The best is yet to come (Dunkerque de Christopher Nolan)

Publié le par O.facquet

 

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Dunkerque (2017) le film de guerre américano-britannico-néerlandais écrit et réalisé par Christopher Nolan (Memento en 2000, Insomnia en 2002, The Dark Night de 2005 à 2012, Le Prestige en 2006, Inception en 2010 et Interstellar en 2014) défraie la chronique depuis sa sortie, agite le petit monde frileux de la cinéphilie nationale. Qui s'en plaindra ? Pour une fois qu'un film, et un bon, mord sur l'actualité, fait débat autant sur le fond que sur la forme, indissociables, il faut en profiter, et tirer sur la ficelle, fort. Ce n'est pas tous les jours dimanche. Qu'en est-il ?

 

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Au début de la Seconde Guerre mondiale, en mai 1940, quelque 400 000 soldats britanniques, français, canadiens et belges sont encerclés par l'armée allemande dans la poche de Dunkerque. L'Opération Dynamo est mise en place pour évacuer le corps expéditionnaire britannique (CEB) vers l'Angleterre. Dunkerque s'intéresse aux destins croisés des fantassins, pilotes, marins et civils anglais pendant l'opération. Tandis que le CEB est évacué par le port et les plages de la ville, trois soldats anglais, par tous les moyens, sous les bombes, parviennent à embarquer, la traversée du détroit du Pas-de-Calais se révèle périlleuse.

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Un weekend à Zuydcoote de Henri Verneuil avec Jean-Paul Belmondo

Il serait fastidieux de dresser l'inventaire des reproches adressés au film. Ils sont légion. Avoir laissé hors champ le courage et l'abnégation de l'armée française, reste celui qui revient le plus souvent sous nos cieux. Sans cette résistance acharnée l'Opération Dynamo aurait échoué. Certes. Pour ses détracteurs, Nolan s'est contenté de tourner un film à la gloire du peuple britannique (belle séquence pourtant que l'arrivée des bateaux british de pêche et de plaisance sur les côtes françaises), au mépris de la réalité historique (une occultation plus qu'une négation d'ailleurs), n'en donnant en tout cas selon eux qu'une version tronquée, partielle, donc partiale. Bon bon... Disons que le réalisateur s'est laissé emporter par l'enthousiasme, sans penser à mal. Ne pas y voir une quelconque forme de mépris à notre égard. Une occultation qui ne fait pas de Dunkerque un film raté, tant s'en faut. Un film malade, peut-être, et encore.

Quant à la forme, les attaques en piqué sont tout aussi nombreuses. Plus précisément, Dunkerque, par son style même, est une œuvre déconcertante, plus proche de La Ligne Rouge (1998) de Terrence Malick que du Soldat Ryan (1998) de Steven Spielberg.

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Justement, confronté aux premières séquences du film, le spectateur se dit qu'il va devoir, comme dans tout film de guerre traditionnel, regarder sans risque aucun, avec une certaine jouissance inavouable, la souffrance de celui ou celle qui part offrir sa vie au champs d'honneur afin que nous puissions vivre et vivre libre : une forme éprouvée (du sang, beaucoup, de la violence calculée, des corps déchirés, des hurlements, le bruit assourdissant des obus qui explosent, le sifflement des balles, des morceaux de bravoure parfaitement orchestrés, des sas de récupération, la mort partout, le tout bien ordonné, trop sans doute).

 

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Que nenni ! Dans sa texture même Dunkerque abandonne rapidement Spielberg pour s'imprégner du style de Terrence Malick (Nolan reconnaît la filiation, comme celle de Hitchcock ou de Robert Bresson), sans en épouser bien entendu tous les contours (le monologue pluriel en voix-off), moins encore la philosophie (le panthéisme). La multiplicité des points de vue déroute, à l'instar des nombreux plans contemplatifs, du montage alterné astucieux, de l'absence d'un récit linéaire, mais de la présence en revanche de héros dévirilisés, dans une narration en apesanteur, le film se conclut à cet égard par le plus bel amerrissage de l'histoire du cinéma. D'où la force résistante du film, donc son originalité, qui permet à Dunkerque de montrer la guerre différemment (une structure insaisissable), Nolan ne dit jamais la guerre c'était ça, de sortir de la routine cinématographique d'un genre à bout de souffle (de souffre?), par le truchement d'une lecture en trois espaces-temps : la plage, la mer et les airs. Il nous faut faire avec la complexité du réel, la multiplicité des perceptions et l'hétérogénéité des acteurs concernés. Dunkerque sort des sentiers battus, en ce sens c'est sans conteste une dé-route. Ce qui somme toute est une définition parmi d'autres d'une œuvre d'art. Pour les grincheux : faites la moue pas la guerre. Et un remède imparable : revoir Un Week-end à Zuydcoote de Henri Verneuil (1964), avec Catherine Spaak, Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Marielle, une musique de Maurice Jarre. 

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