Something, Somewhere (The Bling ring de S.Coppola)

Publié le par O.facquet

Si l'argent ne fait pas le bonheur... rendez-le !

                               Jules Renard 

Sofia Coppola et ses girls

Lien : http://www.youtube.com/watch?v=UnTLHUKu-wQ

 

Tel philosophe parle de mélancolie démocratique, tel autre d’une ère du vide, un dernier de postmodernisme. Trois mois avant Mai 68, une autorité journalistique prétendait que la France s’ennuyait. Prudence, donc. Et le cinéma dans tout ça, comme disait l’autre ? Il est bon de retrouver régulièrement la belle et talentueuse Sofia Coppola, la fille de Francis, celui-là même qui a fait entrer toute une génération en cinéphilie avec son Apocalypse Now. Elle nous revient avecThe Bling ring. Le film fait beaucoup causer, pas mal écrire, comme à chaque fois. Certains le trouvent creux, disons qu’il est profond. The Bling ring réfléchit, nous encourage à faire de même, un film miroir réfléchissant qui rend bavard, un film plein de nos peurs, et autres fantasmes personnels ou/et collectifs. Nos amis chimistes parleraient d’un révélateur. Sofia Coppola se coltine la société du spectacle qui est son milieu naturel originel. Pas simple. D’où qu’elle ne prend pas son sujet de haut, ni ne se penche sur le sort de ses personnages. Par souci d’honnêteté, elle se place à leur hauteur. Pas de jugement définitif rédhibitoire et culpabilisateur.

Le Bling ring est le surnom de ce gang d’adolescent(e)s ayant cambriolé une  kyrielle de villas de people domiciliés à Los Angeles, traqués via Internet. Coppola a écrit le scénario en s’inspirant d’un article publié dans la magazine Vanity Fair et écrit par Nancy Jo Sales, intitulé The suspect wore Louboutins (Les suspects portaient des Louboutin).  Une marque de chaussures inaccessibles pour le commun des mortels. Entre octobre 2008 et août 2009, le gang subtilise pour plus de trois millions de dollars d’objets de luxe : chaussures, vêtements en tous genres, bijoux, entre autres choses. Parmi leurs victimes : Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Ils finissent par se faire arrêter. Le programme ? Dérober et porter les fringues de marque hors de prix de célébrités du moment, avant de devenir, à son tour, célèbre un jour. Voir Warhol ? Une occupation juvénile comme une autre. Sofia Coppola reste fascinée par l’adolescence qui irrigue tous ses films. Nous fascine, comme dans son Marie-Antoinette (personne n’a oublié la scène où se succèdent les paires de chaussures de la reine de France), un invariant historique : la vie hors-sol envoutante d’une classe sociale insouciante. Elle danse jusqu’à se griser autour d’une tombe prête à l’accueillir. Rien de nouveau sous le soleil. A en perdre la tête. Ceux qui se laissent prendre : leur liberté. A chacun son miroir aux alouettes. Ces arrières-monde qui justifient notre présence ici-bas puisque nous sommes une passion inutile (Sartre). Sofia Coppola ne dénonce rien, n’est en empathie avec personne, elle montre. Si le film semble vide, c’est justement qu’il s’abstient de désigner quoi que ce soit du doigt. Les jeunes protagonistes (Emma Watson, très bien, Harry Potter est un vieux souvenir), à l’image de Paris Hilton qui a prêté sa villa kitschissime pour le tournage, ne pensent pas à mal, la preuve on entre chez les stars californiennes comme dans un moulin ; la facilité déconcertante des cambriolages est à cet égard très bien filmée. A chacun de voir où se niche le mal, si mal il y a. Karl disait que l’histoire nous fait autant que nous la faisons. Tour de force cinématographique exemplaire. Du grand art. A l’instar des nobles versaillais, nos people et leurs parasites ne sont pas décérébrés comme on l’a lu récemment quelque part. La supposée vacuité abyssale de ce petit monde n’est pas l’apanage de notre temps. Il vit dans un ailleurs, sourd et aveugle aux malheurs qui l’entourent. Qu’il en soit ou non conscient ne change jamais rien à l’affaire. Il s’étourdit pour fuir sa finitude, se réfugie dans la frivolité, comme tombé hors du temps, au détriment, souvent, de la multitude, qui parfois finit par lui faire payer cher cette fuite dans en avant dans l’inauthenticité et la mauvaise foi. Tout cela n’a qu’un temps. L’image furtive du seul garçon du gang rendu à la toute fin du film à sa solitude est un des moments forts de The Bling ring. Il crée un malaise qui résume l’esprit de l’œuvre. Des édiles de Rome, aux filles à papa multimillionnaires d’aujourd’hui, la fuite illusoire dans la futilité et le luxe, voire une impossible innocence, loin de la condition humaine, est protéiforme et éphémère. La nomenklatura soviétique en sait quelque chose. Une société du spectacle peuplée de privilégiés se meurt, une autre prend la place, flanquée de privilégiés new look, qui se plieront à la rigidité de l’étiquette des temps nouveaux. Chaque société qui se donne en spectacle est unique. Il fallait une cinéaste de la classe de Sofia Coppola pour parvenir à filmer la nôtre sans que le résultat ne ressemble à un vain réquisitoire, un article du Monde diplomatique ou à une thèse aride de sociologie. C’est là toute l’importance de The Bling ring.

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Coup de pompe de Marie-Antoinette

Publié dans pickachu