Un jour de fête du travail comme les autres, ce jeudi 1er mai 2008 : manifs revendicatives, traditionnels conflits arithmétiques entre police et syndicats, silence du pouvoir (c'est si rare),
repos pour (presque) tout le monde. Un détour par une chaîne privée d'information en continu tricolore. Une plage de publicité pour renflouer les caisses. On avance en terrain connu, du balisé
rassurant ; seulement, soudain, c'est la surprise, puis la stupéfaction. Entre deux pubs soucieuses de vanter les qualités de tel ou tel produit, se glisse un spot de propagande aussi inopiné
qu'ingénieux : l'archaïque et le moderne se conjuguent sans fausse note. On se dit que les cerveaux chargés de célébrer les mérites de l'ex-RDA de E.honecker ont retrouvé un job après un détour par
Cuba et quelques cours du soir afin de maîtriser les technologies nouvelles. Une minute et quelque durant, une succession de plans fixes induit une impression violente de mobilité ; avec soin,
rigueur, efficacité et conviction, le tableau du meilleur des mondes possibles est dressé. Un travail d'expert(s) et d'orfèvre. Climat agréable, paysages avenants, tourisme de masse, industries de
pointe, égalité des sexes, laïcité suggérée, niveau de vie enviable, ordre et progrès, rien ne manque pour séduire l'homo démocraticus occidental ; les images fébriles parlent d'elles-mêmes (elles
ne sont pas toutes sages...), malgré un commentaire redondant (comme on dit, c'est trop beau pour être vrai ; un Etat autoritaire cherche en l'occurrence à diluer sa face répressive -cadrer cest
cacher, ne pas tout montrer, pour le meilleur et pour le pire). Personne ne revendique la paternité du bourrage de crâne. Même la station balnéaire la plus snobinarde aurait refusé ce discours par
trop incitatif, des scrupules qui n'étouffent pas pas les dirigeants tunisiens, ni le média concerné. Sans conteste, moult entreprises, petites, moyennes ou grandes, privées ou publiques, usent des
mêmes recettes rhétoriques, impossible toutefois de mettre sur le même plan une firme encadrée par de nombreux et puissants contre-pouvoirs dans nos contrées et une dictature omnipotente. Quant à
Carla et Nicolas, leur séjour dans ce pays s'est bien passé, merci pour eux (vu le contenu du (très) court métrage télévisé, il ne pouvait guère en être autrement). Vous avez dit droits de l'homme
? Combien ça rapporte ? Allons plutôt chiner. of