Qui trop embrase mal éteint. De quelques films de l'année 2006.
/image%2F0935117%2F20220602%2Fob_6b27ac_arton114044.jpg)
Lady Chatterley (touchante Marina Hands, parfaite) et le garde chasse Clifford gambadent nus sous la pluie dans la campagne britannique de l'entre-deux-guerres. Ils ne pensent pas à mal, font l'amour : ils s'aiment, tout simplement. Constance épouse le corps du colosse pour finalement ne faire qu'une seule chair avec lui. L'innocence retrouvée : Eve et Adam dans le jardin d'Eden, purifiés par une averse estivale. L'Eden d'avant la chute et le péché originel. Le paradis terrestre comme terrain de jeu : on s'envoie en l'air avec candeur : pas de fruit défendu. Un film presque trop parfait. Une mécanique bien huilée, un travail d'orfèvre : une vraie pièce d'horlogerie. Rien à ajouter, ni à retrancher. Du sur mesure. Il est sans conteste superbe ce Lady Chatterley de Pascale Ferran, non ? Qui s'aventurerait à dire autre chose ? On finira bien par trouver.
Quitte à agacer osons ceci : quelques films récents, moins lisses, voire rêches, inégaux surtout, et obliquement admirables, nous ont tout compte fait davantage emballés. Une forme de snobisme, si vous y tenez. Pas seulement : accordez-nous une chance.

Terence Malick, longtemps intouchable dans le village de la cinéphilie consciencieuse, en a pris pour son grade à la sortie de son Nouveau monde. Un plumitif parisien a parlé au sujet de son oeuvre, d'esthétique publicitaire et de rousseauisme béat. Bien dit, mais facile. Au risque de paraître pompeux, avouons notre fidélité renouvelée au lyrisme poétique de Malick, à sa métaphysique cinétique mise en images, enfin, à la voix off qui les accompagne, le tout nous apaisant tel un narcotique bienfaisant.

Si Le Dahlia noir de De Palma est un (bon) film malade, c'est que le cinéaste américain, habitué depuis des décennies à raffiner sur des formes anciennes, semble atteindre, depuis peu, les limites de son art. Ne parvient pas en tout cas à le projeter dans un postmaniérisme fécond.
N'empêche ! La scène du dîner familial auquel est convié Bucky est magistralement filmée : le repas tourne au pugilat hystérique, et met au jour une pathologie familiale sous-jacente. De la très belle ouvrage. A analyser plan par plan.

Marie-Antoinette de Sofia Coppola a été bêtement conspué à Cannes au printemps dernier. Le film, sévèrement apprécié, n'a pas eu le succès escompté. De là à parler de fiasco, beaucoup n'ont pas hésité à franchir le pas. Pourtant, depuis sa sortie, il en obsède plus d'un. Souvenons-nous : l'été 1789, Marie-Antoinette (Kirsten Dust, que dire?), du haut d'un balcon versaillais, fixe le peuple en armes ; tel un oiseau de proie, elle se cabre élégamment, en guise de soumission (clin d'oeil à Rossellini). Inoubliable. Comment oublier aussi ce lien impossible entre des images d'un autre temps et une musique pop/rock contemporaine (The Cure, New Order, Air, pour ne citer qu'eux) ; quelle harmonie anachronique enivrante ! Cette exigence crâne, enfin, d'ignorer le background politico-social prérévolutionnaire (pour cela, revoir La Marseillaise de Jean Renoir ou/et le Danton de Wajda), pour se focaliser sur l'itinéraire cruel d'une jeune princesse devenue reine de France, d'abord frustrée, puis ô combien rassasiée, quel culot, quelle provocation jouissive ! Marie-Antoinette a sérieusement irrité Régis debray (c'est bon signe) : "Le navet pistache, framboise et citron dû à Sofia Coppola parachève le congé donné à la République comme réalité de référence et à la Révolution comme mythe de convocation, au bénéfice d'une viennoiserie rococo et niaise" (Aveuglantes Lumières, 2006). Rien que ça. Ces quelques mots acrimonieux, excessifs et pompeux, rendent le film plus estimable encore.

Sur leur arbre perchés, Les Cahiers du Cinéma, dans leur numéro de novembre, accordent au Nouveau monde de Terence Mélick, le recours d'une seconde vision à la faveur de sa parution en D.V.D.. Comme quoi, il est parfois urgent de patienter. Génie du cinéma américain.
of