Musique et cinéma (le mariage pour tous)

Publié le par O.facquet

 

                             

      

                                Sergio Leone et Ennio Morricone

 

Que serait la magie du septième art sans l’émotion de la musique ? La revue semestrielle de La cité de la musique annonce d’emblée la couleur. L’exposition Musique et cinéma, le mariage du siècle ? initiée par N.T. Binh, commissaire de l’événement (exposition du 19 mars au 18 août, Paname city), apporte une kyrielle de réponses à cette question, avec pour ambition de dévoiler ce qui se trame dans cette rencontre sensible entre ces deux arts. «Musique et cinéma : deux arts complémentaires aux relations évidentes, permanentes, mais parfois conflictuelles et contradictoires. Au lieu de se limiter à une seule facette de ces relations (la musique classique filmée, par exemple), il fallait balayer plus large. Le champ à couvrir est gigantesque puisque les rapports entre musique et cinéma existent depuis l’invention du septième art » écrit N.T.Binh. Une idée force guide la scénographie du parcours de l’expo : la musique joue un rôle à toutes les étapes de la fabrication d’un film, au rebours de ce qu’on entend souvent. Bilan des courses ? Mission accomplie mon capitaine, puisque deux défis sont relevés avec brio : comment exposer et le cinéma et la musique sans assommer le spectateur ? Toutes sortes d’éléments sont présentées : extraits de films (One+One de Godard : l’accouchement de Sympathie for the devil des Rolling Stones) et de musiques (stupéfiant plan séquence effréné avec travelling latéral déchaîné sur un Denis Lavant survolté, dans Mauvais sang de L.Carax, sur le Modern Love de Bowie -lien : http://www.youtube.com/watch?v=-syz82XIWp0), témoignages de compositeurs et de cinéastes, voire d’acteurs, des documents musicaux (l’intertextualité musicale dans Casino de Martin Scorsese), des affiches et des photographies. Entres autres. Grâce au multimédia, l’interactivité est présente dans l’exposition sans être envahissante (ouf !). Elle évite surtout deux écueils : l’émotion paresseuse et la didactique plombante, elle les marie au contraire avec justesse. De longs exposés sur la notion d’acousmatique (les sons que l’on entend sans voir la source dont ils proviennent), sur l’auricularisation (la relation entre ce que la bande-son d’un film fait entendre et ce que les personnages sont eux-mêmes censés percevoir), d’interminables laïus sur la bande-son (jadis, partie de la pellicule photographique où étaient enregistrées les différentes données sonores) ou la composition sonore (mode d’organisation des différentes chaînes signifiantes –paroles, bruits, musiques, silence- constituant la bande-son) auraient fait fuir le chaland (le lecteur ?) ; l’émotion seule aurait appauvri le propos. Ils forment ainsi un couple assorti et fécond. Une complicité inattendue et inhabituelle se tisse au fil du parcours entre visiteurs, une complicité générationnelle, mais pas seulement. Le goût des uns croise celui des autres. Ils se discutent. Des échanges s’ébauchent, des regards complices se multiplient, des sourires s’échangent.

                               Michel Legrand et Jacques Demy          

On sort rassérénés de La Cité de la musique, plein d’attention pour son prochain pour quelques heures au moins. Le cinéma et la musique ont dû énormément compter pour tout ceux-là, ça se sent, ça se voit. D’où une certaine nostalgie qui étreint le visiteur, tant ce parcours cinématographique se confond avec celui de nos existences. On est loin en tout cas des éructations haineuses et séditieuses aux relents homophobes entendues ces temps derniers à ma droite. Le cinéma et la musique adouciraient-ils les mœurs ? Sans doute aucun. Merci à cet égard à Michel Legrand (et son complice Demy), Ennio Morricone/Sergio Leone (le duel final Fonda/Bronson dans Il était une fois dans l’Ouest, dans le même film : l’arrivée en ville de Claudia cardinale, sa sortie de la gare, un somptueux panoramique), François de Roubaix, Miles Davis, Bernard Herrmann (Vertigo de Hitchcock), Nino Rota (Huit et demi de Fellini), l'ancien batteur des Red hot chili Peppers Cliff Martinez (Solaris de Soderberg), la liste n’étant pas bien sûr exhaustive. Loin de là. Cette exposition est aussi un formidable remue- méninges, puisqu’une fois sorti, tout un chacun énumère les immanquables oublis (Hair de Milos Forman, Le Salon de musique de Satyajit Ray et les envoutantes séquences de musique classique hindoustanie, Marie-Antoinette de Sofia Coppola ou Le Lauréat de Mike Nichols, par exemple), tant l’objet est vaste et varié. Rien n’est dit en revanche sur le refus conceptualisé de certains cinéastes d’utiliser toute forme de musique. Une prochaine fois. Ailleurs peut-être. Un mot encore. L’exposition est aussi une réflexion sur l’art de confectionner un générique, qu’il apparaisse au début de la projection (sacré Saul Bass) ou qu’il soit rejeté en fin de film. La musique là encore a son mot à dire. Et pas qu’un peu. Une trentaine d’entre eux crée une attraction méritée (La rue chaude de Edward Dmytryk, c’est quelque chose, à l'instar du générique de Breakfast at Tiffany's de Blake Edwards avec l'irrésistible Audrey Hepburn). Bien vu. En somme, « tout cela raconte l’histoire de ce couple qui, dès le départ, peut fonctionner, mais peut aussi subir des dissensions, et qui, finalement, doit devenir un couple harmonieux pour que le film lui-même le soit » (N.T.Binh). Une exposition qui ébranle et force à regarder le cinéma et le monde autrement. J

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 graphisme de Saul Bass                  liens :http://www.youtube.com/watch?v=eIHrAErHYc0

http://www.youtube.com/watch?v=-oSjtNMB9uI

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