L'humanité en fête : Oklahoma Honey (2025) de Andrew Patterson.
"Comme une fleur où logent les abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon cœur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants."
Anne de Noailles, La vie profonde, L'offrande à la nature.
Soudain (2026) de Ryüsuke Hamaguci, où Virginie Efira partage l'affiche avec Tao Okamoto, s'impose comme le long métrage qu'il s'agit d'avoir vu impérativement pour cette rentrée (avec le documentaire sur Michel Platini sur Canal+). Ce sera pour une autre fois.
Allez savoir pourquoi, le tropisme américain l'a une nouvelle fois emporté, plus précisément Oklahoma Honey (2025), de Andrew Patterson, un film curieux (de 130 minutes), c'est le moins qu'on puisse dire, sorti en France le 19 août dernier. L'action se déroule un coin paumé de l'Oklahoma rural. Amziah dit le king (Matthew McConaughey), veuf depuis de nombreuses années, est un apiculteur charismatique, apprécié d'une petite communauté soudée, composée de musiciens ou de chanteurs de bluegrass.
Par hasard Amziah retrouve dans un fast food sa fille adoptive qu'il avait perdue de vue depuis des années, sa garde lui ayant été retirée lors de la mort de sa femme -la jeune fille et son frère, abandonnés par leur père, une mère qui s'est pendue, ont été ballottés dans de nombreuses familles d'accueil. Kateri (Angela LookingGlass), une amérindienne (une native américaine), accepte de venir travailler dans son entreprise. Elle devient son bras droit. Les retrouvailles se passent donc paisiblement dans l'ensemble -ils bâtissent une entreprise familiale-, jusqu'au jour où ils découvrent que des vols de miel et de ruches se multiplient dans l'État et au delà, et qu'ils en sont eux-mêmes victimes, ce qui menace de détruire tout ce que Amziah a construit à la sueur de son front au fil des ans.
Lors d'une visite sur une de ses installations où toutes les ruches ont été subtilisées par des margoulins sans scrupule, Amziah meurt d'une insuffisance cardiaque. Kateri éplorée découvre le corps -il fallait un culot certain pour se débarrasser d'un tel personnage au mitan du film, son fantôme va néanmoins le hanter cependant jusqu'au bout. Kateri décide crânement sans hésitation de prendre la tête de la modeste exploitation ainsi fragilisée et se lance à corps perdu à la recherche des voleurs afin de venger Amziah et de sauver l'activité. Kateri se retrouve au cœur d'une enquête aux multiples ramifications. Va-t-elle découvrir que derrière cette apparente rivalité commerciale se cachent des intérêts et des secrets sombres, voire nauséabonds ?
Okahoma Honey est un film foutraque qui prête naïvement le flanc à toutes les critiques possibles et envisageables. Il mélange les genres avec une désinvolture qui doit en exaspérer plus d'un, du thriller rural un tantinet politique au drame familial, du western actualisé au clip musical, il s'autorise tout. Les thèmes s'entremêlent de façon inextricable, à ne plus s'y retrouver, s'y perdre peut-être, en l'occurrence la famille et ses drames, la loyauté amicale (repas conviviaux), la vengeance impitoyable, le goût de l'effort (le self-made man), la fidélité à des valeurs, l'honnêteté, le rachat et le pardon, c'est un véritable feu d'artifices auquel nous assistons.

D'aucuns ne manqueront de fustiger la direction d'actrice et d'acteur, la gouaille surjoué de Amziah, le type bien jamais pris en défaut, le joli sourire récurrent en gros plan de Kateri, une jeune femme au grand cœur sans aspérité, l'avocat débonnaire resté fidèle à la plèbe (Rippy, Rob Morgan), les repris de justice repentis archétypaux (Oat, Cole Sprouse), des policiers compréhensifs, les images d'Épinal du Midwest, sa mythologie (chapeaux et bottes de cow-boys, les pickups poussiéreux, entre autres), et le sale type patibulaire prêt à tout pour s'enrichir, un propriétaire terrien prospère sans vergogne (Dob McCoy interprété par Kurt Russel, excusez du peu), mais un époux éperdument amoureux d'une femme gravement malade, dont il prend soin avec douceur : un cliché disent-ils ; remarquons en effet que ça fait beaucoup, pour un long métrage qui lorgne maladroitement vers les frères Cohen, Quentin Tarantino (Kill Bill et Boulevard de la Mort), Sam Peckinpah (Junior Bonner ou l'ouverture de Guet-apens) ou Anthony man, pour le western dramatique.

Sur la forme, autrement dit sur la mise en scène, les reproches pleuvent drus également : les séquences musicales filmées de manière effrénée, lesquels versent dans un angélisme béat, une photographie carte postale pour catalogues d'agences de voyages, des arrêts sur image et des ralentis en veux-tu en voilà, des fondus au noir à répétition, un montage capricieux qui vole au spectateur l'épilogue des séquences les plus tumultueuses, une surabondance de gros plans inutiles, en somme une forme obèse qui manque de caractère et fait montre d'un mauvais goût répulsif pour une chronique trop sucrée. Allez vous relever après ça.
![Critique film] Oklahoma Honey : Miel, musique et vengeance](https://culturellementvotre.fr/wp-content/uploads/2026/08/oklahoma-honey-Matthew-McConaughey-e1787393824213.webp)
Toutefois, après avoir distillé le fiel, venons-en au miel.
Certains ont parlé de candeur charmante, d'autres de générosité roborative, ce qui se conçoit, tout en restant un peu court. Paradoxalement, c'est le mixte invraisemblable des défauts susmentionnés qui fait le charme indéfinissable de Oklahoma Honey. C'est effectivement au moment où nous ne pouvons que confusément exprimer l'attachement qui nous lie intensément à une personne qu'il devient évident que l'on est amoureux. Le caractère disparate, hétéroclite, hétérogène et pour tout dire bordélique de l'ensemble rend le film ô combien attachant. Le spectateur ne sait jamais ce qu'il va advenir des personnages d'une scène à l'autre, une incertitude portée par un montage et un découpage qui ne laissent aucune place aux fioritures, d'où une efficacité qui fait toute l'attraction addictive d'un film à la pudibonderie suspecte -on ne couche pas, le désir charnel est tenu en respect. Une œuvre qui sublime. Un film qui fait penser à l'intense Cookie's Fortune (1999) de Robert Altman.
Surtout, Oklahoma Honey se présente comme le bon film au bon moment. Dans une époque dominée par la rapacité, le cynisme assumé, la méchanceté tous azimuts, la violence du verbe et des coups, l'égoïsme, la malhonnêteté, l'élasticité intellectuelle, l'éloquence vaine, l'aveuglement et la surdité comme échappatoire, le dogmatisme mortifère, le mensonge décomplexé, l'apologie du terrorisme, osons avouer que l'altruisme et la bonté quelque peu naïfs (certains diront un brin ridicules) qui structurent Oklahoma Honey ne laissent pas insensible, même si bien sûr les bons sentiments ne font pas obligatoirement les bons films, tant s'en faut. Les exemple sont innombrables. Passons.
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Rob Morgan
L'alliance de guingois d'éléments apparemment inconciliables accouchent d'un film qui ne ressemble à rien, un ovni venu de nulle part, il faut alors simplement se laisser porter par la beauté des paysages, la présence équilibrée de toutes les communautés qui composent les États-Unis d'Amérique, par la gentillesse des protagonistes, leur courage, la résistance aux obstacles, la poésie qui accompagne les séquences où Amziah et Kateri se laissent envahir par les abeilles, les mélodies entraînantes, la simplicité du propos, et une scène d'anthologie : le scalp par inadvertance d'un acolyte de Amziah (Colemar, Tony Revoli), en somme céder de nouveau à l'attrait irrésistible du mythe américain qui ne veut pas mourir. Le pourrait-il de toute façon ?
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