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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 18:35

 

Duch

 

De quoi peut-on témoigner ? Qu'est-ce que voir ? Deux des grandes questions que pose le cinéma.

Le vingtième siècle a été le témoin de "la plus grande tuerie d'âmes de tous les temps". Sous la terreur du Kampuchéa démocratique (cambodge 1975-1978), un quart de la population du pays est massacrée par la machine de mort khmère rouge. Le Cambodge devient un immense camp d'esclaves doublé d'un charnier à ciel ouvert, le tout avec le soutien actif de Chine communiste. Le 17 avril 1975, Pol Pot et ses Khmers rouges vident la capitale Phnom Penh. Allez ! Tout le monde au vert pour une rééducation marxiste-léniniste sauce Mao anti-occidentale.

Le centre S-21, l'ancien lycée de Phnom Penh, au coeur de la capitale, devient un lieu d'internement, un lieu de torture et d'exécution sommaire. Au moins 12 380 personnes sont suppliciées, violées, avant d'être abattues. D'innombrables expérimentations médicales sont pratiquées sur les détenus.

Le cinéma du cinéaste cambodgien Rithy Panh témoigne de l'enfer vécu par des milliers de prisonniers du centre S-21 (lire à cet égard son livre, L'élimination, co-écrit avec son ami Christophe Bataille. Edifiant). Dans son dernier film, Duch, le maître des forges de l'enfer, il filme Duch, alias Kaing Guek, qui dirige S-21 trois années durant. Il écoute le bourreau. La parole de Duch forme l'essentiel du montage. Nulle trace du face à face. Plans fixes sur le tortionnaire. Uniquement une abjecte délectation rhétorique, un monologue en forme de plaidoyer pro domo impossible, une logorrhée perverse.

La mémoire des protagonistes filmés se dénoue devant nos yeux. Ils occupent cette position intenable, celle du témoin en crise. Le cinéma : un art du présent, le cinéma comme topologie, la poésie qui naît des choses mêmes.

S-21, un endroit désormais désaffecté ? Non, bien au contraire : les affects y circulent à l'infini. Un lieu de deuil sacré qui rayonne au-delà de l'Asie (Régis Debray, Jeunesse du sacré, 2012). Surtout, l'art du montage comme morale. Une exhumation ici et maintenant de la douleur. Un fantôme lanzmannien (Shoah, 1985) hante le film.

Nuit et brouillard (1955) d'Alain Resnais est aussi convoqué. Des images d'archives (l'anti-spectacle) viennent s'intercaler entre les témoignages des survivants, les quelques reconstitutions, et le verbe pompeux de Duch. Sans commentaire off, toutefois.

L'humanisme de Rithy Panh tient à son refus de mettre face à face, donc à égalité, le bourreau et sa victime ; ce rejet d'une mise en scène obscène et immorale, laisse au spectateur toute sa place, rien que sa place, dans le dispositif cinématographique du réalisateur. Difficile de s'en remettre. Est-ce de toute façon souhaitable ? D'autre part, revoir S-21, la machine de mort kmère rouge, sorti en 2002.

 

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Par O.facquet - Publié dans : pickachu
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 13:45

 

Laura Smet : l'aura de Laura 

 

Now the party is over, I'm so tired

                                     Roxy Music, Avalon, 1982

 

 

La jeune actrice vit des moments difficiles. Il y a presque dix ans votre serviteur avait été subjugué par le talent naissant d'une jeune femme à fleur de peau, les nerfs à vif, fragile, forcément fragile... Pour mémoire.

 

 

-Sachez, jeune fille, que le recueil des meilleurs feuilles du critique Roger Tailleur (mort en 1985) paru en 1997 chez Acte Sud, est remarquable.

-Qu'est-ce que vous me racontez là : vous ne deviez pas, pâle faraud, tirer bêtement à boulets rouges sur le cinéma français ce sénescent cacochyme ?

 

 

-Blabla. Depuis, petite insolente -sachez en outre que le jeunesse n'est pas une vertu, et ça m'arrange...-, j'ai croisé le regard fiévreux de Laura Smet dans Corps impatients de Xavier Giannoli. Elle rachète à elle-seule, avec ses petits bras, comme une grande, la médiocrité d'une certaine tendance du cinéma français.

-Ce n'est pas un peu court et méchant, ça ?

 

-Oui, bien sûr. Il faudrait broder autour d'une idée simple : les formes actuelles de notre cinéma ne permettent plus de découvrir de nouveaux objets de pensée.

-Et Laura Smet dans tout ça, quid de son corps impatient ?

 

-Très drôle. N'ironisez pas : ce petit bout de femme est convaincant dans ce rôle de post-adolescente rongée par le crabe, que toutes les actrices confirmées (conformées ?) du prétendu jeune cinéma français -vieux avant l'âge. Ce qu'elle dit, ce qu'elle incarne sonnent terriblement juste. Une justesse inaccoutumée.

-Rien que ça !

 

-Elle est belle, très belle ; je sais, ce n'est pas un gage de talent. Soit. Mais ses poussées de colère, ses accès de rage, ce regard assoiffé de tendresse, font saillie dans la texture du récit, bouleversent plus qu'à leur tour. On la suit se consumer sous l'effet de je ne sais quel feu mal éteint. On n'avait pas vu une telle sincérité incandescente depuis beau temps. J'en suis tout retourné. Quel régime sensuel !

-Vous ne seriez pas un peu amoureux, par hasard ? L'érotomanie vous gagne avec l'âge, mon coco, comme nombre de cinéphiles, non ? L'historien et critique de cinéma Antoine de Baecque a écrit de jolies choses à ce sujet...

 

-Peut-être un peu... Son corps chante, hurle, explose, se rétracte soudain : une chorégraphie désordonnée d'une rare insolence. Il transpire de Laura Smet ue gravité insoupçonnable. Elle a aussi quelque chose de fragile et sauvage, tout à la fois, une énergie animale qui lui court sous la peau et irradie ses gestes. Le plus troublant : ces instants où elle se réfugie dans un domaine d'intériorité muette, d'infinie résistance au monde. Le regard fixe, tantôt obstiné, tantôt désespéré.

-N'en jetez plus. On n'est rien pourtant sans les autres.

 

-Je vous concède que ses petits camarades de jeu sont eux aussi épatants (Marie Denarnaud et Nicolas Duvauchelle). Il faut les observer se débattre dans ces tourments browniens épidermiques. Explosion du désir. Tautologie du désir. Corps impatients brouille les identités, efface les repères, nous met dans une situation ô combien inconfortable, ce qui le rend précieux. Oui, vraiment. Le cinéma français a aujoud'hui un avenir : il s'appelle Laura Smet. Na !

-N'importe quoi, quel pathos !

 

-Va (te faire) voir !

 

of, juillet/août 2003, texte revisité ce jour

 

 

 

 

 

 

 

 

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Par O.facquet - Publié dans : pickachu
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 17:56

François Hollande au Bourget cet après-midi

 

  "A tous ceux-là, des délinquants financiers aux fraudeurs, aux petits caïds, je les avertis: ceux qui ont pu croire que la loi ne les concernait pas, le prochain président les prévient: la République vous rattrapera".

           François Hollande

 

 

 

    Scénario prometteur : enfin l'aventure ! Valls a mis l'temps avant de trouver ses marques, mais il est désormais un metteur en scène de talent. Belle direction d'acteur : son champion a la niaque, ô que oui. Feu ! 

 

of

 

Par O.facquet - Publié dans : pickachu
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 17:34

 

Où l'on apprend que le véréran comique Jerry Lewis, âgé de 77 ans, est très malade. Début septembre, lors du Jerry Lewis Labor Day Telethon, son infirmité et ses boursouflures chimiques ont ému l'assistance. Lui rendre hommage, ici et maintenant, avant les inévitables envolées nécrologiques. Figures imposées consensuelles, donc suspectes. Il le vaut bien.

Qui se soucie de Jerry Lewis, cette vieille gloire ? Un immense artiste, pourtant. Un cinéaste majeur, doublé d'un acteur de génie. Ceux qui ne l'ont pas encore oublié, prennent-ils vraiment au sérieux ce comique incomparable ? Quelques-uns lui vouent un culte particulier. Parlons-en.

Jerry Lewis, né en 1926 à Newark, New Jersey, aux Etats-Unis, est un auteur de cinéma à part entière. A l'instar des plus grands, il articule son oeuvre sur quelques thèmes récurrents. Tout comme Alfred Hitchcock, par exemple, il est lui aussi, à sa façon, un artiste de l'anxiété, qui s'est donné comme tâche de faire partager ses hantises. Un spectre hante en effet son cinéma : l'avènement d'une société disciplinaire reliant l'ordre des corps à des valeurs positives. Une société disciplinaire métaphoriquement représentée dans ses films par des espaces clos, quadrillés par un personnages autoritaire : le chef crampon des chasseurs d'un hôtel balnéaire dans Le Dingue du palace (1960) ; la directrice despotique et castratrice d'un internat de jeunes filles dans Le Tombeur de ces dames (1961) ; le responsable tatillon du service courrier dans Le Zinzin d'Hollywood (1962) ; enfin, le proviseur irascible d'un lycée dans Docteur Jerry et Mister Love en 1963. Quatre grands films.

Les manifestations faciales appuyées, les maladresses à répétition de l'acteur, sont autant d'actes manqués, de symptômes, qui éclairent moins une révolte réfléchie contre une militarisation de la société, qu'un sursaut spontané -donc inconscient- devant une tentative incidieuse d'assujettissement des corps. A l'image de Charlot, les personnages joués par Lewis sont asociaux, non antisociaux. Ce sont des décalés, des anticonformistes, jamais des agitateurs patentés. Toutefois, leur impuissance naturelle à trouver un compromis avec l'ordre établi, induit un maniement des choses toujours déviant et désastreux. Là est leur capacité roborative de nuisance : ébranler les micro-pouvoirs, même si, in fine, tout rendre dans l'ordre, ou presque. 

Somme toute, le danger vient moins des choses que des relations laborieuses nouées avec les autres (avec l'Autre ?), au formatage accompli. Il faudrait sans doute évoquer aussi l'immaturité de ces personnages face à la gent féminine. C'est une autre affaire.

Les mouvements désordonnés, tout comme les grimaces outrées de Joseph Levitch (alias Jerry Lewis), viennent contrarier cette entreprise de dressage corporel (est exemplaire à cet égard dans son oeuvre le traitement de l'espace et la façon de faire s'y déplacer les corps).

L'incapacité -plus somatique qu'intellectuelle- à se plier au processus de domestication des fonctions corporelles, permet la conservation des multiplicités humaines. Jerry Lewis est un résistant. Ils ne seront jamais assez. Et le rire reste l'arme la moins meurtrière pour enrayer les invisibles mécanismes quotidien de la domination.

 

of, novembre 2003, revisité ce jour.  

 

 

 

 

 

Par O.facquet - Publié dans : pickachu
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 15:42

 

Une Vie meilleure, le dernier film de Cédric Kahn, avec Leïla Bekhti et Guillaume Canet, nous a été vendu comme une oeuvre sociale et politique -rien que ça-, une oeuvre engagée, voire militante, il paraît que c'est tendance, en lutte contre le surendettement et ceux qui, cupidement, l'encouragent et en profitent, de quoi faire frétiller la cinéphilie altermondialiste (c'est pour rire...). Erreur grave. Le portrait social est bien plus fin.

Une Vie meilleure est, entre autres, un émouvant, et réussi, parcours initiatique de trois paumés (et une belle histoire d'amour, quoique compliquée). Yann (Guillaume Canet) devient par la force des choses (le départ de sa compagne Nadia -Leïla Bekhti- au Canada sans son fils) le père qu'il n'a jamais eu, en charge du jeune Slimane (Slimane Khettabi, formidable), désormais délesté de son statut encombrant d'orphelin. Une initiation au monde pour l'un et l'autre.

Cédric Kahn enregistre la résistible gestation d'une filiation masculine laborieuse. C'est renversant. La dernière demi-heure dans le Nouveau Monde est touchée par la grâce. En apesanteur. Là-bas, il est possible de repartir à zéro. On est loin du tract revendicatif vanté lors de la promo par le petit monde médiatique (et, osons le dire, le cinéaste lui-même...). Au passage, qu'on nous permette d'égratigner le grossier critique germanopratin qui a jugé l'interprétation de Leïla Bakhti grossièrement tire-larmes. Gros bêta !

Le cinéphile (ciné-fils) est une sorte d'orphelin initié comme il faut à l'apprentissage du monde, par un passeur bien particulier.

Légion sont les films qui racontent cette histoire. The Kid (1921) de Charlie Chaplin, bien sûr. La Nuit du chasseur (1955), de l'acteur Charles Laughton, son seul film, avec Robert Mitchum, un des plus beaux films américains du monde (Serge Daney). Un Monde parfait (1993) de Clint Eastwood, avec Kevin Costner en évadé kidnapper, devenu le temps d'une cavale texane une magnifique figure paternelle -très belle fin en forme de clin d'oeil au Dormeur du valLe Petit criminel (1990) de Jacques Doillon, où Richard Anconina (parfait) campe un policier déconcerté, à la recherche d'un repaire pour gamin en danger. Sans oublier True Grit (2011) des frères Cohen : la jeune Mattie (Hailee Steinfeld) fait d'un U.S. Marshal alcoolique, Rooster Cogburn (Jeff Bridges), un père de substitution. Enfin, actuellemnt sur les écrans, le dernier Scorsese : Georges Méliès adopte le jeune Hugo Cabret. La liste n'est cependant pas exhaustive.

Toutefois, le Mythe cinéphilique incarné, reste le Moonfleet (1955) de Fritz Lang. L'adolescent John Mohune se choisit un protecteur, le bandit élégant Jeremy Fox (nous sommes au XVIIIème siècle), lequel lui enseigne les choses de la vie et bien d'autres choses encore. Et il apprend vite, le bougre ! 

Cédric Kahn, récemment malmené, à l'instar de ses personnages, s'inscrit dans cette filiation cinéphilique. Une exigence de re-père. Sans doute. En tout cas : un triple A. 

 

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Par O.facquet - Publié dans : pickachu
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