Le jour se lève : Aurore (2017) de Blandine Lenoir

Publié le par O.facquet

 

Résultat de recherche d'images pour "aurore film affiche"

 

 

Comme le temps passe : les enfants s'en vont, les rides apparaissent, tenaces. La famille comme elle va (ou pas). Le cinéma français fait ça bien. On nous l'envie de par le monde cette fiction intimiste. Ou comment ici filmer avec élégance en Charentes maritimes les désillusions (passagères ?) d'une quinquagénaire déboussolée : Aurore, campée par une sémillante Agnès Jaoui toute en beauté. Elle est séparée du père de ses enfants, bientôt divorcée, sa grande fille est enceinte, la plus jeune part rejoindre son amoureux à Barcelone, Aurore se retrouve seule chez elle, soutenue par Marion, la fidèle amie parfois fantasque, elle perd son boulot, en cherche un autre, pas très longtemps, retrouve par hasard un amour de jeunesse dont le feu couve encore, se laisse aller dans les bras d'un amant de passage aussi gentil que fade (et inversement). Les enfants reviennent. Remue ménage et remue méninges assurés. Un plaisir doux-amer.

La réussite du film est le fruit d'un subtil dosage qui nécessite un savoir-faire particulier qui n'est pas donné à tout le monde. Maintenir l'équilibre n'est pas chose aisée, ils sont légion à s'être ramassés.

 

Résultat de recherche d'images pour "aurore film"

 

Il s'agit en premier lieu de maintenir à distance raisonnable tous les attendus psychosociologiques qui feraient d'Aurore un pertinent reportage d'Envoyé spéciale sur France2, c'est-à-dire un film à thèse sur les bouffées de chaleur des femmes gagnées par la ménopause en Europe occidentale en ce début de siècle. Sans oublier les remèdes afférents. Aurore est irréductible à tous ces attendus, ce qui fait la force du personnage, son intérêt, qu'on s'y attache surtout. Elle souffre bien des affres de la cinquantaine, mais entre autres choses. Ce qui n'est pas rien. Les amis, les amours, les emmerdes. Une femme en situation. Tout peut arriver, donc. Nul cliché encombrant, pas de stéréotype rassurant. Chaque histoire est singulière, Aurore se fait l'écho délicat d'une d'entre elles. Nous devons nous débrouiller avec ça. Le film pose finalement plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Mission accomplie.

Résultat de recherche d'images pour "aurore film"

 

 

Aurore appartient à cette famille de films où une forme d'humour peut rapidement devenir envahissante. Des dialogues percutants, très écrits, trop écrits, qui prennent le pas sur le scénario et la mise en scène. Ne reste que ce qui est dit, en conséquence s'impose une certaine paresse formelle vite ennuyeuse. Ce n'est pas le cas ici. Les traditions sont respectées, toutefois le film n'est pas inutilement bavard, la cinéaste sait construire un plan ; ni lourdement plaisantin, elle fait confiance au talent des acteurs. Exit aussi les personnages souffrant d'un trouble de la personnalité histrionique, ils sont fréquents, chargés d'alléger la fiction des sujets dérangeants. Quelques séquences baroques, il en faut, de la fantaisie, c'est indispensable, mais aucune hystérie superflue, une facilité dont se dispense Aurore.

Le film fait la part belle aux personnages dits secondaires. L'ex-mari, les enfants, la meilleure copine, les amants, ils font tous l'objet d'une attention particulière, Aurore ne serait rien sans eux, et inversement, un intérêt qui en dit long sur la générosité des intentions de la cinéaste Blandine Lenoir. À cet égard, le dernier plan du film, soigné, est offert à la fille cadette d'Aurore. Le hasard n'existe pas.

Un bilan globalement positif, même si le happy end, un brin poussif, fleure bon la concession faite aux facilités scénaristiques d'usage. En ces temps où les filles de cyclope ménent le bal, un peu d'humanité ne fait pas de mal.

 

of

Publié dans pickachu