Perse et police, bientôt la fin ?

Publié le par O.facquet

Il n'y a d'art que pour et par autrui

                                   J.P.Sartre

 

Quelques esprits chagrins cinéphiliques se sont étonnés récemment de l’ignoble lynchage médiatique infligé à l’ancien président vénézuélien, feu Hugo Chavez. La sincérité de leur désarroi est plus inquiétante encore que leur aveuglement séculaire. Il nous faudra à cet égard d’ici quelques lignes évoquer les liens d’amitié douteux noués dans les années 2000 entre Chavez et Mahmoud Ahmadinejad, l’illustre humaniste iranien antisémite.   

 

Hors jeu en 2006

lien : http://www.youtube.com/watch?v=1N9D7cLLPP0

 

Et le cinéma dans tout ça ? Exit Ahmadinejad. Hassan Rohani vient d’être élu président de la République islamique iranienne. Un espoir pour le Mouvement vert de 2009. Et pour l’ensemble des artistes maltraités par le régime depuis de nombreuses années. Nous nous étions émus ici-même à plusieurs reprises du sort réservé au cinéaste Jafar Panahi, réalisateur de renommée internationale, partisan du Mouvement démocratique vert qui contesta en juin 2009 l’élection truquée de l’odieux Ahmadinejad (on va s’expliquer bientôt). Citons pour mémoire quelques films notoires du cinéaste : Le ballon blanc (1995), Caméra d’Or à Cannes, Le miroir en 1997, Léopard d’or au Festival international du film de Locarno, Le cercle en 2000, Lion d’or à la Mostra de Venise, Sang et or (2003), Prix du Jury à Cannes, ou Hors jeu en 2006, Ours d’argent au Festival de Berlin. Autre distinction : le Carrosse d’or au Festival de Cannes 2011, le prix de la Société des réalisateurs de films (SFR), pour l’ensemble de son œuvre. Du cinéma, et du bon. Il existe des films, rares, qui laissent une marque et changent, sinon la vie, du moins l'angle d'où la considérer. Ceux de Jafar Panahi en font partie, tout dans son oeuvre est mis en discussion : la perception de la réalité, la présence au monde, la signification même de l'existence. En parler alentour, il le vaut bien. Arrêté en 2010 par les barbus, il est emprisonné pendant le Festival de Cannes alors qu’il y est invité à faire partie du jury officiel. Il entame une grève de la faim, les seules autorisées dans son pays, subit de mauvais traitements en prison, puis est libéré sous caution le 25 mai 2010. La même année, lors de la Mostra de Venise, son film L’accordéon est sélectionné. Il ne peut pas venir le défendre. Panahi est condamné en décembre 2010 à six ans de prison, et il lui est en outre interdit de réaliser des films ou de quitter l’Iran pendant vingt ans. A la Berlinale 2011 il est tout de même membre du jury à titre honorifique. En octobre la condamnation est confirmée en appel. Panahi brave cette interdiction de travailler. Il co-réalise avec Mojtaba Mirtahmasb, lui-même un temps emprisonné, Ceci n’est pas un film qui décrit sa situation. Tourné avec les moyens du bord, une caméra numérique et parfois un iphone, le film montre la situation d’un cinéaste qui n’a plus le droit de faire du cinéma. Stocké sur une clé USB cachée dans un gâteau, Ceci n’est pas un film arrive au festival de Cannes 2011. Il y est présenté hors compétition. Il fait depuis le tour des festivals internationaux. De nombreuses salles de cinéma d’art et d’essai l’ont programmé. En 2012, avec Nasrim Sotoudeh, une avocate iranienne, il remporte le Prix Sakharov, remis par le Parlement européen. Sous le coup de l’interdiction de quitter l’Iran, le cinéaste se fait représenté par sa fille Parmiz, qui vient recevoir ce prix aux côtés de Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix 2003, qui représente Nasrin Sotoudeh. Dans le plus grand des secrets, s’entourant à tout moment de précieuses précautions, Panahi coréalise Pardé avec Kambuzia Partovi. Sélectionné à la Berlinale 2013 le film reçoit l’Ours d’argent du meilleur scénario. Quelle histoire !

Veux-tu m'épouser ?

Lien : http://www.youtube.com/watch?v=6WhSf969R1A

Souhaitons que l’élection d’Hassan Rohani permette rapidement à Jafar Panahi de recouvrer la liberté d’aller et venir, la liberté de créer sans contrainte étatique et /ou religieuse. Souhaitons, on peut toujours rêver, que les admirateurs cinéphiles de Chavez, grand ami et thuriféraire zélé d’Ahmadinejad, useront de leur modeste influence pour qu’il en soit ainsi. Ils ont été bien taiseux à ce sujet ces temps-ci. Avec l'Amérique toujours en ligne de mire ; les Etats-Unis et les Américains : ce peuple soi-disant assoiffé de vengeance. Est-il besoin d'insister ? Passons, et vite. Pour mémoire, il n’est pas anecdotique de rappeler que l’ancien Président iranien a organisé à Téhéran les 11 et 12 décembre 2006 une conférence internationale sur la question de la Shoah, à laquelle fut conviée la fine fleur des négationnistes du monde entier. A Caracas le 25 novembre 2009, Chavez étreint par l’émotion, confie à Ahmadinejad : « Tu es une montagne qui s’est élevée contre les puissances impérialistes ». Pas un mot sur les Droits de l’Homme en Iran, sur la haine d’Israël, sur l’antisémitisme d’Etat de la République islamique, ou sur le sort réservé aux artistes et aux intellectuels qui ne rentrent pas dans le rang. L'âme a besoin de visions, d'espoir et d'illusions. A n'importe quel prix ? Grâce au Président nouvellement élu, Panahi sera peut-être dans quelque temps libre de ses mouvements. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Pour le plus grand plaisir des voyeurs immobiles planqués dans le ventre de la baleine.

 

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Publié dans pickachu