Autour de Bergman
Ingmar Bergman, né en Suède à Uppsala le 14 juillet 1918, mort le 30 jullet 2007
(comme Antonioni), metteur en scène de théâtre, écrivain et cinéaste (réalisateur de 58 films). Génial jusqu'à la fin (voir le film Saraband en 2004). Un des grands artistes du
siècle passé ; un monstre (sacré...). Les hommages ont toutefois été pour le moins relativement discrets. A preuve du contraire. Et pourtant. Aurait-on pu laisser filer Pablo Picasso sans un
coup de chapeau appuyé ? Certainement pas. Bergman, donc. Cinéaste (la volonté d'enregistrer le moment présent pour lui-même aura constitué l'essentiel de son style). Les uns moquaient,
pour mieux les fuir, des films prétendument arides (Le Petit Robert des noms propres, édition revue, corrigée et mise à jour en avril 2001, qualifie son univers "d'un peu
étouffant" ; n'est-ce pas un peu bête, non ?). Les autres en faisaient l'étendard classant d'un mieux disant culturel ; de la distinction social, assurément. Quelques-uns (les plus nombreux
?) passaient leur chemin sans penser à mal, victimes d'une tenace rumeur au sujet de l'artiste (une oeuvre difficile, on vous dit...). Et pourtant. En 1983 sort un de ses derniers opus
(le plus beau) : Fanny et Alexandre (tomber amoureux de Eva Fröling). Il est boudé par le public français. Plus au nord, un Suédois sur huit (c'est énorme) au même moment
vibre au film le plus cher de l'histoire du cinéma de ce pays (dix millions de dollars, une somme !). Quel malentendu ! Le dire et le répéter, encore et encore : son travail est par tous
accessible, ô combien accessible. Nul hermétisme à l'horizon. Les tourments du metteur en scène scandinave sont aussi les nôtres. Ils entrent en résonance avec nos joies et nos peines. A force de
passer devant la statue commandeur, on finit par ne plus la voir ; elle fait partie du décor, du paysage, voire des meubles, c'est selon. La déboulonner, et vite ! Démocratiser Bergman, en
somme.
Evoquer ensuite la fameuse modernité bergmanienne : "Cette renaissance du cinéma moderne, cinq ans plus tôt, le fils d'un pasteur suédois l'avait déjà portée à son apogée. A quoi rêvions-nous donc quand sortit Monika sur les écrans parisiens ? Tout ce que nous reprochions encore de ne pas faire aux cinéastes français, Bergman l'avait déjà fait. Monika, c'était déjà Et Dieu créa la femme, mais réussi de façon parfaite. Et ce dernier plan des Nuits de Cabiria, lorsque Giuletta Massina fixe obstinément la caméra, avons-nous oublié qu'il est déjà, lui aussi, dans l'avant dernière bobine de Monika ? Cette brusque conspiration entre le spectateur et l'acteur qui enthousiasme si fort André Bazin, avons-nous oublié que nous l'avions vécu, avec mille fois plus de force et de poésie, lorsque Harriet Andersson nous prend à témoin du dégoût qu'elle a d'opter pour l'enfer contre le ciel" dixit Godard, dans les Cahiers du Cinéma, n°85, juillet 1958. Moderne, son cinéma incontestablement le fut, mais pas seulement. Classique et baroque, tout autant. Revoir Sourires d'une nuit d'été (1955) ou Une Leçon d'amour (1954), Les Communiants (1962) et De la vie des marionnettes (1980), enfin : La Nuit des forains (1953), sans oublier Le Visage (1958). Ou bien encore : Le Septième Sceau (1957), ou Les Fraises sauvages (1957), avec l'irrésistible Bibi Andersson ; et bien sûr Fanny et Alexandre (inclassable). Un voyage à travers trois états du cinéma. Se mettre dans tous ses états. Un état des lieux toujours initiatique. Puis lire quelques pages de Laterna magica, penser à Liv Ullmann, avant un sommeil mérité. of