De Niro pour le prix d'un




Heat (1995), le thriller génial de
Michael Mann (Ali en 2002, Collateral en 2004 et Miami vice-Deux flics à Miami en 2006), a marqué les esprits. Une étape importante, également,
dans l'histoire du Septième art (si si). De Niro (Neil Mccauley), le gangster, et Al Pacino (Vincent Hanna), le flic, s'affrontent "à la loyale". Symétrie des personnalités et des conduites,
respect réciproque. Au final : un unique vainqueur. Les deux prodiges américains n'avaient jamais encore tourné ensemble. Ils vont 2h50 durant jouer au chat et à la souris. Une seule halte, et de
poids, dans ce chassé croisé haletant : une brève entrevue dans un fastfood. Comme on dit : une scène d'anthologie. Quelques minutes, guère plus, le temps d'un plan serré coinçant les deux
personnages dans les limites du cadre de l'image, l'espace de quelques champs-contre-champs crispés. Qu'est-ce qu'un bon film, un scénario en béton bien huilé, une mise en scène inspirée
spécifiquement cinématographique, les deux, tout à la fois ? Vaste débat (ininterrompu) ! Prenez la télévision hertzienne (Arte exceptée) : en voilà une qui ne s'embarrasse plus de nommer les
réalisateurs des films diffusés sur le petit écran. Le nom des acteurs vedettes suffit (jadis un film de, désormais un film avec ; glissement sémantique symptomatique) ; ça stimule l'audimat :
silence, on vend ! Quid de l'artiste dans nos sociétés exagérément marchande ?Le photogramme, devenu carte postale ou affiche, unissant de Niro et Al Pacino, fait le bonheur pécuniaire, paraît-il, des propriétaires de carteries. Ceci dit, l'idolâtrie est une histoire ancienne ; la jouissance directe des images non plus n'est pas une nouveauté, loin s'en faut. Les cultes païens ont la vie dure : entre l'image comme montage et l'image comme chose ou objet, le face à face séculaire perdure.
Un mot encore. De Niro semble un produit plus porteur que son confrère italo-américain. Le prouve cette carte dégotée dans une boutique accueillante de notre charmante capitale tourangelle : a priori seul, attablé dans un coffeeshop, la mine renfrognée, une coupe fraîche, un bouc impeccable, la moustache parfaitement entretenue, chemise blanche et veste de marque assorties, une main posée près d'une tasse de café, une bouteille de ketchup en évidence (nous sommes aux USA), notre hors la loi fixe quelque chose ou/et dévisage quelqu'un. Une petite enquête révèle qu'il s'agit d'Al Pacino. La fameuse scène, toujours et encore. La carte se vend bien, elle aussi ; tant mieux ! Alors, où est le problème ? Rien de grave, en vérité ; juste un léger agacement tenace (Al Pacino aurait tout autant mérité cet isolement ; là n'est pas cependant la question). La photographie cloisonne l'interlocuteur de De Niro, l'enferme dans un hors champ à jamais hors cadre ; au passage, offre de la sorte du grain à moudre à ceux qui réduisent le cinéma à de belles images, une belle histoire avec de beaux acteurs, et exigent surtout une fin qui se tienne (mal, souvent, mais c'est une autre histoire). Il y a enfin les mauvais coucheurs : ils prennent l'image comme chemin, le cinéma comme articulation féconde (afin que les images communiquent entre elles, et non une par une), c'est-à-dire un jeu sérieux avec le temps : en résumé, comment passer d'une chose à une autre ; vaste programme. Or, confisquer au hors champ son rôle capital d'ouverture sur le monde (bienveillant ou menaçant, n'importe !), sa mission aérifère, c'est finalement exclure l'Autre, nier l'altérité. Ce qui n'est vraiment pas le moment. of
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