Le mal du pays (Israël, série télé : Hatufim)

Publié le par O.facquet

 

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La polémique n’a pas eu lieu, enfin pas encore. C’est étonnant. En reparler plus tard. La série israélienne qui a inspiré l’encensée et très primée Homeland, Hatufim (en hébreu signifiant littéralement les kidnappés ou Enlevés), réalisée par Gideon Raff, est diffusée depuis jeudi dernier sur Arte à 20h50 (deux épisodes), et ce jusque début juin (pour la première saison). Gideon Raff a d’ailleurs participé à l’écriture de son homologue américain. Elle est diffusée en Israël sur la chaîne Channel 2 (Aroutz 2) depuis le 6 mars 2010. Une nouvelle fois, la qualité de la création fictionnelle télévisuelle (et cinématographique) israélienne n’est plus à prouver. Récemment, Beti Pul avait impressionné. Les Américains ne s’y étaient pas trompés, en achetant les droits sans tarder, ce qui donna l’excellente série In Treatment (En analyse chez nous). Nous suivrons au fil des jeudis le parcours sinueux d’Hatufim, pour en dire deux trois choses à chaque fois, en passant. Une précision : il ne s’agira nullement au fil des semaines de pointer différences et similitudes entre l’original et la copie.

A la fin des années 2000, trois soldats israéliens, capturés au cours d’une mission au Liban dans les années 1990, puis restés depuis aux mains du Hezbollah, sont libérés après 17 ans de captivité, des années de mobilisation nationale et d’âpres négociations. (La question du retour des prisonniers de guerre -la façon dont ils sont pris en charge-, est un sujet épineux en Israël ; c’est ce que creuse entre autres Hatufim.) Nimrirod, Uri et Amiel sont de retour au pays. Ils retrouvent les leurs à Tel Aviv à l’aéroport Ben Gourion. Seul Amiel est mort. Ils ont été les victimes de nombreuses tortures et psychologiques et physiques. Leurs corps en témoignent, les cauchemars et autres crises d’angoisse parlent pour eux. De l’eau a coulé sous les ponts. Tous ont continué à (sur)vivre. Les uns ont pété les plombs, c’est le cas de la sœur d’Amiel, désormais flanqué d’un spectre, d’autres ont refait leur vie (Nurit), ou grandis sans leur père (les enfants de Talia). Les retrouvailles émouvantes à l’aéroport sont filmées avec sobriété, pas d’élans spontanés hystériques, les hésitations des deux fantômes revenus des enfers, leurs regards de bêtes traquées, la sidération des familles, tout sonne juste, et laisse sans voix. N’en dévoilons pas plus par égard pour ceux qui souhaiteraient aller y voir par eux-mêmes. Disons quand même que le retour au foyer est terrible et le séjour d’observation dans un centre de repos de Tsahal d’une inquiétante étrangeté. Les propos contadictoires des soldats durant les entretiens avec le Mossad laissent penser que les deux hommes partagent maladroitement un secret. A voir. Quelques remarques cependant en attendant les épisodes de jeudi prochain –on n’a pas été aussi impatient depuis l’inégalable Urgences.

Hatufim tire sa force de quelques procédés de mise en scène efficaces. Voyez ces portes qui s’ouvrent et se ferment dans des lieux exigus, un portrait en creux de la géographie du conflit moyen-oriental qui se joue dans un mouchoir de poche. Le récit oscille toujours entre des sentiments contradictoires : le patriotisme échevelé du début et le comportement ambivalent des agents de Tsahal à l’égard des rescapés, le soulagement à la fois enthousiaste et trouble des familles, voire des proches et l’autre monde indicible des revenants, l’importance de la famille et l’attitude déconcertante de la fille et du fils de Talia, la première affichant une insolence qui frise la suffisance, son unique obsession : ses aventures d’un soir avec des hommes d’âge mûr, l’autre, qui n’a jamais connu son père, faisant preuve à son endroit d’une indifférence marquée ; enfin, la langueur du récit et les fashbacks saisissants. La liste n’est pas exhaustive. Un mot encore. Le départ de la série n’est pas aussi nette qu’on l’a dit : quand un des soldats se trouve sur le tarmac d’un aéroport de Damas, dans la voiture où il est encore prisonnier pour peu de temps, les quelques mots de son dernier geôlier laissent entendre qu’un pacte, dont on ne connaît pas la nature, les lie peut-être. Dans le centre de repos, en apparence endormis, les deux morts-vivants communiquent en morse en tapant discrètement avec leurs doigts sur la table de nuit, surveillés et démasqués toutefois, via des caméras, par les services secrets soudain interdits. Nous n’en saurons pas davantage. En tout cas le doute s’immisce. Qui plus est, l’intimité, sous toutes ses formes -ce qui la rend possible ou non, peut-être envisageable, voire insupportable, ce sur quoi elle repose- parcourt en outre les deux premiers épisodes de la série. Le patriotisme assumé des deux premiers épisodes paraît ne pas avoir choqué pour le moment les antisionistes pourtant nombreux en France. Force est de reconnaître en effet que les ravisseurs arabes des soldats  ne sont pas montrés dans Hatufim sous leur meilleur jour. Tant s’en faut. Tout les accable. Une chausse-trappe ? Allez savoir. La suite aux prochains épisodes, et vite. Du drame familial au thriller en embuscade, l’affaire s’avère stimulante. A bientôt, donc. D'autre part, Hatufim a été en 2010 récompensée de l'Israel Academy Award for Television de la meilleure série.

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Publié dans pickachu