Mauvais Allen ?

Publié le par O.facquet

Mauvais Allen ?

Depuis de nombreuses années désormais, on assiste au dernier Woody Allen comme on se rend à un repas de famille le jour de Noël : on n'attend plus grand-chose du spectacle, mais on y va tout de même. Au pire : il faut s'attendre à subir un ennui pesant interminable, au mieux : les bonnes surprises sont envisageables -le pire n'est jamais sûr en effet. Café Society se situe dans un entre-deux plutôt plaisant. Des couleurs chaudes (l'action se situe en Californie où le climat est clément, qu'on se le dise), un récit sans aspérités, un film d'époque un rien surfait (les décors sont impeccables, tout ça pour ça ?), une direction d'acteurs toujours irréprochable, en un mot comme en cent : le génie new-yorkais ne s'est pas foulé, et ce n'est pas nouveau. Un truc de roublard paresseux hyperactif. La machine tourne seule comme un canard sans tête, souvent à vide, les dialogues sont par moments percutants, drôles à l'occasion, ça sent toutefois le réchauffé, peut-être même le renfermé. L'imagerie vaine n'est pas à exclure. Pourtant un certain charme se dégage du film. Il sait y faire l'artiste. La forme étant le fond qui remonte à la surface (Hugo), autant dire que le récit est plat comme une départementale beauceronne.

Le New York des années 1930. Bobby Dorfman grandit dans une famille juive disfonctionnelle. Les parents sont commerçants dans le Bronx, un couple peu assorti, la sœur vit avec un intello idéaliste hors sol, le grand frère est un gangster généreux à la gâchette facile. Bobby étouffe. Il part rejoindre son oncle à Los Angeles. Phil est un agent de stars incontournable à Hollywood. Il engage son neveu comme coursier. S'en suit un entrelacs d'histoires d'amour acadabrantesques. Bobby, à la suite d'une déception sentimentale, retourne vivre en famille sur la côte est, où il travaille avec son frère dans un club fréquenté par les happy few de la Big apple. Il se marie. Le bonheur est à portée de main. Las ! Son grand amour californien vient se rappeler à lui. Les retrouvailles sont déchirantes. Ils s'aiment mais ne vivront jamais tous les deux. Rien que pour la séquence finale, le film devait être tourné. Un soir de la Saint Sylvestre, l'un (Jesse Eisenberg) et l'autre (Kristen Stewart, superbe) réveillonnent avec leurs amis respectifs, accompagnés chacun de leur moitié. À minuit précis, alors que la fête bat son plein, le regard perdu nulle part, l'esprit ailleurs, le cœur navré, ils ne peuvent cacher qu'un être leur manque et que tout leur semblera pour toujours dépeuplé. Prisonniers à vie d'une terrible solitude, leurs corps se confondent alors dans une belle surimpression fugace, où la nostalgie allenienne s'exprime avec une tendresse infinie. Il y a toujours quelque chose à sauver dans le travail d'un cinéaste tel que Woody Allen, non ?

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Publié dans pickachu