Highway to hell (génie de Ted Kotcheff)

Publié le par O.facquet

 

Photo de Sylvester Stallone - John Rambo : Photo Sylvester Stallone -  AlloCiné

John Rambo 

 

Nous avons dit ici même à plusieurs reprises tout le bien qu'il fallait sans doute penser du Rambo de Ted Kotcheff, cinéaste canadien, sorti en 1983, avec Sylvester Stallone dans le rôle principal. Un vétéran du Vietnam, John Rambo (Stallone), tel un retour du refoulé, met à feu et à sang une petite cité de l'Amérique profonde, laquelle l'a traité à son arrivée comme un vagabond menaçant. Emprisonné, il s'enfuit : le voici traqué comme une bête sauvage. Cachez-nous cette défaite honteuse que nous n'avons jamais digérée. Trop tard. John Rambo transpose sur le sol américain la violence débridée d'un conflit dont ces concitoyens aimeraient ne plus entendre parler, après l'avoir encouragé jadis. Une guérilla sans merci et ses horreurs font irruption sur le territoire sanctuarisé des États-Unis. Rambo : l'inconscient US à ciel ouvert.

 

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Pas vu le film à sa sortie. Jugé ringard par les bien-pensants progressistes de l'époque que nous écoutions religieusement. La psittacisme du temps nous faisait dire bêtement crâne : Rambo et con à la fois. Quel choc le jour de sa découverte ! Un train à prendre, l'été 1986. Plusieurs heures d'attente. Un tour par les cinémas du coin. Rambo est en ressortie estivale trois ans après un premier tour de piste. Pourquoi pas, après tout. On se jure à la sortie qu'on ne nous y reprendra plus. Y jeter un oeil soi-même la prochaine fois. Trente années plus tard, les chose n'ont guère changé. Rambo n'a toujours pas bonne presse. Un pestiféré qu'on approche avec des gants et un pince nez. Défendre le film, c'est prendre le risque de provoquer chez son interlocuteur, au mieux la surprise, au pire la rebuffade. Il faut toujours aujourd'hui se battre pour l'imposer. Et encore : les victoires sont rares. L'adversité abdique par gentillesse sans y croire vraiment. Pourtant, pourtant. La catharsis désespérée mise en images dans Rambo reste un des témoignages les plus poignants de la dépression qu'ont vécue les Américains suite à leur première guerre perdue loin de chez eux.

 

le médecin fou, le grand Donald Pleasence (Voir aussi Halloween de J.Carpenter)

En 1971, au festival de Cannes, un film déjanté, Wake in the fright, tourné par un jeune hippie canadien fait hurler de joie, selon la légende, un jeune cinéphile, cinéaste en début de carrière : Martin Scorsese. Wake in the fright est resté quarante années invisible. La recherche des négatifs a commencé en 1996. Presque toutes les bobines avaient été perdues. Les autres étaient en très mauvaise état. Après un long chemin de croix, le résultat relève du miracle. Restauré dans ses couleurs d'origine, le film est sorti en 2009 dans la sélection Cannes Classics, en présence de Martin Scorsese, himself. Il nous est arrivé cet hiver. Son retour sur les écrans fait un tabac. Une Délivrance venue d'Océanie. C'est un film de fou furieux, qui fouille dans les poubelles couillues de l'Australie profonde du début des année, loin du pays qui fait rêver les jeunes générations en mal d'exotisme et d'aventure. Un jeune instituteur se retrouve coincé dans une ville interlope, éloignée de sa destination initiale, Sydney, où le jeune homme devait passer les vacances en compagnie de sa girlfriend blonde, une bimbo intello véliplanchiste. Il perd tout son fric au jeu, copine avec quelques mâles alcoolisés, se fait violer par un médecin en déroute, régulièrement proche du coma éthylique, dégomme en leur compagnie le kangourou, comme on joue à celui qui pisse le plus loin. Une descente aux enfers à la limite du soutenable. Un truc incroyable, un ovni cinématographique, presque une légende.

Ted Kotcheff - Films, Biographie, Extraits et Photos | Cinenode

Ted Kotcheff

Les cinéphiles quittent la projection secoués et enthousiasmes, tout à la fois, soulagés aussi et surtout, de ne pas être passés à côté de ce film culte. Reste le coup de grâce : le réalisateur n'est autre que Tod Kotcheff, celui-là même qui réalisera quelques années après le fameux Rambo. Soupe à la grimace pour tout le monde, lorsqu'un rabat-joie colporte la nouvelle alentour. Non, ce n'est possible, s'écrient-ils à la cantonade. Pourtant, pourtant. Les deux films modulent un répertoire commun. Des thèmes à tics, comme chez tout auteur. Même noirceur, même dégoût de la nature humaine dans les deux films. Une mise à l'index similaire d'une masculinité excessive et violente. La dénonciation d'un monde étriqué gagné par la sauvagerie, duquel les femmes sont absentes (Rambo) ou réduites à l'état d'objet sexuel pour détraqués dans un milieu isolé et hostile, où des codes et des rituels étranges rythment le quotidien d'habitants comme coupés de la civilisation (Wake The Fright). Dans les deux films, les personnages centraux, l'ex-soldat et le pédagogue, à la toute fin, s'écroulent en pleurs, dans des scènes presque identiques. A l'instar de Rambo, Wake the fright est moins une critique acerbe de l'Outback (le Middle west australien) qu'une plongée radicale dans le mal. Le retour à un stade primaire de l'humanité. Ni le savoir de l'enseignant, ni la solitude inoffensive de l'ancien militaire ne peuvent les protéger de l'acharnement grégaire de la meute humaine. Nihilisme total. 

-Rambo a vraiment été réalisé par Kotcheff ? Dites-moi que ce n'est pas vrai. Impossible mon vieux, oui, vraiment, impossible. Désolé. Offrir des mouchoirs (en papier).

Détendre l'atmosphère en rappelant que Tod Kotcheff n'a pas réalisé toutes ces années que des chefs-d'oeuvre, loin de là. Histoire de ne pas se quitter fâchés. Les cauchemars de toute façon ne feront pas de tri une fois le sommeil venu (velu?).

 

of

 

L'instit en virée

 

Rambo en pleurs, séquence finale ; https://www.youtube.com/watch?v=GKsJLLaDA-k

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