Hatufim, la suite (épisodes 3 et 4)

Publié le par O.facquet

 

Nimrod et Uri

lien : http://videos.arte.tv/fr/videos/hatufim-4-10-attention-images-violentes--7497522.html

 

Ce n’est pas parce que Bérénice Béjo est splendide dans Le passé de Asghar Farhadi (La séparation) qu’on va abandonner en route la série israélienne Hatufim (Prisonniers de guerre), diffusée jusque début juin sur Arte à 20H50, le jeudi. Résumé des deux premiers épisodes : après dix sept longues années d’âpres négociations incertaines, deux des trois israéliens, soldats de Tsahal, capturés lors d’une mission au Liban, sont enfin libérés. Le troisième est mort (Amiel). Le retour au pays est difficile, les sévices subis durant la captivité les hantent, et les êtres aimés ont comme eux changé, non seulement d’apparence, mais aussi de vie. Episodes trois et quatre, diffusés jeudi dernier, donc. Des épisodes de transition. Comme souvent, même avec les meilleures, la série semble marquer le pas, faire du surplace, après un début en fanfare prometteur. Une légère déception s’impose vers 23H. Rien de rédhibitoire toutefois. C’est une figure imposée du genre. Reprendre son souffle, faire le point, pour mieux aller de l’avant, et tenir la distance. Hatufim ne fait pas exception à la règle. Attendons la suite, pas de jugement définitif.

 

Yaël                                                                                      Nurit

                                                                                                                                                                                                                 

Les prisonniers cherchent, encore et toujours, à se réintégrer et à surmonter les traumatismes provoqués par les mauvais traitements infligés, durant de longues années, dans les prisons du Hezbollah (Parti de Dieu, des chiites libanais anti-israéliens, copains de Bachar). Hatufim est une fiction chorale, nous suivons chacun des protagonistes tenter de trouver une place dans le jeu social et affectif consécutif au tremblement de terre provoqué par la libération des prisonniers et l’annonce de la mort d’un d’entre eux. Il s’agit pour le réalisateur Gideon Raff de planter définitivement le décor et de donner délicatement une épaisseur à ses personnages, avant de poursuivre l’aventure. Et d’enfoncer le clou. L’incertitude doit étreindre le spectateur, contraint de douter de l’honnêteté des rescapés. Ils communiquent dans un langage codé. Leurs témoignages sont contradictoires. Un flashback récurrent de plus en plus explicite (premier épisode, déjà) encombre nos esprits : un dialogue plus qu’ambigu entre un des soldats et un ravisseur péremptoire à Damas sur le tarmac, quelques minutes avant la libération. Le passage au centre de remise en forme des services secrets israélien (la plate-forme) n’est pas de tout repos, pour eux, comme pour nous. Leur comportement est pour le moins étrange, à l’image de celui de Nurit, mariée avec le frère –décontenancé- d’un des ex-captifs (Uri), qui fut jadis son fiancé. Un retour de flamme dix-sept ans après ? Idem pour l’officier de Tsahal -Tsva Hagana LeIsrael, l'armée de défense d'Israël, fondée le 26 mai 1948. Sa froideur soupçonneuse, sa bienveillance feinte, ne laissent pas d’intriguer. On les observe pour le moment sans juger, d’un regard torve cependant, tant leurs faits et gestes nous échappent (la lame de fond narrative de la saison ?). Les repères sont instables, erratiques, le sol se dérobe au fil des épisodes sous nos yeux. Quant à Nimrod et Talla Klein, ils se cherchent avec maladresse, se retrouvent à peine, se perdent encore. Un chemin de croix. Leurs enfants, Dana et Hatzav, se débattent dans une douloureuse valse-hésitation (subtile variation sur le thème du deuil et de l’absence). Comment approcher ce père, un inconnu ou presque ? Trouver les conditions d’une possible intimité, de nouveau. Ce n’est pas gagné. Yaël n’a pas eu la chance de voir son frère, Amiel, revenir des enfers. Elle erre flanquée d’un spectre encombrant. Uri découvre chez son père des lettres que sa mère, morte quelques années plus tôt, lui a adressées dans l'espoir de le voir un jour revenir. Le tout empoisonne la banalité des situations dans une atmosphère générale toujours aussi confinée.

 

Dana, Hatzav et Talla Klein

 

D’où une tension persistante que rien n’apaise. Happer le spectateur sans trop le brutaliser, créer des manques à combler, trouver un juste équilibre, creuser le domaine des possibles, sans tomber dans l’invraisemblable grossier et manichéen, ne rien céder sur la complexité de l’entreprise, rester fidèle au mensonge, donc à la vérité, Gideon Raff est à l’œuvre, et la mayonnaise prend. Saluons la direction d’acteurs. Osons parler d’une politique des acteurs. Ils influent sur la forme de la mise en scène, c’est certain.  Quelques noms : Mili Avital (Nurit), Yaël Abecassis (Talla), Yaël Eitan (Dana), Adi Ezroni (Yaël), Yoram Toledano (Nimrod), Ishai Golan (Uri), et Guy Selnik (Hatsaw). Entre autres. A jeudi. D’autant qu’une belle espionne vient d’arriver : Iris, la lumineuse Sendi Bar. Shalom/salam.

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Publié dans pickachu