Le cinéma fait ses classes

Publié le par O.facquet

          

A l'attention de mes collègues professeurs d'histoire, mais pas seulement, ces quelques mots, gratis pro deo. Bonne lecture.

 

Cinéma et histoire

Le cinéma noue des liens étroits avec la société de son temps. Marc Ferro, en 1977, ne dit pas autre chose dans son ouvrage devenu un classique, Cinéma et histoire. Il existe aussi les rapports que les historiens tissent avec le film, en tant que mode d'écriture ou objet d'analyse. Le film, œuvre d'art ou document d'archives, est une mise en récit, au même titre que le discours de l'historien (voir à ce sujet Paul Ricoeur). Il crée également des formes originales de figuration de l'histoire. D'où la place qu'occupe désormais le septième art dans l'étude du fait historique. La liste proposée ci-dessous n'a pas d'autre ambition que celle d'offrir aux professeurs d'histoire, mes collègues, entre autres, une liste d’œuvres cinématographiques, une source filmique circonscrite à quelques thèmes précis des programmes du secondaire (les interventions occidentales depuis les années 1980 au Moyen-Orient et en Asie centrale), et quelques pistes de travail. Chacun, cela va sans dire, y trouvera son miel, en fonctions de ses inclinations et de ses choix pédagogiques. Il s'agit pour nous de répondre à des questions d'histoire avec des films. Le cinéma offre à l'histoire un mode de compréhension et d'écriture de la réalité. D'autre part, nonobstant l'injonction rimbaldienne à «être absolument moderne», arrêtons-nous un instant sur ces quelques mots du médiologue Régis Debray, lus dans son dernier ouvrage Le stupéfiant image (2013) : «L'oeil s'éduque par les mots. Les meilleurs cinéphiles sont des littéraires, et les meilleurs critiques d'art étaient des poètes et des prosateurs (Diderot-Chardin, Appolinaire-Picasso, Aragon-Matisse, etc.). Voyez Henri Agel, professeur de lettres et pionnier de la critique de cinéma, qui fut le maître de Serge Daney. Voyez Deleuze lui-même (le naturalisme Stroheim/Bunuel = Zola/Huysmans,etc.). Voyez la correspondance du jeune Truffaut, voyez Godard, Resnais, et tant d'autres. Si on n'apprend plus aux enfants à lire (pas des articles de journaux, Balzac, Mme de La Fayette, Dickens et Shakespeare), on ne leur apprendra pas à voir. Car l'image n'existe que par ce qu'on peut y lire et plus on est entouré d'images, plus on a besoin de les comprendre (les intégrer ou les relativiser). On voit bien que réfléchir sur l'image et la télévision, cela se fait avec des mots et des concepts, totalement étrangers au vocabulaire du petit écran. En somme, un film de montage ou la meilleure émission ne tiendra jamais lieu de cours d'histoire ou de philosophie. L'image : non «à la place de», mais «en plus du cours». Pour pasticher Aristote : «Le plaisir (de voir) s'ajoute à l'acte (de lire et d'écrire) comme la fleur à la jeunesse». Voyons voir.

 

L'Irak et l'Afghanistan en guerre (1991-2013)

Au collège, en classe de troisième, comme au lycée, en première et en terminale, les interventions militaires américaines et britanniques au Moyen- Orient et en Asie centrale sont à maintes reprises abordées. Dans certains cas, elles sont seulement évoquées, dans d’autres, elles peuvent faire l’objet d’études plus approfondies. De nombreux films américains et britanniques se sont en effet penchés depuis une trentaine d’années sur des conflits qui ont suscité des controverses virulentes, à l’image des débats qui agitent actuellement la communauté internationale sur l’opportunité d’une intervention armée en Syrie. Comme souvent, le précédent vietnamien en témoigne, le cinéma anglo-saxon filme avec célérité les événements –conflits guerriers ou non- qui déchirent, voire violentent, divisent, à coup sûr, les sociétés démocratiques britanniques et/ou nord-américaines. Deux films, dont le sensationnel n’est pas le carburant premier, peuvent servir de support, et non d’illustration (le film ne doit pas être un cours d'histoire illustré, il aide à la mise en forme du savoir, et doit être interrogé quant à sa forme), à la compréhension en classe, non pas des causes de la première guerre du Golfe, de l’hiver au printemps 1991, mais de la réalité des combats dans la région. Les Rois du désert de David O.Russel en 1999, avec George Clooney, un acteur engagé, moque subtilement la présence américaine dans le désert irako-koweitien. L’occasion pour nos élèves de comprendre qu’une œuvre d’art, au-delà de ses qualités esthétiques intrinsèques, peut aussi porter un regard critique, ici fortement ironique, sur les choix opérés par les dirigeants de tel ou tel pays, en l’occurrence le Président des Etats-Unis d’Amérique : George Bush père. Il s'agira de préciser dans quel contexte politique l'oeuvre a été réalisée (une démocratie ou une dictature, ce qui pas anecdotique). Plus récemment, en 2006, Jarhead (un jeune Marines en américain) de Sam Mendès (American Beauty), brosse le portrait d’un groupe de jeunes soldats américains durant la première guerre du Golfe. Jarhead suit leur cheminement, du camp d’entraînement intensif, au déploiement dans le désert saoudien. Tiraillé entre l’action et l’attente, chacun trimbale son équipement de sniper sous une chaleur étouffante, à la merci de soldats ennemis. Trois points peuvent faire l’objet d’une analyse plus ou moins longue en classe. Ces soldats américains, entraînés à tuer, se retrouvent dans une situation extrême, engagés dans une guerre qu’ils ne comprennent pas, pour une cause qui, pour nombre d’entre eux, leur échappe totalement. La destruction des puits de pétrole du Koweït par Saddam Hussein, un liquide noir qui tombe du ciel sur les soldats comme une pluie drue, cette fumée qui obscurcit le ciel, cette atmosphère de fin du monde, illustrent les conséquences imprévisibles qui accompagnent inévitablement tout action armée, quelles que soient ses motivations. A cet égard, lors de la dernière édition des Rendez-vous de l'histoire de Blois, dont le thème cette année était la guerre, une exposition de photographies a retenu notre attention, une en particulier, Les puits de pétrole de Burgan en flammes pendant la première guerre du Golfe, Koweït 1991, de Bruno Barbey. L'occasion d'entamer avec nos élèves un travail critique comparatif entre image fixe et image en mouvement. Enfin, lors de la retraite précipitée des troupes irakiennes, l’aviation américaine bombarde la cohorte de fuyards/pillards à la frontière entre le Koweït et l’Irak. Une patrouille de Marines découvre interdits ce macabre spectacle. Quelques images utiles pour nos élèves, habitués généralement à une déréalisation délibérée ou inconsciente de la guerre flanquée de son cortège d’horreurs. Une séquence à présenter certainement avec précaution, tant la violence froide des images peut (doit ?) choquer. Il ne s’agit pas pour nous d’entamer ici une réflexion pédagogique ou didactique approfondie sur l’utilisation de la création cinématographique en cours d’histoire dans le secondaire. Des ouvrages faisant autorité à ce sujet sont disponibles. Notre objectif est plus limité, donc plus modeste : établir une liste non exhaustive de films, documentaires ou fictions, dont le récit s’inscrit au cœur des conflits qui touchent le Moyen-Orient ou/et une partie de l'Asie centrale depuis les années 1980 (plus exactement les interventions militaires occidentales, quelles que soient leurs formes). Un choix discutable, amendable à souhait, puisque proposer c’est choisir. Une démarche subjective à assumer et défendre.

En octobre 2001, quelques semaines après les attentats meurtriers du 11 septembre ourdis par Al-qaida sur la côte Est des Etats-Unis, sur les ordres d’Oussama Ben Laden, George.W.Bush, à la tête d’une coalition internationale, intervient militairement en Afghanistan. Deux films, entre autres, méritent notre attention. Armadillo, de Janus Metz, sorti en 2010, prix du meilleur documentaire au London Film Festival, Grand Prix de la semaine critique au Festival de Cannes, la même année, a marqué les esprits. Des soldats britanniques partent comme soldats pour leur première mission en Afghanistan. Leur section est positionnée à Camp Armadillo. Ils doivent aider les populations civiles, mais l’intensification des combats avec les Talibans entrave les efforts de tous. La méfiance et la paranoïa s’imposent, tout comme la désillusion. La brutalisation des corps et des esprits. L’homme en guerre et son aliénation : un point névralgique du programme d'histoire en première. Un autre documentaire, tourné par deux cinéastes américains, Tim Hetherington et Sebastian Junger, sorti en 2010, Restripo, Grand Prix du Jury documentaire au Festival de Sundance (2010), récompensé de deux Emmy Awards en 2011, est le pendant du travail du réalisateur anglais susmentionné. Les deux cinéastes américains passent un an dans un peloton de GI engagé dans le bourbier afghan. Ils nous font vivre le combat en première ligne, sans trop en faire, l’enregistrement réfléchi de la violence des affrontements suffit. Une séquence se détache de l’ensemble du documentaire : en mai 2007, quinze soldats se retrouvent isolés dans la vallée de Korengal, entre le Pakistan et l’Afghanistan, un endroit où la guerre fait rage. L’occasion de montrer les limites et les ambiguïtés de certaines interventions militaires, sans jamais porter de jugement définitif. Susciter simplement le questionnement, voire le débat, plus précisément la réflexion, en classe.

En mars 2003, le même George.W.Bush, de nouveau à la tête d’une coalition internationale, sans la France cette fois-ci, et sans l’aval de l’ONU, engage son pays dans une guerre en Irak. Quatre films, des fictions, se distinguent parmi la kyrielle d’œuvres cinématographiques tournées sur le conflit irakien. L’ambiguïté et les limites de la présence de l’armée américaine sur le sol irakien sont derechef mises au jour efficacement par Nike Broomfield dans son Battle for Haditha sorti en 2007. Une mission de routine à Haditha en Irak en 2005 se transforme en véritable massacre lorsqu’un convoi de soldats américains est attaqué par des insurgés opposés à toute présence étrangère sur leur territoire. L’absurdité de la guerre dans un contexte bien précis. La guerre et ses conséquences dramatiques, encore et toujours. Une évidence : le fossé qui sépare les occupants hors sol et la population irakienne qui n’aspire qu’à la paix, prise en étau entre les envahisseurs et les insurgés, engagés dans une lutte à mort. Deux films anglais, maintes fois récompensés, abordent un sujet sensible : la difficile (l’impossible ?) réadaptation de soldats qui ont connu le pire en Irak, partis comme beaucoup de leurs camarades sans aucune expérience de la guerre, sur la base d’un mensonge. La Bataille de Bassora de Marc Mundun, sorti en 2006, élu meilleur film de l'année par la British Academy of films and Television Art et la Royal Television Society, récompensé dans de nombreux festivals, et Occupation de Nick Murphy, sorti quant à lui en 2009, mettent à leur tour en lumière le traumatisme infligé par la guerre à un pays, en l’occurrence le Royaume Uni, meurtri dans sa chair, sans occulter pour autant la désolation des populations civiles irakiennes. Occupation s’attache en outre à montrer le visage du nouvel Irak où montent le fondamentalisme, la corruption, les haines sanglantes, religieuses ou/et ethniques, et une irrésistible violence qui s’expriment le plus souvent sous la forme d’attentats meurtriers (aujourd'hui encore, dans un pays où règne une guerre civile sanglante).

 

 

Pas de côté : quelques points aveugles des conflits moyen-orientaux (entre autres choses)

Faisons un pas de côté. En 2005, Kilomètre Zéro (Sélection officielle, Festival de Cannes 2005), un film franco-irakien réalisé par Hiner Saleem, cinéaste kurde, mêle habilement humour burlesque, aux confins de l'absurde, poésie, politique et protestation. Irak 1988. En pleine guerre Iran-Irak, Ako, un jeune kurde irakien rêve de fuir son pays, ce qui n'enthousiasme guère son épouse. Enrôlé de force, il est envoyé sur le front. Un matin, il reçoit l'ordre de rapporter à sa famille la dépouille d'un martyr de guerre. Un étrange convoi traverse l'Irak du Sud au Nord : un taxi conduit par un chauffeur arabe, un Kurde comme passager, et un cercueil enveloppé du drapeau national juché sur le toit de l'automobile. Les dernières minutes du film tranchent avec la doxa dominante des films dont l'intervention armée occidentale est le principal sujet. Ako, réfugié à Paris, apprend avec joie l'intervention américaine dans son pays. Il accueille avec un plaisir non dissimulé la chute du dictateur Saddam Hussein en avril 2003. D'où le lien avec notre travail. L'occasion de s'arrêter sur le puzzle ethnique et religieux irakien, et sur le regard que porte un kurde sur la deuxième guerre du Golfe, un regard original, qui n'est pas celui des occidentaux, ni celui des sunnites ou des chiites. Un changement d'angle stimulant, sans doute quelque peu dérangeant, mais indispensable. Pour finir, et point trop n'en faut, trois œuvres venues des Etats-Unis sont à leur tour dignes d'intérêt. Pour commencer, Zero dark thirty de Kathryn Bigelow, sorti en 2012, pour la traque par la CIA, puis la neutralisation d'Oussama Ben Laden par des forces spéciales américaines, filmée en temps réel. Le film a suscité moult débats. L'occasion d'entamer une réflexion avec des jeunes sur l'utilisation de la torture -la fin justifie-t-elle ou non les moyens ?-, et sa représentation à l'écran. Vaste sujet. Dans la vallée d’Ellah (2006), de Paul Haggis (le scénariste de Million Dollar Baby), révèle la détresse des soldats partis se battre en Irak, et la souffrance des parents au moment où les enfants vont se battre pour la patrie. Un soldat rentre d’Irak, puis disparaît. Son père part à sa recherche. Une enquête en forme de quête désespérée. Plus généralement, Dans la vallée d’Ellah est le miroir des traumatismes dont souffre l’Amérique depuis les premiers jours du conflit irakien. Paul Haggis, avec Collision (Crash), Oscar du meilleur film en 2005, avait déjà entrepris, différemment, l’auscultation de la société américaine post 11 septembre. Ne pas confondre le cinéaste avec son confrère Paul Greengrass, qui fut l’un des premiers à filmer, dans Vol 93 en 2005, la révolte des passagers de l’avion qui s’est écrasé en Pennsylvanie le matin des attentats de septembre 2001 – une fiction en forme de documentaire. Un film honnête, plutôt efficace, qui se garde de toute envolée patriotique vengeresse. Il nous faudrait ici évoquer  Green Zone (2010) du même Paul Greengrass, qui voit le chief Roy Miller (Matt Damon) de l'US Army tenter de retrouver, en vain, des armes de destruction massive en Irak. Un des film les plus honnêtes réalisés sur la guerre dans ce pays. Enfin, et surtout, Fair game (2010), de Doug Liman, avec Naomi Watts et Sean Penn, dévoile le manque total de scrupules de l'administration Bush quand il s'est agi de prouver par tous les moyens la présence d'armes de destruction massive en Irak pour justifier l'intervention de 2003. Le film s'inspire de faits réels. Valérie Plame est un agent de La CIA au département chargé de la non-prolifération des armes. Secrètement elle dirige une enquête sur la possible existence d'armes de destruction massive en Irak. Joe Wilson, son mari, un diplomate, se voir confier la mission d'apporter les preuves d'une prétendue vente d'uranium enrichi en provenance du Niger. Il ne trouve rien. L'administration Bush ignore ses conclusions afin de justifier le déclenchement de la guerre. Quelques conseillers malveillants du gouvernement fédéral révèlent la véritable identité de la jeune femme à un journaliste proche du pouvoir : son nom apparaît dans le New York Times. Sa couverture est réduite à néant. Sa carrière s'effondre. Valérie Plame, après des années passées au service de son pays, va devoir maintenant se battre pour sauver son honneur. Le mensonge d'Etat, la manipulation médiatique, le tout dans une nation démocratique (la preuve : le film a pu se faire) : les objets d'étude ne manquent pas. Force est d'admettre que bien d'autres films auraient pu trouver leur place dans cette liste. Syriana (2005) de Stephen Gaghan, avec George Clooney, qui se concentre sur l'influence de l'industrie pétrolière des Etats-Unis sur la vie politique moyen-orientale. Redacted (2007) de Brian de Palman cherche à dénoncer les manipulations des images en temps de guerre. Démineurs (2009) de la même Kathryn Bigelo, qui suit une équipe de déminage en Irak (Oscar du meilleur film 2010), Argo de Ben Affleck, sorti en 2012, ou La guerre selon Charlie Wilson, de Mike Nichols, sorti en France en 2008 : ces deux derniers films nous invitent à revenir sur la rapide dégradation des relations irano-américaines après la révolution islamique et sur les premiers pas des Etats-Unis en Afghanistan. Argo évoque la crise des otages de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979. La guerre selon Charlie Wilson, est un très bon film qui, sur le ton de la comédie caustique, relate le programme afghan de la CIA (entre autres choses) à la suite à l'intervention soviétique de 1979. La révolution iranienne et les ingérences étrangères en Afghanistan : des événements de la fin des années 1970 et du tout début des années 1980, présents dans les programmes d'histoire de troisième, de terminale S (dernière année) et de première (la Guerre froide). Ces deux œuvres sortent du cadre chronologique que nous nous étions fixés. Ils peuvent toutefois aider à la compréhension de la complexité des rapports entre les Etats-Unis et le monde musulman depuis lors.

 

 

Il nous faudra vingt fois sur le métier remettre notre ouvrage, tant la tâche est immense. Le conflit israélo-palestinien, par exemple, est au cœur d'une très riche création cinématographique, de la fiction au documentaire. L'enseignement de ce conflit demande de la part des professeurs un doigté certain. Le cinéma peut aider à l'apaisement des tensions, via le truchement des images, par nature polysémiques, introduire de la complexité afin de susciter la réflexion. Un mot encore, donc. En classe de terminale (ES et L), les mémoires de la guerre d'Algérie sont étudiées. La Bataille d'Alger (1966) de Gillo Pontecorvo ou Avoir vint ans dans les Aurès (1972) de René Vautier, voire R.A.S. (1973) d'Ives Boisset, parfois La Question (1976) de Laurent Heyneman, ont l'honneur des manuels scolaires. Récemment, La Trahison de Philippe Faucon en 2005, L'Ennemi intime en 2007 de Florient Emilio-Siri (un manuel de terminale le mentionne), ou en 2011 Hors-la-loi de Rachid Bouchareb (Indigènes), montrent à quel point la mémoire est encore vive, tant par le contenu des œuvres, que par leur réception, souvent mouvementée. A cet égard, deux films méritent d'être mentionnés. Octobre à Paris (1973) de Jacques Panijel qui revient sur la tragédie du 17 octobre 1961. Un classique controversé. Et, sur le même sujet, Ici on noie des Algériens de Yasmida Adi, sorti en 2011. Deux documentaires d'une grande rigueur morale et intellectuelle (le documentaire et le montage sont, à l'instar d'une fiction, une construction arbitraire et subjective). Longtemps, enseigner l'Histoire à l'aide du cinéma présentait un risque (mineur). L'enseignant cinéphile passait parfois pour un dilettante au sein de son établissement. Le théâtre, bien entendu, la peinture, toujours, le septième art : méfiance. Les temps ont changé. Marc Ferro, déjà évoqué, mais aussi Christian Delage et Vincent Guigueno, avec leur ouvrage L'historien et le film (Editions Gallimard, 2004), Voir et pouvoir. L'innocence perdue : cinéma, télévision, fiction documentaire de Jean-Louis Comolli (Verdier, 2004) ou Histoire et cinéma (Editions des Cahiers du Cinéma, 2008) de l'historien Antoine de Baecque, ouvrent, et ils ne sont pas les seuls, des pistes de réflexion fécondes. Une parenthèse : le documentaire de Christian Delage, De Hollywood à Nuremberg, John Ford, Samuel Fuller, George Stevens, projeté en octobre dernier aux Rendez-vous de l'histoire, fait de l'historien un cinéaste, qui jamais n'oublie qu'il est aussi un pédagogue. Un outil indispensable. Les Cahiers d'histoire, dans leur édition d'avril-juin 2011 (numéro 115), Histoire et images, pour un enseignement critique, tentent de faire dialoguer la puissance esthétique des images et le labeur des historiens et des professeurs. Citons pour conclure Antoine de Baecque : « Le cinéma témoigne de l'histoire à sa manière, grâce à sa forme même. Car, en forgeant ses propres procédés visuels, ses effets, ses techniques, le cinéma est devenu la boîte à outils de l'histoire : le plan, le montage, la surimpression, le ralenti, le flashback, le regard caméra, le carton d'intertitre, ou encore le document comme archive. Artistes, écrivains, idéologues, publicitaires, historiens, chacun a pu s'en servir, les empruntant à l'écran, pour vivre, écrire, penser, créer dans le siècle, donc d'entrer dans l'histoire » (op.cit, page 5).

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PS : Sans oublier Hell and back again, un documentaire indispensable de Dafung Dennis, tourné en 2009 en Afghanistan et aux Etats-Unis, sorti en France en 2001 : l'impossible guerre propre. Et Route Irish (2010) de Ken Loach : la privatisation de la guerre en Irak et ses conséquences macabres. Pour les passionnés du genre sériel, voir Over There (2005), une série créée par Steven Brochco (le créateur de Hill Street Blues et NYPD Blue, excellentes), dont l'action se déroule en Irack.