Mandela day, so long Madiba

Publié le par O.facquet

 

Libération de Nelson Mandela le 11 février 1990

Lien : http://www.youtube.com/watch?v=qFjbJRX4-KI

 

Aujourd’hui, pour ses 95 ans, Nelson Mandela va un peu mieux. Un coup d’œil rétrospectif sur le destin hors du commun du premier Président noir de L’Afrique du Sud éclaire d’une lumière singulière la médiocrité actuelle de nos dirigeants, grands ou petits –exception faite de Barack Hussein Obama. Le dimanche 11 février 1990 occupera à jamais une place unique dans nos mémoires : une édition spéciale sur les chaînes de télévision, les programmes interrompus, une longue, très longue attente, puis soudain apparaît celui dont nous attendions la libération depuis notre enfance, une longue silhouette effilée, telle une statue d’Alberto Giacometti, le cheveu enneigé, un poing levé, un sourire pudique, et ce regard apaisé et apaisant, surtout, il le restera, quelles que soient les circonstances, toute haine bue, comme une promesse de temps à venir moins heurtés. Ce sera le cas.

Dennis Haysbert et Joseph Fiennes

 

Palme d’or au Festival de Cannes 1988, Golden Globe et Oscar du meilleur film étranger en 1989 pour Pelle le conquérant, Palme d’or au Festival de Cannes 1992 pour Les Meilleures intentions, le cinéaste danois Bille August tourne en 2007 Goodbye Bafana. James Gregory (Joseph Fiennes, tout en nuances), un Sud-Africain blanc, est le gardien de prison de Nelson Mandela, de l’incarcération de ce dernier le 11 juillet 1963 au 11 février 1990. Il maîtrise la langue de Mandela, le Xhosa, qu’il a appris enfant au contact d’un jeune sud-africain noir, Bafana, avec qui il a partagé à la campagne ses années de jeunesse. Pendant tout ce temps, par intermittence, de Robben Island à Pollsmoor, jusqu’à Victor Verster d’où il fut libéré, James Gregory fut son geôlier, son censeur, mais aussi son confident. Et si l’on en croit le film, presque son ami, d’une façon certaine, pour d’autres, d’une certaine façon. Les biopics pullulent de nos jours, c’est un fait. Pour le meilleur, parfois, et pour le pire : souvent. Nous pouvions nourrir quelques craintes de la part d’un cinéaste tel que Bille August dont le travail n’a pas toujours été exempt d’une forme de lourdeur –un biopic didactique, bavard et pompeux. Eh bien, pas du tout, ou presque. Goodbye Bafana se révèle plus subtil qu’on ne l’a dit souvent, en échappant par exemple au piège de la fiction assommante trop bien documentée. Nous passerons sur ce qui chagrine, fâche ou agace, pour n’évoquer ici que le meilleur. Le film appartient à un genre, plus précisément à un sous-genre, c’est comme on voudra : le biopic/prise de conscience, avec, toutes choses égales, Oskar Schindler de Steven Spielberg comme référence exemplaire. Goodbye Bafana est autant une œuvre à la gloire du leader noir sud-africain, que le cheminement en images d’un Afrikaner et de sa femme (la belle Diane Kruger) -sans oublier leurs deux enfants-, qui, l’un et l’autre, l’une avec l’un, vont progressivement, et pas seulement au contact de Madiba -nom du clan de Mandela (Dennis Haysbert, très bon, le Président Palmer des Etats-Unis d’Amérique dans 24H Chrono)-, rejeter l’apartheid en tant que structure idéologique oppressive fasciste. Au risque de l’ostracisme professionnel et social. Ils vivront pleinement leur liberté lorsque Mandela aura recouvré la sienne. Une évidence qui s’immisce, puis s’impose, petit à petit, dans leur quotidien. C’est toute la réussite de Bille August que de se tenir à équidistance de la force et de l’expression des sentiments et de la prise de conscience politique pure. Difficile en outre de les démêler. Jamais dans Googbye Bafana ce juste milieu n’est pris en défaut. Les personnages sont présentés dans toute leur complexité, leur opacité même, ce qui leur offre une épaisseur rare dans ce genre d’exercice souvent plombé par une superficialité paresseuse. Nul portrait édifiant sommaire. C’est en particulier le cas de l’épouse de James Gregory : son itinéraire intellectuel, affectif, religieux et moral est filmé en creux, comme ça, au passage, au détour d’une scène, d’un plan, pas d’envolée lyrique militante, pas d’autocritique larmoyante, de scène ronflante où tout soudain bascule, ce qui rend la métamorphose dans la durée d’autant plus crédible, elle sonne juste, tout simplement. Itou pour le mari. Tout se joue dans un regard, un mot ou une réflexion qui échappe à son auteur, un geste en forme d’acte manqué, un silence éloquent, rien n’est appuyé, ni imposé. Comme chez Jean Renoir, au départ, chacun a ses raisons. Au spectateur de trouver sa place dans le dispositif, s’il le souhaite. D’en penser ce qu’il veut. Bien entendu, l’apartheid est montré pour ce qu’il fut et demeure : une horreur. De plus, l’entrelacs des relations intimes entre Mandela et Gregory peut provoquer quelques larmes que l’on ne reniera pas. Un court, justifiable et décent film lacrymal. Ce biopic choral s’en sort avec les honneurs. Sans conteste. Un décor bien planté, une ambiance d’époque bien rendue, une maîtrise du temps et de l’espace, de belles âmes, de grands caractères, et quelques ordures à oublier vite : un travail chantourné avec sérieux et humilité, qui ne souffre d’aucune lourdeur rédhibitoire dans la mise en scène et la direction d’acteurs. Les anachronismes, simplifications et autres controverses, nous les passerons ce jour sous silence. Madiba le vaut bien.

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