Louisiana burning (Treme story)

Publié le par O.facquet

 

 

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-Eh bien, mon vieux, ça faisait un bail que je n’avais plus croisé mon radoteur cinéphile préféré.

-Je vois jeune fille que tu n’as pas vendu aux enchères ton insolence roborative. C’est tant mieux.

-Je suis prête à parier que tu n’es toujours pas allé voir ce chef-d’œuvre définitif qu’est Amour de Michael Haneke. Riva et Trintignant sont formidables. Du cinéma sérieux. Du vrai : Ave Caesar morituri te salutant !

-Pas le temps. Trop de trucs géniaux à voir à la télé. Le sentiment de ressentir des émotions que le grand écran n’offre plus qu’avec parcimonie.

-Tu ne vas pas nous refaire le coup des séries américaines incontournables, et ressortir le discours convenu sur l’âge d’or du genre ; ça fait plus de dix ans que tu es à la remorque d’une bande de snobinards qui ne savent plus quoi inventer pour se faire remarquer. Marre du discours sur-joué, genre : le cinéma n’est plus ce qu’il était, c’est à la télé que ça se passe, etc. Bla-bla-bla.

-Tu es bien sévère. Ce n’est pas aussi simple que cela, ma jolie. Sortent toujours de bons films, de très bons même. Il s’agit seulement de constater que depuis plus de dix ans un certain nombre de séries américaines décoiffe, partant, il serait égoïste de ne partager pas notre enthousiasme, non ? Pense à Band of Brothers, aux Soprano, Prison Break, OzSix Feet Under, UrgencesWeeds, Breaking Bad et The West Wing, pour ne citer qu’elles. La liste est loin d’être exhaustive. Mets le nez dedans, les yeux et les oreilles avec, et on en reparle.

-C’est bien ce que je dis, tu radotes. Il faudrait retrouver le sens des réalités, vieille branche. Le phénomène s’essouffle pourtant. Tu deviens ringard et raseur.

-Que nenni votre Honneur ! Tu connais la Nouvelle-Orléans en Louisiane. En août 2005 la ville a été dévastée par un cyclone meurtrier, Katrina. La population a été particulièrement éprouvée, en particulier les plus modestes, les Afro-Américains et les Indiens. Le pouvoir fédéral, le Président Bush le premier, a été en dessous de tout.

 

 

-Quel rapport avec la fiction télévisuelle ? Tu noies le poisson.

-Je m’en doutais : tu n’as pas vu Tremé, une série télévisée américaine créée par David Simon et Eric Overmyer, et diffusée depuis le 11 avril 2010 sur HBO ; que Dieu bénisse ce network. En France, la série est diffusée depuis mai 2011 sur Orange Cinénovo, rediffusée depuis le 5 janvier sur France Ô. C’est la plus belle déclaration d’amour jamais faite à une ville : New Orleans. Un hommage en images à une cité qui fut le berceau d’un style de jazz qui mêle les influences des fanfares et du blues. Malgré l’ouragan, les dévastations, le désordre ambiant, l'insécurité, la violence policière, la musique est partout, surtout autour et dans les maisons de l’ancien noyau français, dit « le vieux carré ».

Cast Photo

-Du larmoyant bien yankee, à coup sûr. De la charité et de la compassion gluante à revendre comme d'hab'. Le pire est à craindre.

-Tu es bien un produit de ton pays. Que de préjugés ! Au contraire : les scénaristes font montre dans le montage d’une virtuosité exemplaire, c’est une série gigogne, l’on passe d’un personnage à un autre, d’un concert à une parade pour le Mardi-gras (le carnaval) ou la Saint-Joseph, en passant par New York ou Baton Rouge, d’une situation l’autre, sans perdre le fil, rien n’est superficiel, en outre, on se remet au boulot sans se lamenter, malgré les scandales politico-immobiliers embryonnaires, le ton est tout sauf geignard, le tragique côtoie l’humour local (du bon, la série est drôle), dans un équilibre parfait. Des cadavres en putréfaction, un suicide, une fanfare aux obsèques, quelques pas de danse, deux ou trois private jokes, et les affaires reprennent. New Orleans reborn. Du grand art, ma belle. Le génie du lieu est présenté sans emphase. L’amour de la bonne cuisine irrigue la série, à l’image de la musique, sans devenir envahissant. De la mesure en toute circonstance. Dieu sait pourtant que la gastronomie et la musique occupent une place essentielle à la Nouvelle-Orléans. Keep calm and carry on.

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-Avec des personnages bien typés, cela va sans dire. Tout d’un bloc : les bons et les méchants. Les gentils et les roublards.

-Là aussi, ce n’est pas aussi simple. L’attrait unique de la série vient qu’elle fait de chaque personnage un entertainment à soi-seul. Sans jamais les transformer en histrions prévisibles primesautiers : là se niche la force de Treme, chacun garde sa complexité, prend même de l’épaisseur au fil des épisodes et des saisons (LaDonna (belle, très), Delmond Lambreaux (king of trompette), Janette Desautel (craquante, cuisinière hors-pair), Antoine Baptiste (un sacré citoyen ce roi du trombonne, avec des mômes partout), Annie (que dire ? On souhaiterait les épouser, elle et son violon), Sonny, ministre de la défonse, Cray (RIP), sa femme et sa fille, Albert « Big Chief » Lambreaux, et l’inénarrable Davis MacAlary. Tous parfaits. Touchants sans être gnangnans. Un casting sans fausses notes. Ils ne deviennent jamais des caricatures d’eux-mêmes. Un tour de force. Chapeau. J’en ai des frissons partout rien que d’en parler. Et comme disait l’autre, seul ce que l’on nomme existe. Tous chérissent leur cité sans chauvinisme : dans Treme on passe sans obstacle de l'individuel à l'universel. Ou comment se sentir d'emblée chez soi quand on vient d'ailleurs. Pari réussi. Qu’est-ce que t’en dis ?

-Ce n’est pas un peu trop beau pour être vrai ton truc ?

- A toi de voir. Visionne l’épisode où les Indiens font leur parade pour la Saint-Joseph dans la première saison. Comment résister ? Sans tomber dans l’angélisme, la fraternité qui lie les protagonistes et les communautés entre elles réchauffe le cœur, on se dit, peut-être avec facilité, et un zest de démagogie, qu’elle est là l’Amérique de Sir Barack Obama. Amen. Un mot encore : on a coutume de dire que la religion constitue un des fondements de la société américaine. Or, à la Nouvelle-Orléans, elle passe après un bon repas, une fête arrosée, le jazz, les fanfares, la musique cajun, le rock, le métal, la bounce et le rap, à travers les nombreux musiciens de la ville et de l’Etat de Louisiane. Une précision mon enfant : le Tremé est un quartier situé au nord ouest du Carré français. Il était jadis le quartier des Noirs non-esclaves. Il est un lieu symbolique de la culture afro-américaine et créole. Entre autres. Jamais un quartier, blessé ou non, n’a été filmé si chaleureusement. Une chaleur contagieuse. Une caresse bienveillante.

<p>Big Chief Lambreaux (Clarke Peters) out for a stroll in the "Treme" finale.</p>

-Dis-moi, c’est combien un billet aller-retour pour la Nouvelle-Orléans ?

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