Hatufim, la suite (épisodes 7 et 8)

Publié le par O.facquet

 

Nimrod et Talia

lien : http://www.arte.tv/fr/episode-0710-sejour-en-enfer/7455994.html

Au rythme où s’égrènent actuellement les déprogrammations sur les chaînes du service public, la faible part d’audience de la série Hatufim, diffusée actuellement sur Arte (merci), risque de la condamner à ne pas être retenue pour une deuxième saison. Il faudra se rabattre sur la sortie probable et rapide en DVD des épisodes prochains. Le plaisir redeviendra solitaire et aléatoire. Chaque jeudi une petite communauté de mordus s’est pourtant formée depuis un mois. Un lien social bien de notre temps s’évanouira dans la nature. Il aura permis à quelques centaines de milliers de passionnés de vivre à la même heure une passion commune, au moment des esprits chagrins regrettent la prétendue nécrose du tissu social, et toutes les formes de violence qu’elle est censée provoquer. La sotte et dangereuse colonisation de Jérusalem-Est poursuivie et accélérée par l’actuel gouvernement israélien ne doit pas nous empêcher de revenir sur les épisodes 7 et 8 de la série Hatufim vus jeudi dernier 30 mai (pour les nouveaux venus, voir les articles précédents). Aucun doute désormais, le point névralgique de la série n’est pas le contexte géopolitique, pourtant plombé, mais le dernier champ des possibles de notre époque : le couple et ses vicissitudes, le couple comme ultime aventure contemporaine. Les grandes découvertes entre quatre murs et un plumard. Les flashbacks, d’une rare violence, qui ponctuent les deux derniers épisodes, davantage encore que dans les précédents, lassent et alourdissent le récit. Ils relatent les supplices psychologiques et physiques infligés au Liban ou en Syrie aux trois soldats de Tsahal faits prisonniers lors d’une mission dans les années 1990 et libérés dans les années 2000, après 17 années de captivité pour le moment bien troubles. Point trop n’en faut toutefois. Cela fait déjà quelque temps que le spectateur a pigé que leur séjour chez l’ennemi n’a pas été une partie de plaisir. Seuls sont captivants les flashbacks qui viennent semer plus encore le doute dans notre esprit. En d’autres termes, exception faite des séances de torture, quels liens les tortionnaires et les victimes ont-ils bien pu tisser durant toutes ces années ? Par touches impressionnistes, le réalisateur nous accompagne non sans perversité vers plus de lumière. Pour l’instant, l’ensemble reste d’une totale obscurité. L’espionne du Mossad Iris (toujours ravissante malgré quelques accès de mauvaise humeur) piétine dans son enquête. Uri (un des rescapés) reste impénétrable. Son journal secret ne révèle rien. Ils font une excursion. Elle tente de le faire parler de Yaël et d’Amiel (le soldat qui n’est pas rentré au pays). En vain. Flashback écran sur Uri cherchant à apaiser Amiel qui craque dans une prison arabe. Nimrod (l’autre rescapé), avant d’être libéré, lors d’un dernier entretien avec Jamal, le numéro 1 des geôliers, reçoit de sa part un numéro de téléphone inconnu, qui se révèle être celui d’un garagiste arabe israélien installé dans un village palestinien de la frontière libanaise. Nimrod y entraîne Uri. Ils tentent de lui soutirer des informations en menaçant la mère et en faisant mine de tirer. Le garagiste ignore tout du passé des deux hommes. La vieille dame, en revanche, dit à Uri qu’elle sait qui ils sont. Si quelqu’un comprend quoi que soit à l’affaire en cours, qu’il le fasse savoir sans tarder. Encore que. C’est qu’on aime ça, et qu’on en redemande. Le réalisateur Gideon Raff joue avec nos nerfs avec talent, ce qui fait de lui un maître incontestable du suspens. Désorienter le spectateur (c’est ô combien le cas) sans le décourager, il faut beaucoup de doigté dans la mise en scène et la mise en forme du récit pour parvenir à un tel équilibre, et s’y maintenir. Mission accomplie.

Nimrod et sa fille Dana

lien : http://www.arte.tv/fr/episode-0810-portrait-de-famille/7455998.html

L'épisode 7 s’intitule Séjour en enfer. Episode après épisode, le doute nous étreint : de la captivité au récent retour, des deux situations, laquelle paraît la plus infernale ? Talia et Nimrod restent étrangers l’un à l’autre, malgré d’interminables années d’abstinence affective et sexuelle. Ou alors ceci expliquant cela. Le malaise s’épaissit. Le fils de la famille ne supporte pas la présence de ce père inconnu. Talia s'inquiète du vieillissement de son enveloppe corporel. Nimrod concède même à Uri que le pays lui manque (en retour, ce dernier ne cesse de lui dire qu'il ne doit pas se sentir coupable -de quoi ?). Que faut-il comprendre de ces quelques mots ambigus ? Nurit et Uri, bourrelés de mords, ne peuvent plus résister à la force du désir qui irrésistiblement les aimante. Le temps n’a rien fait à l’affaire. Au vu et au su du frère, donc du mari, que l’incertitude ronge. Yaël s’efforce de mettre fin aux relations presque incestueuses nouées depuis beau temps avec son défunt frère (le soldat mort mystérieusement en prison à l'étranger), un spectre que nous savons envahissant. Elle finit par partager son lit avec son fidèle compagnon des années de solitude, Ilan. Elle envisage même de tout quitter pour repartir à zéro, loin des fantômes. Dana, la fille de Talia et Nimrod, draguouille son psy, le retrouve à la piscine, puis au musée, celui-ci finit par comprendre qu’elle le harcèle. Somme toute, est-elle vraiment équilibrée cette môme ? Belle comme un jour, d’un charme insolent, sexuelle, provocatrice et transgressive, notre médecin, plus vraiment jeune, va-t-il longtemps lui résister ? L’épisode 8 s’intitule Portrait de famille, rien d’étonnant, non ?

 

Nous nous étions interdit d’évoquer la série américaine à grand succès Homeland –qui doit tout à Hatufim-, mais l’ultime saison débarque bientôt sur le petit écran. Au bout du tunnel, la vérité ? Avis aux amateurs. Shalom.

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Publié dans pickachu