A song from the heart (Song to song de Terrence Malick)

Publié le par O.facquet

 

 

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Soit un entrelacs d'histoires d'amour contrariées, aujourd'hui à Austin, Texas, dans le milieu musical de la ville. Dit comme cela, rien de très originale. Song to song (2017) est le dernier film de Terrence Malick, cinéaste américain né le 30 novembre 1943 à Ottawa dans l'Illinois aux États-Unis d'Amérique. Sa carrière de réalisateur couvre quatre décennies, or il n'a à son actif que sept longs métrages (mais quels longs métrages : La Balade sauvage en 1973, Les Moissons du ciel en 1978, La Ligne rouge en 1998, Le Nouveau Monde en 2005, Tree of Life en 2011). Malick est un génie et Song to song est un chef-d'oeuvre. Il a été décrié (as usual). N'importe !

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Le commerce amoureux chaotique qui lie par intermittence passionnelle BV (Ryan Gosling) et Faye (Rooney Mara) ne vaut que par la forme qui l'exprime. Une histoire d'amour rien de plus banale (au cinéma) transfigurée par un geste formelle cinématographique atypique. Le style ample de Terrence Malick, un travail d'ampleur sur la forme à tout point de vue, qui fait couler beaucoup d'encre. Qu'est-ce à dire ? Dans le désordre : célébration de la nature, multiplicité des points de vue, violence, sexualité inquiète, interrogations mystiques, panthéisme et cosmogonie personnelle, exploration de l'intimité des personnages par le biais d'un monologue intérieur en voix-off plurielle, une technique axée sur l'improvisation des acteurs et l'utilisation originale du steadycam, décalages temporels, images métaphysiques, plans contemplatifs et picturaux, tournage sur des sites témoignant d'une proximité avec la nature, et la liste n'est pas bien sûr exhaustive.

 

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Les contempteurs du style de Malick moquent la grandiloquence de son œuvre, sa débauche kitsch, son obsession mystique proche d'une forme de propagande New Age, la construction artificiellement alambiquée de ses films, le galimatias pseudo-philosophique, le lien grotesque entre grands espaces et possibilités introspectives, jugent l'ensemble bien prétentieux et faussement profond. Certes, éprouver ses inclinations est toujours un enrichissement. Il n'empêche que l'histoire d'amour entre BV et Faye est renversante. Une des plus belles jamais filmées -il faudrait aussi évoquer les autres liaisons charnelles qui charpentent le film, parler de Natalie Portman, Cate Balchett, Bérénice Marlohe ou Michael Fassbender. La construction narrative de Song to song provoque ce ressenti, utilisant le montage alterné et la décomposition cubiste d'une passion montrée de manière désynchronisée sous des angles différents. La forme fait la force du film et de ce qu'il raconte, via une « narration décentrée », laquelle « ne recoupe pas exactement ce qu'on voit et manifeste une connaissance des faits différente et désaxée par rapport au récit qui se déroule sous les yeux des spectateurs » (Michel Chion). Et le monologue intérieur en voix-off est enivrant. Une esthétique de la sensation pure libre de toute signification, loin des récits linéaires traditionnels. Christopher Nolan dans son ambitieux, risqué et réussi Dunkerque (2017) a fait son miel des choix artistiques de Terrence Malick depuis son troisième long métrage. Des choix qui expriment dans Song to song l'indétermination existentielle des personnages et leur errance infinie. Toutes choses égales par ailleurs, on ne peut pas pas ne pas penser à Michelangelo Antonioni. L'incommunicabilité et la solitude ontologique contibuent ainsi à rattacher le cinéma de Terrence Malick à une certaine modernité cinématographique.

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Publié dans pickachu