En vain (Ce qui nous lie de Cédric Klapisch)

Publié le par O.facquet

 

 

 

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Ce qui nous lie (2017), dernier film en date du cinéaste français Cédric Klapisch, semble avoir trouvé son public, pas au delà. Ceux qui l'ont vu tombent néanmoins sous le charme (et quelque part il en a). Ils se sont reconnus dans le miroir qu'on leur a tendu. Qu'est-ce à dire ? Avançons deux trois hypothèses au débotté à ce sujet. Les liens qui se nouent ou se dénouent au sein d'un groupe est d'une des préoccupations du réalisateur du Péril jeune (1995). En gros : comment d'un tas faire un tout. Vaste programme. Présentement c'est de la famille qu'il est question.

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Il y a dix ans Jean (Pio Marmaï) a quitté sur un coup de tête sa Bourgogne natale, sa famille et ses nombreux arpents de vigne pour faire le tour du monde, avant de poser ses valises en Australie pour fonder une famille et cultiver le vin. Ce qui a son importance. Son père est au plus mal, Jean revient sur les lieux de son enfance, dans son chez-soi. Il y retrouve sa sœur Juliette (Ana Girardot) et son frère Jérémie (François Civil). Revient-il pour remuer la lie familiale et en étaler la pestilence ? Le père passe l'arme à gauche juste avant les vendanges, dans la région : c'est tout sauf anecdotique. Une année durant, au rythme des saisons qui s'enchaînent, la fratrie fait tourner l'entreprise viticole familiale, se réinvente au jour le jour dans une confusion des sentiments séduisante. Les trois jeunes adultes ne savent plus très bien où ils en sont. On ne les sent toutefois jamais vraiment en danger. C'est qu'ils ne s'appartiennent pas, ils sont le produit d'un terroir, les héritiers d'un art multiséculaire, les enfants d'une terre inspirée, le génie du lieu : il est dit au mitan du film que la terre n'est jamais la propriété de ceux qui la travaillent, c'est elle au contraire qui les possède : Barrès sort de ce film ! Juliette, Jean et Jérémy savent que la vendange, qu'elle soit précoce ou tardive, donne une indication ; elle est tardive s'il fait frais, précoce s'il fait chaud. En outre, il y a la qualité du vin, qui va en général de pair avec les chaleurs d'août à septembre. Nous sommes loin de L'Auberge espagnole (2002), une euro-comédie colorée ouverte à tous les vents, même contraires. Haro désormais sur les déracinés ! Le film nous lie au rythme immuable et rassurant des saisons, un éternel retour apaisant -d'où souvent cette impression que le film tourne en rond-, les paysages bourguignons sont beaux de janvier à décembre, sans exception, la quintessence du panorama hexagonal, ce qui nous vaut une succession de belles images que ne renierait pas Yann Arthus-Bertrand (un cinéma touristique roublard et cocardier : la France est un beau pays, non ?). Il nous lie aussi au dure exercice de la viticulture, avec ses pratiques et autres savoir-faire immémoriaux qui vous enracinent solidement dans une terre et vous rattachent à des ascendants innombrables (vignerons de père en fils !), fantômes bienfaiteurs, quand d'autres se perdent dans des espaces devenus des non-lieux sans histoire, donc sans avenir. Pourtant que la montagne est belle. Ce qui nous lie marque le retour du village, de son église flanquée de son clocher. C'est un cocon protecteur, face à la modernité venue de la ville, que quelques saisonniers viennent cependant perturber le temps d'une récolte : Juliette et Jean flirtent avec des vendangeurs d'origine africaine, des écarts sans conséquence. Un retour illico aux fondamentaux, la nature reprend ses droits (une xénophobie inconsciente?). L'ordre d'une tranquille immobilité. Le temps d'avant les révolutions industrielles. Jean, pour sa part, a pris des libertés avec la tradition mais cultive la vigne dans l'hémisphère sud, l'honneur est sauf.

 

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Ce qui nous lie joue avec ce vieux fantasme de la ville corruptrice, de la modernité destructrice, de la terre qui ne ment pas et nourrit, ne dit-on pas aller se mettre au vert quand tout nous abandonne, sans oublier que la France est championne d'Europe des résidences secondaires rurales où l'on trouve les vraies valeurs avec de vrais gens qui font de vraies choses et mangent des produits naturels, au moment même où les liens familiaux continuent inexorablement de se défaire. Sans oublier les effets diffus d'une écologie politique dévoyée et son utopie progressiste d'une réappropriation nouvelle du milieu de vie. Le tout fait tourner à plein une mythologie réactionnaire quelque peu rance mais toujours efficace. Là où Visages Villages (2017) d'Agnès Varda et J.R. marie avec bonheur l'ancien et le moderne. Klapisch ne peut ne pas y avoir penser, non ?

 

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Publié dans pickachu