Une affaire, deux femmes (à propos de Perfect Mothers)

Publié le par O.facquet

 

 

      

 

 

Perfect mothers est la première réalisation internationale d’Anne Fontaine (le scénario et les dialogues sont de Christopher Hampton). L’adaptation de la nouvelle de Doris Lessing The Grandmothers à un contexte français se révèle impossible. La réalisatrice soumet le projet à Naomi Watts. Elle accepte de figurer dans la distribution. Perfect mothers trouve alors des financements à l’international pour devenir une coproduction franco-australienne. En route. La presse n’est pas tendre avec le dernier film de la cinéaste française. Elle rechigne à boire à son eau. C’est son droit. Perfect mothers ne mérite ni cet excès d’opprobre, ni louanges excessives en retour. C’est ailleurs que ça se passe. Lil (Naomi Watts, la copine de King Kong) et Roz (Robin Wright, rendue célèbre par l’inusable Santa Barbara, ex-épouse de Sean Penn), la quarantaine, deux amies d’enfance, presque des sœurs jumelles, vivent à l’écart de la vie citadine, à quelques mètres l’une de l’autre, dans une baie de la Nouvelle-Galles du Sud en Australie. On a parlé au sujet du film d’une jolie carte postale sans intérêt, d’un long clip pour agences de voyages. De belles images, pas du cinéma, qui, comme chacun le sait, est un art du temps et de l'espace. C’est plus compliqué que cela. Perfect Mothers est irréductible à une simple succession de posters réussis sur le pays des kangourous. Ni salace, ni graveleux, le film narre les déboires amoureux des deux héroïnes qui s’amourachent de leurs rejetons respectifs tout juste majeurs. Deux éphèbes surfers, plus musclés que cérébraux, des sportifs affûtés icariens. Lil est veuve depuis longtemps, Roz pas vraiment épanouie dans sa vie de couple –rien que du banal. Deux très belles femmes qui commencent à subir (ressentir) les assauts ravageurs du temps qui passe. Que nous dit le film ? Qu’elles auraient tout intérêt à se refugier dans un saphisme protecteur et rassurant ? Qu’il est vain, voire dangereux, de fuir la réalité (le réel) en se réfugiant dans de jeunes bras de passage aux passions éphémères ? Que la jeunesse, déboussolée, se cherche deux mères pour le prix d’une, trois même, dont une salée, comme la note finale ? Assistons-nous au procès de cougars inconséquentes assoiffées (en mal de) de chair fraîche ? Que nenni.

Perfect mothers, nonobstant ses failles, est un portrait de femmes, d’actrices surtout, courageux, et à bien des égards émouvant. Rien que pour ça il mérite d’être vu, et revu même. Deux actrices, dont la beauté a joué, entre autres, un rôle majeur dans leur existence, acceptent de se montrer à l’écran, le grand, telles qu’elles sont aujourd’hui, sans masque, ni faux-fuyants. Des rides accompagnent les traits fins de leur visage harmonieux, elles n’en sont que plus belles. Il faut bien du courage et de l’intégrité, oui, pour supporter ce flot de (très) gros plans que leur impose la cinéaste (le coup force du film). Pour assumer aux yeux du monde ces changements perceptibles qui violentent les corps, donc les esprits, comme autant de signes qui indiquent que la jeunesse définitivement fout le camp. Rien ne leur est épargné. Jusqu’au rendu du grain de la peau qui a bénéficié d’un traitement particulier. Deux résistantes, deux amantes peu religieuses, un peu seules certainement, dans l’ère du faux et du soupçon généralisée. Anne Fontaine n’a pas cherché à épater le bourgeois avec ce carré familial érotique -comme le fit par exemple Louis Malle en 1971 avec son Souffle au coeur qui campait une relation incestueuse entre une mère et son fils de quatorze ans. Une lecture psychologique pourrait voir derrière ce jeu amoureux avec la progéniture de la meilleure copine la satisfaction d'un appétit incestueux. Passons. Pas de scène scabreuse ou grossière, nulle obscénité gratuite et racoleuse dans Perfect mothers. Il est possible de trouver le film maladroit, le propos facile, le travail sur les formes bien mince, force est toutefois de reconnaître son honnêteté, son féminisme déguisée. Tout à fait, une forme de féminisme contenue et terriblement efficace parcoure le film en filigrane. Il fallait une artiste comme Anne Fontaine pour mettre au jour ce bouleversement à la fois esthétique et anthropologique : les femmes (les actrices) vieillissent désormais aussi bien que les hommes. Elles deviennent des grands-mères voluptueuses. Tant pis pour les esprits chagrins qui trouveront le constat à la fois démago et léger. Qu’on se le dise, nul besoin de souffrir désormais pour être belle. Tout dépend du regard que l’on pose sur les choses. Il aurait étonnant que le cinéma n’apporte pas sa pierre à l’ouvrage, lui qui se pose deux questions : qu'est-ce que voir ? De quoi peut-on témoigner ? Le changement c’est maintenant. La vie continue : avec ses joies, et ses peines, bien sûr. Faut pas exagérer non plus.

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Publié dans pickachu