La mort de Maurice Pialat : 10 ans déjà (article de 2003)

Publié le par O.facquet

 

Nous nous étions inquiétés, ici même, l'an passé, du silence cinématographique du plus grand cinéaste français vivant. Maurice Pialat est mort le 11 janvier 2003. Comme on dit communément, on avait beau le savoir gravement malade, ça fait tout de même un choc. Depuis quelques semaines, chacun y va de son couplet sur le réalisateur de La gueule ouverte (1974) et son oeuvre. A notre tour modestement de la ramener. Hors de question toutefois de jouer les sémiostructuralistes surnuméraires. N'en jetez plus, la coupe est pleine. Quelques mots seulement, donc. La passion cinéphilique ne fut pas précoce pour tout le monde. Il y a plusieurs chambres dans la maison du père. Jusque tard, Chabrol, Truffaut, Bergman, Antonioni, Melville, le premier Blier, ou Becker (Jacques), comptèrent infiniment moins que Les Bronzés (le nom du réalisateur nous était inconnu),Les Gendarmes (de Funès, intouchable), La 7° CIE (au clair de lune ou non), Spielberg et Leone (en consommateur), voire Luc Besson (Subway en 1985, une claque), avant le grand chambardement. Sans rire. Surtout : sans regret, aucun reniement. Un antidote contre une forme de snobisme de l'écosystème du septième art. Une exception : Maurice Pialat. Le génial grincheux atrabilaire. Pourquoi ? Pas de réponse et pas de divan. C'est comme ça. Tout vu, ou presque, à l'adolescence. Souvent seul d'ailleurs, sans la bande, en cachette, du temps gagné et volé sur les vaines déambulations grégaires surhormonées tourangelles : Nous ne vieillirons pas ensemble (1972) -à la télé ?-, Passe ton bac d'abord (1978) et Loulou (1980), au cinéma. Puis, au sortir de l'âge ingrat, la même fidélité du mercredi,  toujours sans explication (un peu quand même) : A nos amours (1983), Police (1985), Sous le soleil de Satan (1987). Une même émotion, intacte, admirative mais inquiète.

 

Si vous ne m'aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus, Pialat sous les sifflets, Palme d'or, Cannes 1987

 

La découverte tardive et blésoise de L'enfance nue (1968) appartient à ce type de rencontre -rare- dont on ne remet pas. Et c'est tant mieux. D'autre part, son Van Gogh (1991) est un des plus beaux films du monde. Je me souviens qu'à sa sortie Les Cahiers du Cinéma titrèrent : Pialat est grand. Et comment mon petit. Il fallut tout de même se battre pour l'imposer, tant les réticences étaient tenaces. Nous sommes désormais un nombre certain à juger de la qualité d'un film vu depuis à l'aune des qualité de celui-ci. Ce qui n'engage que nous. Il faut bien justifier son passage ici-bas. N'importe ! Un jouvenceau pleure aujourd'hui son Garçu. Rarement une oeuvre cinématographique n'aura autant remué (à tous les sens du terme) autour d'elle (une borne, souvent, quand la nausée s'incruste). Salut l'artiste. Merci pour tout. Au paradis des cinéastes, ça va chambarder sec. A la revoyure. En attendant, gageons que le service (sévice) public de la télévision française se grandirait à rediffuser la plus belle série de notre patrimoine, La Maison des bois (1970-1971). On peut toujours rêver. A vos amours.

 

of (texte revisité ce jour)

Publié dans pickachu