Démineurs trop jeunes (Les Oubliés de Martin Zandvliet)

Publié le par O.facquet

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À la fin de la Seconde Guerre mondiale, des soldats allemands sont envoyés par les Alliés nettoyer les plages d'Europe afin de désamorcer des mines enfouies par l'occupant en attente du débarquement, ce qu'interdit pourtant l'article 31 de la Convention de Genève. La guerre continue pour des milliers de prisonniers. C'est le cas dans le film du cinéaste danois Martin Zandvliet Les Oubliés (2015, sorti récemment en France). Une poignée de mômes (des mineurs?), cornaquée par un sergent atrabilaire, doit nettoyer une partie de la côte danoise au risque de sa vie. Des gamins, oui, enrôlés certainement dans les derniers temps du conflit par des dignitaires nazis aux abois, qui se retrouvent sur le littoral de la Mer du Nord pour gratter le sable à la recherche de mines prêtes à exploser à tout moment. En tout : deux millions d'engins. Un millier d'entre eux y laissera sa vie

Les Oubliés appartient à cette famille de films qui place le spectateur dans une position inconfortable. Disons d'emblée que le suspens qui entoure le travail forcé des très jeunes soldats est sinon immoral du moins déplacé. La mise est scène est presque abjecte. La caméra nous met en empathie avec ses jeunes hommes, nous qui savons les crimes à jamais impardonnables commis par la soldatesque nazie, puis nous fait mariner en attendant qu'un d'entre eux soit dispersé au quatre vents. Un haut le cœur irrépressible. L'épisode se répète à plusieurs reprises et c'est insupportable. D'autant qu'une femme seule et sa petite fille vivent dans une ferme au bord de la mer, à quelques mètres de la cabane où sont emprisonnés nos démineurs en formation. A-t-elle perdu son mari pendant la guerre ? Le film le suggère fortement. Madame exècre ces voisins encombrants. On peut la comprendre. Nous la plaignons.

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Le spectateur est ainsi pris en étau entre sa haine du régime nazi personnifié par ces soldats de la wehrmacht et son dégoût devant le sort réservé à ces jouvenceaux victimes de la folie d'un régime politique désormais défait.

Pour nous apaiser, le réalisateur humanise le sergent qui se rapproche petit à petit des prisonniers placés sous sa responsabilité. Las ! Un jour son chien saute sur une mine. Et paf le chien ! Notre sergent redevient odieux, ça le mine. A l'instar du führer qui tenait à ses bergers allemands comme aux moindres plis de sa mèche frontale, et souffrait avec eux. À cet égard, d'autres faits sont troublants. Les peuples libérés maltraitent leurs prisonniers : l'armée les laisse mourir de faim, les frappe sans raison, les humilie pour un oui pour un non, se défoule en urinant sur l'un d'eux, les parque dans une cahute insalubre, presque un camp d'internement de sinistre mémoire. Elle les envoie in fine à l'abattoir, en la personne du sergent incapable d'amorcer le deuil du défunt cabot (ils en réchappent toutefois). Les victimes deviennent des bourreaux. Le sous-officier trouvera le moyen de renvoyer quatre survivants à la maison mère à la barbe de ses chefs intraitables, à la limite de la caricature. Le cinéaste s'en sort derechef par une pirouette scénaristique grossière. Malaise (on a bonne mine). Bien sûr que tout cela d'une manière ou d'une autre a dû exister. Ne jouons pas les négationnistes au petit pied. Ce sont les choix de mise en scène qui posent problème. Le film est sans conteste de son époque. Il est en effet de mise aujourd'hui d'ébranler toutes les certitudes, du genre : « Vous vous imaginiez appartenir au camp du bien, détrompez-vous, et regardez ces images. Le cauchemar commence ». Le sanglot de l'homme bien. L'envie d'en coller une à ces soldats danois démange l'humaniste moyen qui se prend de pitié pour ces post-ados bons à rien dans la souffrance. Qu'on ne dise pas qu'un choix de mise en scène alternatif n'était pas envisageable, il resterait fidèle à la réalité historique, mais se dispenserait de ce renversement outré des valeurs.

D'autre part Les Oubliés mérite le détour pour quelques séquences qui se tiennent.

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Publié dans pickachu