La concession (La Confession : un film brûlant)

Publié le par O.facquet

 

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Elle l'aime. Il ne l'a haïe point. Barny travaille dans un bureau de poste d'une petite ville du Nord de la France occupée par les Allemands, à la fin de Seconde Guerre mondiale. Elle est communiste, idéaliste et obstinée. Courageuse surtout : la nuit elle résiste. Son mari est prisonnier en Allemagne dans un camp de soldats. Barny est sans nouvelles. Sa fille est placée en pension dans une ferme de la région contre rémunération. Barny cache des Juifs venus de Wallonie. Dénoncée, elle devra se résoudre à les mettre à l'abri chez une collègue qui est aussi une amie. Les nazis finissent par les arrêter. Leur fils est entre temps parti rejoindre à la campagne la fille de Barny. Le prêtre de la commune part retrouver le Seigneur. Un nouveau le remplace. Il fait l'unanimité chez les paroissiens, plus particulièrement chez les paroissiennes qui tombent en pâmoison. Barny va tenter une approche en athée convaincue, bien décidée à en découdre avec le dealer d'opium.

La Confession de Nicolas Boukhrief n'est pas l'unique adaptation au cinéma du roman de Béatrice Beck Léon Morin, prêtre publié en 1952. Le roman obtient cette année-là le prix Goncourt. Jean-Pierre Melville l'a adapté en effet une première fois à l'écran en 1961 avec dans les rôles principaux Emmanuelle Riva et Jean-Paul Belmondo (le cinéaste conserve le titre original).

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La Confession prend à bras le corps un sujet casse-gueule : l'amour impossible, genre Bérénice de Racine. Il s'en tire avec les honneurs. On sort secoué de la projection. Il s'est passé quelque chose deux heures durant. Barny tombe amoureuse de Léon qui reste fidèle à Dieu (tout ça n'est pas catholique) : les voies du Seigneur sont impénétrables. Petit à petit tout pourtant les rapproche, les plans deviennent plus serrés -de gros plans : ils sont seuls au monde-, les gestes plus délicats, affectueux à l'occasion, la lumière inonde les pièces qui accueillent leurs rendez-vous quotidiens (le soleil, des bougies, une électricité capricieuse), une intimité évidente s'impose, les voix se font plus suaves, douces même, une tension érotique imprègne les dialogues et les situations, incontestablement ces deux-là se sont trouvés pour mieux se perdre. C'est écrit. Insensiblement Barny perd pied à défaut de le prendre, la conversion prend forme. Sa résistance va-t-elle céder devant le travail de la grâce ? Ils campent deux figures diaboliques : Barny est d'une beauté sidérante (Marine Vacth, que dire?), Léon est séduisant, très séduisant (Romain Duris, son meilleur rôle). Ils pensent vite et bien. La tentation est grande : vont-ils le faire ? Une histoire que l'on éprouve une fois dans sa vie. Certes, l'amour passion contrarié est bien le sujet du film. Toutefois La Confession est peut-être aussi un travail sur la sublimation et l'engagement. Or, en 2017, la sublimation a été reléguée aux oubliettes de l'Histoire (c'est ringard et névrotique) et l'engagement rebute (les convictions sont vécues désormais comme des prisons). D'où cette question qui taraude le spectateur : par quel miracle le prêtre a-t-il pu résister aux avances d'une jeune femme sans fard à la plastique irréprochable, doublée d'un charme redoutable ? Barny lui restera fidèle jusqu'à la mort, non consommé, son amour demeurera intact une vie durant, comme quoi. Quelle grâce l'a touchée ? A-telle découvert Dieu à travers Léon où aimé Léon à travers Dieu ? Le film pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses définitives, c'est heureux. Barny tente d'embrasser le prêtre, en vain, s'en suit un face à face interminable, un défi surhumain à la tentation. Tout est ramassé dans cette confrontation silencieuse d'une rare intensité amoureuse. L'homme d'Église déstabilisé finira par prendre la poudre d'escampette après lui avoir concédé un douloureux aveu. Il est marié de toute façon à l'Éternel. Un terrible renoncement.                                                                              

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Il faut voir surtout l'homélie du prêtre sur la force immarcescible de l'amour, après la mort des otages fusillés par l'occupant. Les larmes de Barny, pour une fois présente à l'office qu'elle quitte soudain, étreinte par une émotion irrépressible. L'impassibilité intenable de son visage. La puissance hypnotique du regard. Il ne reste qu'à déposer les armes.

Un dernier mot sur le plan final : l'écran devient noir, seule une bougie résiste à la victoire des ténèbres. L'espoir inentamé.

 

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