La revanche de l'homme blanc (génie de la fiction sérielle)

Publié le par O.facquet

 

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Breaking Bad

 

Vous savez, de nos jours, le cinéma est dans état de stagnation.

C'est une machine financière parfaitement huilée.

Nicolas Winding Refn

 

On s'ennuie ferme ces temps-ci au cinéma, la lassitude gagne du terrain, il faut se forcer pour y croire encore. Nonobstant de multiples efforts, le cinéphile assoiffé d'images en mouvement déprime devant cette période de basses eaux cinématographiques. Seules quelques séries télévisuelles, d'ici (Un village français, Engrenages) et d'ailleurs, viennent compenser ce manque à voir du moment. Un mot seulement sur cette âge d'or de la fiction sérielle pour simplement constater que les œuvres de qualité succèdent aux œuvres de qualité, aucun fléchissement n'est en vu, pour notre plus grand plaisir, vraiment. Prises de risques formelles, scénarios déconcertants mais hypnotiques, acteurs impeccables, intelligence discrète de l'ensemble, sans oublier les multiples regards obliques portés sur notre temps, force est de reconnaître que les meilleures séries du jour brillent d'une effervescence féconde. Prenons Breaking Bad (créée par Vince Gilligan) et Fargo (basée sur le film éponyme des frères Cohen sorti en 1996, l'adaptation télévisuelle est de Noah Hawley), la première diffusée de 2008 à 2013 aux E.U.A. et au Canada, et ensuite sur Netflix, la seconde diffusée aux E.U.A. à partir 2014 sur la chaîne FX.

Breaking Bad se concentre sur Walt White (blanc), alias Heisenberg, professeur sur-qualifié de chimie dans un lycée à Albuquerque au Nouveau Mexique. Payé au lance-pierres, il doit travailler dans dans une station de lavage automobile pour mettre du beurre dans les épinards. Il apprend qu'il est atteint d'un cancer au poumon qui ne lui laisse que quelques mois de vie. Walt sombre dans le crime pour assurer l'avenir financier de sa famille. Il se lance dans la fabrication et la vente quasi industrielles de méthamphétamine, avec l'aide de l'un de ses anciens élèves, Jessie Pinkman, un jeune homme déjanté.

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Fargo saison1

 

Fargo, saison1. En 2006 à Bemidji dans le Minnesota, Lester Nyggard est un homme sans envergure travaillant pour une compagnie d'assurance du coin. Sa vie bascule le jour où, après s'être fait humilier en ville par un copain de lycée, devant les enfants de ce dernier qui le qualifient de nigger -rappelons qu'il se nomme Nyggard-, il se confie à un inconnu (Lorne Malvo) aux urgences d'une clinique (le pote susmentionné l'ayant sévèrement rossé). L'étranger se révèle être un tueur à gages redoutable. Un mensonge chassant l'autre, l'homme sans qualité va radicalement changer de personnalité, donc de vie, pour devenir un manipulateur hors pair prêt à tout.

Fargo. Saison2. La série met en scène la coiffeuse Peggy Blumquist (l'aphrodisiaque Kirsten Dunst) et son mari, un boucher du nom d'Ed Blumquist (tous deux domiciliés à Luverne dans le Minnesota), qui décident de couvrir leurs traces après le meurtre involontaire de Rye Gerhardt (dont Peggy est seule responsable), un des fils d'une famille de mafieux allumée dont la matriarche est Floyd Gerahardt. Madame Blimquist mène le bal, c'est elle qui fait avancer le récit, monsieur n'est qu'un suiveur, elle lui survit, et il meurt comme il a vécu : avec une tête d'ahuri hébété.

 

Outre des caractéristiques propres aux deux séries, Breaking Bad et Fargo ont en commun la prise en charge fictionnelle des sanglots de l'homme blanc moyen américain, tel qu'il a été récemment dessiné par les journalistes et autres politologues ou sociologues avisés. De plus, rien n'étant fortuit -il n'existe que des correspondances-, les deux séries mettent en scène un adolescent souffrant d'un handicap physique presque similaire. Whalt et Lester ne portent pas la culotte à la maison ; leur épouse, chacune à sa façon, se désespère de la surface sociale atone de leur homme. L'un et l'autre évoluent dans un périmètre pour le moins étriqué. Madame White voit son mari nettoyer, après les heures de cours, des voitures pour compléter de maigres revenus, au su et au vu de toute la communauté (les élèves se marrent). Est-ce pour cela qu'elle finit par le tromper (saison3) ? Walt ne tombe pas malade par hasard. Quant à madame Lester, elle jalouse sa belle-soeur au niveau de vie bien supérieur, elle ne l'envoie d'ailleurs pas dire à son époux. Via des situations acadabrantesques, Valt et Lester vont rapidement se transformer en machines de guerre où la testostérone servira de carburant. Et madame va devoir en rabattre. Miss Nyggard est même envoyée définitivement au terminus des prétentieuses, suite à l'algarade de trop. Dans la saison2 de Fargo, Mike Milligan, un truand cultivé et pontifiant, semble regretter le temps où le mâle dominant avait le beau rôle et accomplissait de grandes choses. Il l'affirme sans ambages. Dans la première saison, Lester, de par ses exploits, devient un hidalgo recherché, voire envié, doublé d'une bête de sexe appréciée de la gente féminine. Dodd Gerhardt n'imagine pas un instant, pour son compte, sa mère capable de prendre la tête du clan familial, après la défection du père (décidément).

Souvenons-nous que dans les années 2000, Tony Soprano (Les Soprano, le must) était régulièrement étreint par des crises d'angoisse soudaines qui le paralysaient dans son activité lucrative de parrain de la mafia italo-américaine new yorkaise. ça la foutait mal pour un boss. Comme un lien de parenté assumé ? A l'instar de marques célèbres de lessives, Beaking Bad et Fargo lavent plus blanc. Deux séries en forme de réassurance narcissique pour une virilité nord-américaine ébranlée ? Pourquoi pas : ça ne trump personne en tout cas.

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Fargo saison2

Publié dans pickachu