Cause toujours (Un enfant de toi de Jacques Doillon)

Publié le par O.facquet

 

 

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Un enfant de toi de Jacques Doillon. Deux hommes, une femme et une enfant. Un trio amoureux. Aya (passionnée, Lou Doillon) a vécu avec Louis (tortueux, Samuel Benchetrit), ils ont eu une fille, Alina, puis se sont séparés. Louis fricote avec Gaelle, une jeune et belle étudiante (Marilyne Fontaine, très bien), Aya s’efforce de partager la vie d’un dentiste, Victor (Malik Zidi), bonne pâte. Les deux parents, quelques années après leur séparation, usent de toutes sortes de stratagèmes mi-ludiques mi-pervers pour rallumer le feu qu’on croyait éteint, sous le regard espiègle d’une gamine à qui on ne la fait pas. Victor est licencié, l’entreprise conjugale se reforme, et Alina, après avoir marié deux de ses copains d’école, poursuit le jeu avec ses parents sur une plage atlantique. Toutes choses égales, on pense à George Cukor, bien sûr, et son Philadelphia Story (Indiscrétions) sorti en 1947, avec Katharine Hepburn, Cary Grant et James Stewart. Entre autres. Le film emprunte en effet une partie de sa structure à la comédie hollywoodienne du remariage : la renaissance d’un ancien couple, avec ou sans enfant, avec ou sans un tiers exclu.

Un enfant de toi est toutefois, dans sa structure même, typiquement français. Outre le marivaudage classique, le petit théâtre domestique de Doillon rappelle le caractère souvent théâtral du cinéma de Jacques Rivette ; le fantôme d’Eric Rohmer plane aussi sur le film -truffaut n'est pas loin non plus. Dépouillé de tout attendu (en apparence) sociologique, historique, ou politique, presque hors-sol, voire hors-monde, hors du temps et de tout repère, restreint à quelques lieux à peine identifiables, vides d’hommes, seulement un espace urbain abstrait, Un enfant de toi s’inscrit dans la longue série de fictions où le couple et ses avatars restent l’ultime aventure bigger than life de l’homo occidentalus. Toi et moi comme horizon indépassable de notre temps.

La forme du film en témoigne. Plus rien n’a d’importance, fors le jeu de l’amour sans le hasard. Tout peut bien s’effondrer alentour, les uns et les autres persévèrent dans leur être. Prisonniers de ce marivaudage sciemment et savamment alambiqué, les personnages se complaisent dans un narcissisme raffiné. D’où un film très écrit, ça cause beaucoup, à tort et à travers, avec talent, de l’à-propos, des répliques définitives, la langue française parlée au cinéma est un des personnages d’Un enfant de toi. La conversation, en forme de joute oratoire, est élevée au rang des beaux-arts. Les protagonistes incarnent une façon de jouer le langage sur le plan de l'affirmation de soi, du défi. Le moyen et le champ même de la bataille. Le film raconte une histoire de cette cette langue à l'écran. En outre, ce cloisonnement consenti d’individus auto-référents s’exprime dans un cadrage serré (ceci expliquant cela), souvent utilisé pour les scènes intimistes, d’où une kyrielle de plans rapprochés, de gros plans, de très gros plans, d'un visage par exemple, lequel est d'abord une forme qui surgit avant d'être dite, qui m'interpelle sans parole (Lévinas). Ici le silence s'impose. Un cadrage serré qui n’étonnera donc personne. Un emprisonnement inévitable. Benoît exerce la profession de dentiste : être cinéaste en France relève du métier de bouche. D'autre part, la majeure partie d'Un enfant de toi a été tourné dans la bonne ville de Tours en Indre-et-Loire (37). Ce qui n'est pas rien, il fallait le souligner.

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Publié dans pickachu