Le déménagement c'est maintenant (Dans quel monde Vuitton ? suite)
Il y a toujours un bon usage à faire de Jean-Paul Sartre
Michel Rocard
Le départ de Gérard Depardieu est un problème d'éthique personnelle
Jacques Delors
Gégé et Nanar sont dans un bateau, l’un d’eux tombe à l’eau, l’autre taille la route. La morale de notre temps. Un bel exemple de civisme. La jeunesse appréciera. On a beau dire, on a beau faire, dans l’affaire Ayrault versus Depardieu, il faut assumer d’être de parti pris. La controverse est un révélateur. Ce qu’on en dit révèle ce qu’on est, non ? Me viennent aux oreilles l’OPA de Tapie sur la presse méridionale et le plaidoyer pro domo de Gérard Depardieu dans le JDD. Gonflé le mec. Même pas la reconnaissance du ventre. Triste époque. Le coup de gueule de l’enfant de Châteauroux se fait sous les applaudissements de la cité Mireille Mathieu, devant un parterre hébété de bobos de gauche dépités. Être un artiste de talent n’exonère pas de la bêtise et de l’égoïsme le plus crasse. Ma cassette ! Ma cassette ! Harpagon arpente le plat pays qui n’est pas le sien. Les mots démagogie et populisme servent en outre de rempart protecteur au comportement vil et veule d’une certaine élite peinarde au cœur d’une société chloroformée. La fermer. Tout est fait pour soulager sa mauvaise conscience, si elle en possède encore une. La populace observe hagarde par la fenêtre les happy few s’en donner à cœur joie dans la Galerie des glaces. Les Versaillais seraient-ils de retour ? Quelques-uns ont déjà émigré à Coblence. A chaque époque son paradis fiscal. Ridicule… En attendant La Marseillaise. La République, c’est pas rien mon vieux. Pas de faux semblants, donc : résolument dans le camp Torreton/Ayrault. Sans nuance. Il semble moins facile actuellement d’entrer en France que de la quitter. C’est déconcertant. Laissez les cyniques à leurs tourments. Inutile d’ergoter sur des vétilles. Il est des moments où il vaut mieux se brouiller avec un ami, voire se fâcher avec ses voisins, que de s’écraser platement. Qui s’expose explose me dit l’ami Bruno L.. Tant pis. Léon reconnaîtra les siens. Neuf millions de précaires, quatre de mal logés. Combien de chômeurs ? C’est pas du cinéma, ça. Dire je, pour la première fois, parce que ça suffit, vraiment. Des grands patrons quittent le navire depuis beau temps. C’est dans la logique des choses. Depardieu, c’est autre chose. Je vois d’ici les sarcasmes, genre : il nous fait du Zola. Parlons-en du fils d’émigrés italiens qui n’est jamais parvenu à décrocher son bachot. Comme le Général un demi siècle plus tard, c’est contraint et forcé qu’il connut l’exil britannique afin de défendre une certaine idée de la France. Comprenne qui voudra.
Germinal mis en images par Claude Berri en 1993. Avec Miou Miou, Renaud, Judith Henry, Carmet, et Gégé dans le rôle de Maheu, le prolétaire exploité et assassiné par le grand capital minier avec le soutien des forces de l’ordre. Gégé le misérable (on n'a pas dit minable). La multitude malheureuse souffre avec lui. Au Nord y’avaient les corons. Pas très loin de la frontière avec la Belgique (pays des placeurs de fonds).
La flemme d’à côté. Aux esclaves du charbon succèdent les esclaves de l’argent. Pas la peine d’aller chercher Dieu sait où le tropisme belge de l’ogre du cinéma français. Un coup de grisou. Gérard est tout bonnement incapable de surmonter les blessures morales subies pendant le tournage de Germinal. Le sens du partage et de la communauté des gens de peu, ça laisse des traces. Surtout en période de crise. Comme une évidence, la soixantaine passée, il s’est donc agi pour lui de remettre ses pas dans ceux des mineurs désormais remisés sans ménagement aux oubliettes de l’Histoire. Une démarche héroïque, entre l’empathie et la sympathie pour des figurants qui n’en demandaient pas tant, pour la classe ouvrière qui n’en attendait pas autant venant de la « haute ». Les temps sont durs pour tout le monde. L’homme blessé titre Paris Match (sans rire). Pas d’inquiétude, ces amis du showbiz (de Brigitte Bardot à Gad Elmaleh, celui de qui veut gagner de l'argent en masse) vont panser les plaies en tenue de soirée, à défaut de les penser. Une collecte est possible, peut-être en cours, organisée par Le Figaro. Le Père Noël est une ordure. L’agitation est palpable au sein de la cinéphilie germanopratine. Un sou est un sou. Sortez vos mouchoirs ! Qu’il soit permis de nourrir d’autres inquiétudes par les temps qui courent. Ce n’est pas la première fois que le talent et la générosité ne se confondent pas. Notre gouvernement ferait fuir les talents. Depuis quand talent rime-t-il avec argent ? La planète des pingres est aujourd’hui au menu. On en fera un film. Le cinéma français a de la ressource et des ressources. En dire deux mots. Son financement régional est mal connu. Il faudrait revenir sur le travail novateur réalisé dans les années 1990 par Jean-Raymond Garcia et Philippe Germain en région Centre. Faire l’histoire de l’APCVL devenu Centre-images. Il faudrait aussi évoquer le rôle vital du CNC. Remise au goût du jour en 1959 par deux décrets de Malraux, alors ministre de la culture du gouvernement Debré, l’avance sur recettes relève aujourd’hui du Centre national du cinéma. Les projets de long métrage, qui doivent être « de nationalités majoritairement françaises », sont présentés devant une commission spécifique. Le montant total des sommes allouées chaque année est de vingt millions d’euros. Ce mode de fonctionnement permet à une soixantaine de films d’en profiter et d’exister. Bonne fille la République. On sait au moins où passent nos impôts. Bon père ce Ayrault. A vot’ bon cœur. Social-démocrate, sans doute, aveugle et sourd, certainement pas. Bonnes fêtes camarade Torreton. Merci pour tout : on se sent soudain moins seul.
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