuse du couple dans les rues de Boston, on se croirait à Londres, c'est tout dire et rien à la fois. Se souvenir enfin des drapeaux américains sur les tombes des soldats morts au Vietnam. La cinéphilie fétichiste à l'état pur. Un film vicieux, un tantinet subversif (Crown dit en vouloir au système -si on veut...) un brin phalocrate, madame finit en pleurs dans les cordes. Un plaisir total. Pas un plan de trop, pas une séquence inutile, une direction d'acteur exemplaire (ah ! ces Américains...) ; un split screen efficace (première utilisation du procédé au cinoche), du grand art, on vous dit, simplement. Quant aux coiffures de Faye Dunaway, c'est le bouquet ; on ne répond plus de rien. Pour le scénario, silence radio : (re)voir le film, oui, sans aucun doute. of
Aux cinémas Les Studio à Tours (37) actuellement, à 14h15 et 19h45, jusqu'à mardi prochain. A votre bon coeur !
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